LILY
Nous avons marché un certain temps et pris une voiture afin de rejoindre une route menant vers le sud. Lorsque nous en descendons, ça sent le brûlé et le silence est étonnement assommant, c'est comme si même la nature avait cessé de vivre. J'inspecte Chace et Colton qui se lancent un regard inquiet, j'ai bien peur de ce que nous allons trouver ici.
Lorsque je lève la tête, je remarque que le ciel est gris. Et pas seulement à cause du temps nuageux, c'est de la fumée. Nous évoluons dans la forêt, Chace m'a expliqué que le groupe que nous venons aider vit dehors, dans des bâtisses de fortune comme des tentes ou des petites maisons fabriquées avec des matériaux trouvés sur place. Plus nous nous enfonçons dans la forêt et plus l'odeur de brûlé emplit mes narines et me fait tousser. Le campement apparait enfin sous mes yeux ; une multitude de tentes en tissus ou en plastique qui brûle, des troncs d'arbres embrasés, le sol qui prend feu. Et des cris. Des cris de personnes, des plaintes de douleur. Colton nous fait signe de nous séparer, alors je commence à marcher à la recherche de quelqu'un à sauver. Je manque de rendre mon dernier repas lorsque je vois une femme au sol qui s'est visiblement pris une balle en plein milieu du front. Et puis, je ne vois plus que ça, toute l'horreur, je remarque un corps à ma droite et un autre au loin. Ma tête commence à tourner, je m'accroupis au sol pour reprendre mes esprits. Je ferme les yeux, j'inspire et j'expire. Je dois me ressaisir, à quoi je m'attendais ? Je me rends sur un lieu où le groupe de Jordan est passé, c'était logique que ça n'allait pas être beau à voir. Lorsque j'ouvre les yeux, je trouve un homme au sol, un tronc d'arbre couché sur son abdomen, du sang s'est écoulé de sa bouche et la manche de sa chemise prend feu. Je tape dessus pour éteindre le début d'incendie qui commençait à l'embraser.
Alors que je déambule entre les troncs d'arbres couchés et les tentes embrasées, j'entends une plainte. Je me suis d'abord demandé si j'avais halluciné, mais je l'ai de nouveau entendue une seconde fois, puis une troisième. Je me précipite en direction de cette plainte et je me rends compte qu'elle provient d'une tente en feu. La panique s'empare de moi, je ne sais pas qui est à l'intérieur mais je ne pourrai pas la sauver, je vais me tuer moi-même. Les cris se font de plus en plus déchirants, me plaçant dans une situation d'hésitation telle que je n'ai jamais connue. J'arrête de réfléchir et sors la sorte de cagoule que j'avais dans ma poche et je l'enfile, cachant mes cheveux, ne laissant qu'apercevoir mes yeux. Je suis étonnée de remarquer que j'arrive à parfaitement respirer et que l'air que j'inspire n'est pas toxique, le tissu fait office de filtre.
J'avance vers la tente, prise d'un soudain courage et je décale le pan en feu de l'ouverture de la tente, de mes mains gantées ; je remarque que je ne ressens pas la chaleur et me rends compte que je ne l'avais pas sentie non plus lorsque j'ai éteint le feu du bras de l'homme tout à l'heure. Pourquoi personne ne m'a dit que cette combinaison était ignifugée ? Je ne cherche pas la réponse bien loin, j'en toucherai deux mots à Chace et Colton, je suis sûre qu'ils voulaient éviter que j'intervienne de quelconque manière. L'intérieur de la tente est impressionnant, il est coloré, vif et surtout, enflammé. J'ai chaud, mais la combinaison rend cela très supportable. Le fond de la tente est plutôt immense, elle pourrait abriter quelques tables ou d'autres meubles, elle est aussi grande qu'une pièce. Je remarque au fond une personne roulée en boule, se protégeant la tête de ses bras. J'avance vers elle, je traverse les flammes comme si elles n'étaient pas un obstacle de taille, comme si elles n'étaient pas meurtrières. Cette combinaison est incroyable mais ses capacités ressemblent davantage à celles de l'Asile plutôt qu'à celles de l'Extérieur. Mon père m'a déjà parlé d'un projet de conception concernant des uniformes pour les agents de Protection de l'Asile, il s'agissait de combinaisons résistantes à toutes sortes de chocs, comme des chocs électriques ou thermiques. Celle que je porte ressemble étrangement à celles dont mon père nous parlait pendant des heures avec des étoiles plein les yeux. Il était fier de ce projet et je me demande pourquoi Colton en possède.
Lorsque j'atteins le fond de la pièce, je trouve une jeune fille brune. Je m'approche d'elle et m'accroupis à son niveau ; lorsque ma main entre en contact avec son bras, elle sursaute et lève la tête. Ce que je vois me laisse sans voix, elle a l'air choquée, elle pleure et de la suie recouvre son visage si jeune et délicat. Elle a l'air plus jeune que moi. Je me demande où est sa famille et surtout, comment on va passer à travers le feu. J'ai la combinaison, mais pas elle.
Je réfléchis à toute vitesse, nous sommes en danger et il faut agir vite. Autour de nous, le feu se rapproche petit à petit, seulement l'extrémité de la tente contre laquelle s'est réfugiée la fille n'est pas encore sous la domination des flammes. Je ne réfléchis pas plus, je sais exactement ce que je dois faire ; je sors mon couteau et me mets à le planter dans la toile, elle se troue sous l'impact. Je fais descendre la lame sur la longueur de la tente, jusqu'en bas. Je range mon couteau et écarte encore plus le trou que j'ai formé, jusqu'à ce que le tissu se déchire sur sa largeur et nous offre une échappatoire. J'attrape la fille par le bras pour l'aider à se relever.
Lorsque nous marchons dehors, elle se met à tousser alors je décide de lui donner ma cagoule. Plusieurs personnes de notre groupe se déplacent parmi les arbres, aidant des rescapés à marcher. Colton me fait signe qu'on doit s'en aller mais je dois m'assurer d'une chose.
— Où est ta famille ? je demande à la fille.
— Ils sont morts.
Elle m'a annoncé ça en fixant le vide, on aurait dit qu'elle ne ressent absolument rien à l'évocation de ce fait, ou alors elle est sous le choc. Alors que je l'emmène à la voiture, je constate que tout le monde ne pourra pas y monter, il n'y a pas assez de place. Chace me fait savoir que d'autres personnes vont arriver avec des voitures. La jeune fille que j'ai trouvée est toujours dans un état second.
— Comment tu t'appelles ? je lui demande.
— Emily.
— Quel âge as-tu ?
— J'ai quatorze ans.
Notre groupe a sauvé une quinzaine de personnes, de différents âges ; certains ont l'air d'aller plus ou moins bien, d'autres sont blessés. Le groupe de Jordan a vraiment fait un carnage et je ne comprends pas leur intérêt.
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ASYLUM
Bilim Kurgu2095, après ce qui devait être la "fin du monde", la vie n'est plus ce qu'elle était. L'innovation a pris le dessus, les technologies sont omniprésentes. Lily, maligne et déterminée, et Riley à qui la vie n'a pas fait de cadeau, prêt à tout pour sur...
