Chapitre 17

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RILEY


La peur et l'angoisse me dominent. Je ressens inlassablement ces deux émotions qui m'affaiblissent l'esprit. Les autres n'ont pas l'air mieux que moi, on dirait qu'Austin va s'évanouir d'une minute à l'autre et qu'Amanda va lui en foutre une d'une minute à l'autre. Peut-être qu'elle a découvert sa petite activité pour faire passer le temps.

Mon attention se reporte sur Lily, qui a l'air nerveuse. Elle m'observe, l'inquiétude déforme son visage, créant un rictus entre ses sourcils et tordant sa bouche. J'ai envie de la rassurer, de la prendre dans mes bras et lui dire que tout va bien se passer. Le fait est que ce serait le plus gros mensonge que je n'aurais jamais dit. Tout ne va pas bien se passer, tout va dégénérer et je trouve ce plan toujours aussi foireux que la première fois que je l'ai entendu.

Le trajet a duré un certain temps, assez long d'après moi. J'aurais voulu qu'il dure une éternité, que la voiture manque d'essence, que des péripéties nous empêchent d'arriver à l'entrée des souterrains. Mais non, tout s'est bien déroulé, aucune embuscade, aucun problème, même le ciel ne s'est pas manifesté. Je ne sais pas à quel moment je suis devenu aussi peureux. Je ne suis pas comme ça ; moi je fonce dans le tas, je ne réfléchis pas, j'agis. Et ensuite, je réfléchis. Ne cherchez pas la réponse bien loin, je n'ai pas peur pour moi, j'ai peur pour Lily. C'est comme si j'avais nos deux vies en ma possession et que je devais les protéger. Au début, je pensais que l'amour... ou cette chose étrange que je ressens pour Lily, me rendait faible. Je pensais que ce sentiment m'écrasait, qu'il me compressait tellement que j'en oubliais d'être moi-même. En fait, j'étais loin du compte. J'ai juste peur de la perdre.

Ramirez nous a amenés à l'entrée du souterrain et un des hommes armés lui a dit qu'il pouvait s'en aller ; ce qu'il a fait après un petit moment d'hésitation. Ramirez aurait-il un cœur ? On en apprend tous les jours, ici. Un garçon que je reconnais — je l'avais croisé lors de mes entrainements pour le programme de Protection et Combat —, un brun à la peau étonnement pâle nous a attaché les mains et pas n'importe comment. Austin et Amanda ont été attachés ensemble, une menotte chacun. Et puis, comme si ce n'était qu'une blague de l'univers, ou notre destin, Lily et moi nous sommes retrouvés attachés de la même manière que lors de notre rencontre. Ma main droite attachée à sa main gauche par une menotte dure, froide et lacérant ma peau. Je retrouve cette petite chaine forte que je n'ai jamais réussi à briser, la sensation de captivité, cette envie de me libérer de cette entrave. Quand l'homme nous a passé les menottes, un léger sourire s'est dessiné sur les lèvres de Lily, je le lui ai rendu, lorsque le loquet s'est bloqué.

— On va descendre, indique le brun que je connais mais dont le nom ne me revient pas.

Je sens un contact sur ma main. Lily vient d'enlacer son petit doigt au mien, comme une ultime promesse imprononçable, comme pour trouver du réconfort. Je resserre mon doigt, ça la fait sourire. Ok, je l'avoue et je vais l'assumer. Je l'aime, j'en suis sûr ; je ne ferais pas tous ces trucs stupides sinon. Le pire, c'est que je ne trouve même pas ces gestes stupides, alors, c'est ça le symptôme ultime ?

Nous descendons dans le souterrain, il est exactement pareil que la dernière fois. En même temps, ce n'est pas le premier endroit qu'on penserait à rénover ; l'anxiété me provoque des pensées débiles. Une fois au bout du tunnel, un homme se tient devant nous, mais pas n'importe lequel. Il s'agit de Gavin Thompson, le sauveur, le dirigeant, l'homme de la situation. Ou le plus gros enfoiré existant, selon le point de vue. Il a toujours été impressionnant par son visage dénué d'expressions, son manque d'empathie palpable ; vu la tronche qu'il tire, personne n'aurait eu confiance en lui sans ces injections. Il est brun et ses yeux sont sombres, il est identique aux écrans et aux publicités, sauf qu'en vrai, il a l'air encore plus dur et intransigeant. Austin tient plus de sa mère, c'est certain.

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