Chapitre 20

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LILY

Nous avons passé tout l'après-midi à jouer au lancer de couteaux. Au final, je n'ai pas réussi à viser le centre de la cible une seule fois, et Cody est l'heureux gagnant. Je ne suis pas ici depuis assez longtemps pour savoir si je me fais des films ou pas, mais j'ai l'impression qu'il y a eu un rapprochement entre Sydney et Garrett, ils s'entendent plutôt bien. En plus, Garrett est très tactile avec elle, je m'attendais à ce qu'elle le remette à sa place mais je crois bien qu'elle s'amusait de la situation.

Après le diner, le groupe de Riley n'est toujours pas revenu, j'espère qu'il ne leur est rien arrivé. Je suis très curieuse de savoir en quoi peut bien consister sa mission et surtout, pourquoi ça doit rester un secret. À vingt-et-une heures, je commence à ressentir la fatigue de la journée. D'après ce que j'ai compris, il y a une fête ce soir mais je préfère ne pas y participer, je me sens particulièrement stressée par l'absence de Riley. Je me dirige vers ma chambre avec l'intention de dormir, si j'y arrive.

Amber m'intercepte dans le couloir et m'attrape par le bras.

— Où est-ce que tu penses aller comme ça ? demande-t-elle joyeusement.

— Dormir.

— Tu veux dormir ? Mais il est encore tôt et c'est ta journée de congé. Crois-moi, demain tu voudras vraiment dormir.

— Amber, s'il te plait...

— Viens avec moi !

Elle m'entraine vers le hall, je la suis à contrecœur. En arrivant au niveau de la salle de jeux, j'entends un garçon chanter, il s'époumone et tout le monde a l'air heureux. Sauf moi, je ne veux pas rester ici. J'ai besoin de savoir si Riley va bien et j'ai besoin qu'il rentre. Je ne me suis jamais mise dans un état pareil pour quelqu'un auparavant et je ne comprends pas ma réaction.

— OK, tu ne veux pas faire la fête, c'est ça ? me demande-t-elle gravement.

— Non.

— Alors j'ai une meilleure idée.

Elle m'attrape par le poignet et me mène dans plusieurs couloirs avant de nous guider dans une pièce sombre. Elle y pénètre, je ne sais pas comment elle parvient à y voir quelque chose, je l'attends devant la porte. Je l'entends crier et jurer, je retire ce que je viens de dire, elle ne voit pas plus que moi.

— Ça va ? je tente.

— Super ! Si on oublie le fait que je vais avoir un énorme bleu demain.

À peine a-t-elle fini sa phrase qu'une lumière illumine l'espace, il y a de nombreux néons blancs au plafond.

— Ils ont été malins de construire cet endroit mais tu vois, les interrupteurs au fond de la pièce remettent tout en question !

La salle dans laquelle nous nous trouvons ressemble à une bibliothèque, il y a plusieurs étagères collées aux murs et des livres sont entreposés dessus. J'arpente la pièce qui a une odeur de renfermé pour m'approcher d'une étagère sur laquelle est entreposée une multitude de livres, ils ont l'air assez vieux. Logiquement, ils datent d'il y a quatre-vingt ans minimum. Je reporte mon attention sur le reste de la pièce, il y a des tables, des chaises et des sofas. Cette pièce est calme et plutôt agréable, je me demande pourquoi personne n'a pensé à m'emmener ici avant.

Amber se lève du sofa sur lequel elle s'était assise pour regarder son bleu naissant au genou et elle se dirige vers une étagère, l'air de chercher quelque chose de précis. Elle s'empare d'un livre qu'elle vient m'apporter. En gros et en blanc, je peux lire le titre « L'évolution de la vie ». Je l'ouvre et y trouve un sommaire qui liste des termes dont je n'ai jamais entendu parler jusqu'ici. Il y a aussi une frise qui tient sur deux pages, représentant l'évolution depuis la création de la terre jusqu'au dernier millénaire. Le livre contient également des fiches sur différents végétaux ou espèces vivantes. Je découvre là l'existence passée d'animaux qui ne feraient qu'une bouchée de moi, c'est comme si j'étais en train de lire un conte, tout me parait trop fou pour être vrai. Sauf que c'est ma vie à moi qui a été montée de toutes pièces, qui n'a été qu'un mensonge. Je suis impressionnée par ce que je vois, je me rends compte que je n'avais aucune idée du cycle qu'avaient traversés les êtres humains. À vrai dire, personne ne se posait la question, on savait juste que l'Asile était présent depuis toujours mais ça ne nous posait aucun problème de logique ; nous étions complètement lobotomisés, des surdoués abrutis. C'est quand même grave de ne se poser aucune question sur sa propre existence.

ASYLUMOù les histoires vivent. Découvrez maintenant