AUSTIN
Nous sommes rentrés sans se parler, je crois qu'Amanda compte m'en vouloir pour un petit moment. Honnêtement, je n'ai pas l'habitude de me comporter comme ça avec les gens, je préfère incarner l'opposé de mon père. Il est colérique, imbu de lui-même et obsédé par ses affaires et cet endroit. Moi, je suis plus du genre gentil, timide et introverti - en même temps ce n'est pas en restant enfermé chez moi que ça aurait pu être autrement.
En sortant de l'ascenseur menant à notre suite, je traverse le salon en ignorant le regard lourd de ma mère. Je me dirige dans ma chambre tandis qu'Amanda va vers la sienne. Ma mère me suit, je sais déjà ce qu'elle va me dire.
- Austin, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Rien.
Elle s'installe au bout de mon lit tandis que j'observe la ville de béton par la fenêtre.
- Je vois bien que quelque chose ne va pas, mon chéri.
- C'est juste que j'ai l'impression de ne pas vivre, d'être comme Amanda tu vois, je peux vivre ici en échange de mon acharnement au travail. Papa ne s'adresse à moi que pour savoir si j'avance sur mon projet.
- Il s'inquiète pour ton avenir, il ne sait juste pas comment te le faire comprendre. Il est comme ça.
- Mon avenir ? Mais de quel avenir tu parles ? Tu veux parler de celui de l'Asile, pas du mien. Je n'ai pas choisi ce prétendu destin et je n'ai pas cette ambition.
- Ça viendra avec le temps. Sois gentil avec lui, il est épuisé.
Je la laisse défendre mon père, je sais très bien qu'elle-même ne croit pas à ce qu'elle dit, sinon ils ne se disputeraient pas autant. Il ne fait même plus attention à elle et c'est l'une des raisons pour lesquelles je lui en veux. J'ai l'impression qu'il n'y a rien de bon en lui, je ne comprends pas pourquoi les gens ne se plaignent pas de leur dirigeant.
Ma mère se lève et sort de ma chambre en m'adressant un regard triste lorsqu'elle se retourne vers moi avant de disparaitre dans le long couloir. J'entends un bip incessant, je regarde ma tablette qui se trouve sur ma table de chevet. Il est écrit que quelqu'un cherche à me joindre. Je regarde un moment les deux options disponibles « accepter la communication » ou « refuser la communication ». Je choisis la première option, active les hauts parleurs et m'allonge de tout mon long sur mon lit. La voix de mon interlocuteur retentit dans ma chambre par les hauts parleurs dissimulés au plafond :
- Austin, pourrais-tu me rejoindre au labo s'il te plait ?
- Pourquoi ?
- Pas de questions.
La communication se coupe, alors je me lève pour rejoindre le laboratoire. Je traverse le long couloir et je presse mon doigt sur le panneau de contrôle d'identité de la porte qui mène à l'escalier. La porte s'ouvre en coulissant, je monte l'escalier et reproduis cette action pour la porte en haut des marches. Je pénètre dans le couloir menant à différentes salles de laboratoire et je me dirige vers la salle d'expérimentations, où se trouve le Professeur Lewis. Une fois devant la porte, je fais le scan digital et le scan rétinien, qui s'avèrent positifs et la porte du sas de la salle s'ouvre. Je réitère cette opération et j'arrive enfin dans le labo. C'est une bonne chose d'utiliser la biométrie pour protéger les laboratoires mais c'est une grosse perte de temps, même si j'ai l'habitude, j'exécute ce rituel depuis toujours. Le système est conditionné pour ne laisser passer que mon père, ma mère, le Professeur Lewis, Amanda et moi. Les autres scientifiques de la ville exercent leurs activités dans les laboratoires au centre-ville, prévus à cet effet. Ici, ce sont les laboratoires privés de mon père et personne d'autre que nous cinq n'est permis d'entrer.
- Austin, tu es là, dit le Professeur Lewis.
- Bonjour, je lui réponds. Qu'est-ce qu'il se passe ?
- On va se balader ?
- Une balade ? je répète, hébété.
