9.
Une marche, deux, et puis trois. C'était un bon début. On aurait pu croire qu'avec l'expérience, cette montée d'escaliers serait plus simple. Mais c'était comme si, chaque samedi, il devenait de moins en moins expérimenté. Ou alors les filles s'attachaient encore plus à lui, ce qui était une autre hypothèse. Ils étaient pressés mais cela ne les empêcha pas de trébucher au moins deux fois durant leur escalade. Le doux rire de Léa emplissait les oreilles de Milan et le poussait à mordiller la lèvre inférieure de la jeune fille, comme s'il pouvait ainsi retenir en lui ce son.
Léa était tout ce qu'il avait besoin en cet instant. Elle avait fait le premier pas et n'avait aucune gêne à exprimer son désir. Elle ne semblait pas être une de ces hystériques qui lui feraient une scène parce qu'il ne voulait pas aller plus loin avec elles. Non, Léa semblait stable, bien dans sa peau, sachant ce qu'elle voulait. Et il n'y avait pas à douter qu'à cet instant ce que Léa désirait, c'était Milan, tout entier. Elle allait le dévorer et n'en laissait aucune miette. Et le pire dans tout cela, c'était que le jeune homme n'attendait que sa commande pour se livrer entièrement.
Alors, dans ce couloir sombre, ils dansaient la valse. Une valse qui n'existait que dans leurs têtes, la réalité étant plus saccadée, moins gracieuse. Ils titubaient, se marchaient sur les pieds, s'embrassaient à en perdre haleine. Ils enchaînaient les déceptions, à mesure que les portes restaient fermées. Mais cela ne faisait pas baisser la tension qui grandissait peu à peu en eux, bien au contraire. Cela ne faisait que les exciter davantage. Et c'était bien le peu de raison qui leur restait qui les empêchait de se déshabiller, là, à la vue de tout le monde.
- Trouve une solution, vite.
Les mots soufflés dans son oreille augmentèrent instantanément la température corporelle de Milan de plusieurs degrés. La voix de Léa était tellement sensuelle, et pourtant si naturelle. Il n'y avait rien de forcé. Elle était désirable et elle savait en jouer, sans que jamais cela ne devienne vulgaire. Peut-être bien qu'il pourrait tomber pour quelqu'un comme elle. Ce qui serait dangereux, il en convenait.
Il commençait lui aussi à désespérer lorsqu'une porte finit par s'ouvrir. Il ne s'y attendait tellement pas qu'il faillit en perdre l'équilibre et tomber en arrière. De nouveau, des rires, et un éclat tout particulièrement doré dans les yeux de Milan. Ce fut Léa qui le rattrapa de justesse, d'un réflexe qu'elle ne pensait plus avoir.
Ils n'entendirent pas les premiers avertissements. Ils étaient bien trop pris dans leur petit jeu, tous les deux. Cela leur fit donc l'effet d'une douche froide quand Léa appuya sur l'interrupteur et que la lumière éclaira la pièce.
- Putain, mais vous allez la réveiller. Foutez le camp.
Le tonnerre grondait dans la voix de Nate Dubois, et pourtant son ton restait calme. La maîtrise avait toujours été son plus fidèle allié et cela ne l'avait jamais trahi jusque-là. Stupéfait, Milan arrêta le baiser qu'il entreprenait pour détourner la tête. Et déjà, son sang circulait beaucoup moins vite dans ses veines. Il se sentait incapable d'effectuer le moindre mouvement alors que Nate continuait à chuchoter à leur égard.
- Vous ne comprenez pas quels mots dans l'expression « foutre le camp » ? Si elle se réveille par votre faute, je vous promets que j'inscris vos noms à la salle d'attente des enfers.
