RILEY
Nous marchons vers le nord depuis un petit moment maintenant. En fait, nous allons en direction des garages où sont entreposés les différents véhicules ; ils ne sont pas proches de la Base puisqu'il n'y a pas de route pour circuler en voiture. Alors le garage est situé au nord à côté de la route, ce qui n'est pas idiot.
J'ai reçu un briefing très clair et même si d'après Jared ce n'est pas la mission la plus dangereuse qu'ils aient eue à mener, c'est la plus importante. Nous sommes un groupe de cinq, il y a Jared, Chace, Seth, Ramirez et moi. Jared me raconte des choses hilarantes qui lui sont arrivées ici et nous rions tellement que Ramirez nous lance des regards haineux. Une fois arrivés au garage, nous nous trouvons devant une multitude de voitures. Ramirez parle à un homme armé qui garde le lieu et ce dernier lui tend une clé. Il se dirige vers un gros véhicule gris — impossible d'être discret avec ça.
— Je peux conduire ? demande Seth, surexcité.
— Ta gueule, lui dit Ramirez qui n'a pas l'air de bon poil.
Notre chef se met au volant et nous nous asseyons tous à l'intérieur, Chace à l'avant. Je suis au milieu, entre Jared et Seth, quelque peu écrasé. La voiture se met à rouler et personne ne parle. Le trajet se passe dans un silence assommant, je le passe à contempler le paysage. Il n'y a que de la végétation ici, je me demande où peuvent bien vivre les autres survivants. Je ne peux m'empêcher de penser à Lily ; qu'est-ce qu'elle fait actuellement ? Je sais que c'est son jour de repos et j'espère que personne ne lui cherche d'ennuis, je m'occuperai personnellement de leur cas en rentrant sinon.
D'après la montre de Seth, ça fait une heure que nous roulons. D'un coup, nous percevons un gamin qui se tient debout sur la route, nous empêchant de circuler. Lorsque Ramirez arrête la voiture pile devant lui manquant de l'écraser, je le reconnais. C'est celui à qui j'avais volé la voiture et qui a envoyé les autres à mes trousses. Toute la colère en moi me paralyse le cerveau, est-ce que c'est normal d'avoir des envies de meurtre ? Mes émotions sont exacerbées depuis qu'on m'a rendu ma mémoire.
— Tu veux quoi, gamin ? demande Ramirez au garçon.
— Vous ne pouvez pas passer selon les accords, lui répond ce dernier.
— On respecte les accords alors bouge de là, si tu veux pas finir sous les roues de mon véhicule.
— Cette route nous appartient.
— Cette route n'appartient à personne. Les territoires ont été délimités et nous sommes en zone de droit.
— On a agrandi notre zone et maintenant, cette route en fait partie.
— Vous n'agrandissez rien du tout sans passer par une réunion entre nos chefs. Alors maintenant je te le répète une dernière fois, tu bouges ton cul ou je te colle une balle entre les deux yeux.
— Je ne bougerai pas, j'ai reçu des ordres et...
Ramirez ne le laisse pas finir sa phrase, il sort son arme, passe son bras gauche par la fenêtre et appuie sur la détente. Le coup de feu me fait sursauter, le garçon porte sa main à son bras, le choc le fait reculer. Je suis choqué de ce qu'il vient de se produire, mais rassuré que Ramirez n'ait pas tenu sa promesse de la lui coller en pleine tête.
— Putain, ça tombe pas du ciel les munitions, j'aimerais mieux les économiser, se plaint-il en rangeant son arme.
Il se remet à conduire, le garçon est en train d'inspecter son bras, et même s'il m'a causé de gros ennuis l'autre jour, j'espère qu'il n'est pas grièvement blessé — ce n'est qu'un enfant tombé entre les mains des mauvaises personnes. Jared, lui, est plié de rire. Après un long moment de route, nous nous garons à la lisière de la forêt et Ramirez me regarde.
— Tu te rappelles ce qu'on a dit ? demande-t-il.
— Oui.
— Alors vas-y.
Je hoche la tête et rassemble tout mon courage. Seth sort de la voiture et je fais de même, les autres restent dans la voiture. La marche est désagréable, je crève de chaud dans ma combinaison rembourrée.
— T'es stressé ? me demande Seth.
— Non.
Il m'adresse un regard qui veut clairement dire qu'il ne gobe pas ma réponse.
— OK, peut-être un peu. En fait, je ne comprends pas l'intérêt de ce qu'on fait. Est-ce que c'est juste ?
— Oui, c'est totalement juste. C'est ce qu'on appelle la vengeance et tu devrais être plus motivé que quiconque.
— Alors c'est pour ça que Colton m'a choisi ? Parce que je suis très impliqué dans cette histoire et que je suis encore énervé ?
— Non. Peut-être. Il t'a surtout pris pour tes compétences, je ne me bats pas aussi bien que toi et pourtant, ça fait des années que je m'entraine. Peut-être bien que Colton se dit que tu seras plus efficace qu'un autre par ton implication, mais on s'en fout de ça.
— Je ne veux pas qu'on m'utilise comme ça.
— Je sais que t'as un énorme égo, mais range-le un moment.
Nous marchons entre les arbres et puis petit à petit, les lieux me paraissent un peu trop familiers. Le soleil tape et fait miroiter quelque chose qui git au sol. Je m'approche de cet objet tandis que Seth me regarde, perplexe. Des images me viennent en tête, des sons aussi et puis le visage de Lily. Et pourquoi c'est toi qui prends le couteau ? Je le veux. Je me baisse pour regarder l'objet métallique qui traine par terre et mon cœur se serre. Et je veux le pull, j'ai froid. Je ramasse les menottes brisées, je les contemple pendant un temps qui me parait infini. La voix de Lily continue de résonner dans ma tête, comme pour me rappeler à quel point j'ai été dur. Je mets la menotte autour de mon poignet, pour voir ce que ça me procure. Bonne chance, Lily. Cette fois, c'est ma voix qui a résonné. Je la revois assise par terre à me regarder m'éloigner, un air triste dans les yeux. Je l'abandonne et je sais que je ne prends pas une bonne décision.
— Riley, qu'est-ce que tu fous ?
— Rien.
Je retire la menotte de mon poignet et repose la paire par terre, là où on l'avait abandonnée. Seth ne cherche pas à comprendre et continue de marcher, je fais de même, en silence. Au bout d'une demi-heure de marche, nous arrivons devant un buisson. Seth l'observe sans bouger. Il décale le feuillage et ce que je vois me laisse sans voix. Il y a un trou. Un gros trou dans lequel passerait un homme sans problème. Merde.
— C'est par là qu'ils nous ont éjectés ?
— Il semblerait, me répond Seth.
— Quelle bande d'enfoirés. Je vais les tuer un par un.
— Oui et bien garde ta rage pour tout à l'heure, tu en auras besoin.
— Et maintenant, on fait quoi ?
— On attend.
VOUS LISEZ
ASYLUM
Science Fiction2095, après ce qui devait être la "fin du monde", la vie n'est plus ce qu'elle était. L'innovation a pris le dessus, les technologies sont omniprésentes. Lily, maligne et déterminée, et Riley à qui la vie n'a pas fait de cadeau, prêt à tout pour sur...