Le Professeur est un vieil ami de mon père, il travaille pour lui depuis des années, je le connais depuis toujours, c'est comme mon grand-père. C'est lui qui m'a tout appris et il a toujours été très gentil. Il ne fait vraiment pas ses soixante-dix ans, on dirait qu'il a la jeunesse éternelle malgré ses cheveux blancs aussi immaculés que cet appartement.
- Allez, viens.
Il me pousse dans le dos et m'entraine vers la sortie. Je ne discute pas et je le suis, après tout cette balade ne peut pas me faire de mal. Nous sortons de l'appartement, le Professeur déblatère sur ses dernières recherches, je l'écoute attentivement, tout ce qu'il dit est susceptible de m'instruire un peu plus à chaque fois. Alors que nous marchons dans la ville depuis un petit moment maintenant, nous nous arrêtons devant le Centre de Recherches. Je connais cet endroit par cœur, nous y entrons tels des automates. Nous saluons les scientifiques en blouse que nous croisons avant de prendre l'ascenseur. Je m'attends à ce qu'il appuie sur le bouton du troisième niveau, l'étage de son bureau officiel mais à la place, il appuie sur celui du sous-sol. Je n'y suis jamais allé parce que le sous-sol est un débarras, une cave. Et puis de toute façon, il faut être enregistré pour y pénétrer, ce qui n'est pas mon cas. Professeur Lewis passe le scan rétinien et digital de l'ascenseur qui le lui demande, une lumière verte clignote et la cabine s'active.
- Qu'est-ce qu'on fait au sous-sol ? je demande.
- Tu poses trop de questions, jeune homme.
Je me tais donc, de toute façon je connais assez bien Lewis pour savoir qu'il ne vaut mieux pas insister avec lui, c'est totalement inutile. Une fois que les portes de l'ascenseur s'ouvrent, deux soldats lourdement armés nous accueillent. Ils ont l'air sur leurs gardes mais se détendent quand ils se rendent compte que ce n'est que Lewis et moi. Je ne savais pas que des gardes étaient nécessaires pour surveiller le débarras. Nous évoluons dans un long couloir où s'alignent de nombreuses portes en verre, les prisonniers sont dedans. Alors le débarras n'est rien d'autre qu'une prison ? Pourtant, les personnes incarcérées se font enfermer dans le bâtiment des prisons, pourquoi certaines cellules se trouvent ici ? Pourquoi ne sont-ils pas avec les autres ? Je les détaille en passant devant, mais Lewis marche trop vite, je suis obligé de presser le pas jusqu'au fond du couloir où se trouve une intersection. Nous empruntons le couloir de droite qui est désert, les murs sont gris et des tuyaux les longent. Après un long moment, nous nous trouvons dans un cul de sac.
Ce qui se déroule sous mes yeux ensuite est incroyable, Lewis met ses mains aux deux extrémités du mur pour en tirer quelque chose. Une plaque en taule recouvrait en fait une porte dissimulée derrière, je suis sous le choc. Je ne comprends pas pourquoi il m'emmène ici et je comprends encore moins où mène cette porte. Il l'ouvre et pénètre dans la pièce qui se trouve derrière, je le suis même si mon instinct me crie de ne pas le faire. Cet endroit n'a rien d'une pièce, ce sont les égouts. Nous longeons le bassin d'eau nauséabonde, je ne peux m'empêcher de couvrir mon nez de mon tee-shirt.
- Qu'est-ce qu'on fait ici ? Lewis, je veux des réponses.
- Je suis désolé mon garçon, il le fallait.
- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Sans plus attendre, il sort de sa poche une seringue qui contient un liquide bleu, il me l'enfonce dans le cou. Je me sens tout mou, je tombe à terre. Je suis comme paralysé, je ne peux plus bouger et ma vue commence à se troubler. J'entends ensuite une détonation et puis la seconde d'après, je n'entends plus rien. Je suis privé de tous mes sens alors qu'une puissante fatigue s'empare de moi.
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Science Fiction2095, après ce qui devait être la "fin du monde", la vie n'est plus ce qu'elle était. L'innovation a pris le dessus, les technologies sont omniprésentes. Lily, maligne et déterminée, et Riley à qui la vie n'a pas fait de cadeau, prêt à tout pour sur...