Milan n'en avait que faire des menaces de l'étudiant en droit. Le jeune homme n'était pas aussi intimidable. Non, ce qui l'avait rendu complètement absent était la vision qu'il avait en face de lui. Alice dormait à côté de Nate, une jambe au-dessus de la couverture, l'autre en-dessous, plus ou moins en boule sur elle-même, les lèvres entrouvertes. Elle était bien loin de la perfection de la Belle au bois dormant, mais il y avait bien quelque chose de charmant dans ce désordre inconscient.
Milan devait s'en défaire, une fois pour toutes. Il fallait qu'il emmène Léa, loin. N'importe quelle salle ferait l'affaire, même celle d'eau, même une voiture, même une chambre d'hôtel, loin. Mais c'était trop tard, il aurait dû le savoir. Déjà, la jeune brune aux lèvres rouges se mouvait dans le lit, s'étirant de tout son être tel un chat. Elle n'avait pas encore ouvert les paupières que déjà le ton froid si reconnaissable de sa voix se faisait entendre.
- On ne peut plus dormir en paix ?
Elle semblait réellement ennuyée, bien que toujours ensommeillée. Elle ne mit cependant pas très longtemps avant de se relever, les yeux toujours fermés. La lumière semblait trop agressive pour qu'elle y confronte ses pupilles. Elle tâtonna quelques secondes près de son oreiller avant d'y trouver son portable. Elle y jeta enfin un coup d'œil pour y regarder l'heure, puis se leva sans un regard pour les perturbateurs de son sommeil.
- Alice, reviens ! Alice ! Rah, bordel ! Alice, il faut que tu dormes !
Mais elle était déjà partie. Elle était de nouveau passée très près de Milan, lui faisant l'effet d'un courant d'air. Maintenant, il avait froid. Et toute la chaleur que voudrait bien lui transmettre Léa ne suffirait pas à le réchauffer. Alice et son petit short de sport noir associé à un tee-shirt à l'effigie de l'université étaient à présent une image bien ancrée dans son esprit. Foutues lèvres carmin.
Milan n'avait cependant pas le temps de penser à cela. Quelque chose lui disait qu'il allait dessoûler rapidement en croisant le regard accusateur de Nate.
- Vous ne pouviez pas aller assouvir vos pulsions ailleurs ?
- Pas de ma faute si tu n'as pas réussi ton coup, mec.
Milan allait trop loin. Il le savait. Léa le savait. Tout le monde le savait. Mais le jeune étudiant de médecine était un provocateur né. Il n'aimait pas se laisser marcher dessus. En outre, il était de très mauvaise foi. Alors il contrait, toujours. Rien ne valait mieux que l'offensive. Après tout, il n'occupait pas un poste de défenseur au hand.
- Réussi quoi ? J'avais réussi à la faire dormir, et tu es venu tout foiré « M.E.C. »
- Tu avais réussi à la faire dormir ? Aux dernières nouvelles, Alice a dix-neuf ans. Pas sûr qu'elle ait besoin d'un baby-sitter pour surveiller qu'elle fasse bien ses nuits.
- Mais tu es qui ? Est-ce que tu connais un tant soit peu Alice avant de venir me parler ?
Non, il ne la connaissait pas. Tout ce qu'il savait c'est que, depuis samedi dernier, elle revenait un peu trop sur le devant de la scène alors qu'il s'efforçait de la chasser en coulisses. Il sentait Léa qui tirait sur sa manche, sans doute dans un espoir de le calmer. Mais, jusque-là, aucune fille n'était arrivée à le canaliser, et cela n'allait pas commencer aujourd'hui.
- Pas besoin de la connaître pour savoir qu'elle n'a pas besoin d'être surprotégée.
Finalement je m'en fousde savoir qui tu es. Casse-toi avant que mon poing explique à ta face à quelpoint ma relation avec Alice ne te concerne pas.
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Blue Blurred
RomanceAlice est une fille à part, détestée des trois quarts des personnes qu'elle connaît. Milan est un coureur de jupons, une fille différente chaque samedi soir. Tous les clichés commencent comme cela. Et pourtant, c'est leur histoire.
