Chapitre 44

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RILEY


— Je vais t'éclater ! me dit Seth.

— C'est ce qu'on verra.

Nous sommes en pleine partie de baby-foot, un jeu dont je n'avais jamais entendu parler avant d'atterrir ici. En même temps, ils ne savent pas trop s'amuser à l'Asile. Ils se divertissent avec des calculs et des problèmes scientifiques. De quoi se donner assez mal au crâne pour n'avoir plus envie de rien faire pendant plusieurs jours, tant nos cerveaux sont fatigués. Ça fait dix fois que Seth me bat, il n'a aucune pitié pour moi. Sauf que cette partie, c'est moi qui suis en train de la gagner. Je le domine de plusieurs points et je suis en train de découvrir qu'il est mauvais perdant, ce qui me fait bien rire.

— Gagné ! je crie tandis que la balle entre dans les cages adverses, me donnant le point final.

— C'est la chance du débutant.

Il me charrie et ça s'est déroulé comme ça tout l'après-midi. Seth me fait vraiment penser à Ben, je suis sûr qu'ils s'entendraient très bien.

Assis sur l'une des tables du réfectoire vide, Caden vient me voir, accompagné de Grace. J'ai passé toute l'heure à essayer de joindre Lily, mais c'est comme si le signal s'était coupé, ça ne marche plus. Je donne toute mon énergie pour ne pas imaginer qu'il lui est arrivé quelque chose.

— On n'a pas le droit de s'asseoir sur les tables, me dit Caden.

— Bien sûr que si. Viens.

Il a d'abord peur mais comme je l'amadoue du regard, il finit par monter, surexcité comme s'il avait l'autorisation de faire une bêtise. Et puis, Seth arrive et Caden descend de la table pour courir vers lui. Ils entament une partie de football dans le réfectoire, je me retrouve seul avec Grace qui me fixe de ses grands yeux.

— Quoi ? je lui demande.

— Pourquoi tu es tout le temps triste ?

— Je ne suis pas triste.

— Si, tu es triste. En plus, t'es un menteur !

Ça me fait sourire, cette gamine de six ans est la seule à comprendre que je suis triste, quand tous les autres m'accusent d'être énervé. Elle a l'air de ne parler qu'à moi, peut-être que je devrais m'ouvrir à elle. Oui, je vais raconter mes problèmes à une gamine de six ans, super idée Riley !

— Moi, je sais pourquoi t'es triste.

— Ah bon ? je lui demande, amusé.

— Parce que tu es amoureux de Lily.

Je pars d'un rire incontrôlable, elle ne manque pas de culot.

— Non, je ne suis pas amoureux de Lily, c'est bien compris ?

— Si.

— Non.

— Si !

— Peut-être bien, ok ? Franchement, qu'est-ce que ça peut faire ? Elle me déteste, et préfère trainer avec Austin le beau gosse trop parfait. Avant, elle n'avait que moi alors j'ai naïvement cru que ça comptait mais depuis qu'on est là et qu'elle a un tas de nouveaux amis... on ne fait que se croiser.

— Si tu ne lui dis pas que tu l'aimes, tu seras triste quand elle va mourir.

Depuis quand les enfants sont aussi terre à terre ? C'est hallucinant de voir que ces deux gosses ne pensent qu'à la mort. Rien que lorsque Grace évoque la future mort de Lily, tous mes poils se hérissent et je me sens mal à l'aise. De toute façon, je ne sais même pas pourquoi je me confie à elle, elle n'a aucun conseil à me donner vu son jeune âge. Alors que je m'apprêtais à rétorquer quelque chose, notre sujet de conversation arrive dans le réfectoire, comme par magie, comme si mes pensées l'avaient amenée ici.

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