LILY
Heureusement pour moi, mes parents n'ont pas entendu mes incessants allers-retours, ils dorment bien trop profondément. Après avoir emporté quelques tournevis de formes et tailles différentes dans mon sac, je suis partie et j'ai pédalé jusqu'au troisième secteur. L'air qui fouettait ma peau lors de mon trajet était frais et agréable, les températures sont tombées au gré du soleil qui se couchait. C'est tout calme, je n'ai croisé personne dans la rue et tant mieux. Je n'avais pas pour habitude de sortir si tard avant, je ne le faisais que si je passais la soirée chez Sierra ou s'il y avait un évènement quelconque au centre-ville. Il n'est pas interdit de circuler tard dans la nuit, seulement, personne n'en voit l'intérêt. L'obsession pour la perfection et l'excellence procure assez de distractions, personne ne ressent le besoin de trainer, autant dormir et se reposer pour la longue journée du lendemain.
Je me prends à me demander ce qu'il adviendrait de moi si quelqu'un m'arrêtait et me demandait ce que je fabrique seule, sur un vélo non homologué et en pleine nuit. Qu'est-ce que je pourrais bien avoir à dire pour ma défense ? Rien, je suppose. Alors autant me dépêcher, même si Riley ne m'apporte pas la certitude de ne pas me faire attraper, sa présence me réconforte et me donne l'impression que tout va bien se passer. C'est toujours ainsi lorsque je suis avec lui.
Je bifurque au coin d'une rue dans laquelle un lampadaire bleuté clignote et je remarque que les suivants sont étrangement éteints, je n'avais jamais fait attention à ce détail. Alors que je reconnais le bâtiment de la station d'épuration qui s'agrandit au fur et à mesure que je pédale, je vois aussi deux silhouettes assises par terre. Mon cœur manque un battement mais je comprends assez rapidement qu'il s'agit de Riley et Ben qui m'attendent. Je souffle et franchis les derniers mètres qui me séparent d'eux.
— On a failli attendre ! me fait remarquer Riley alors que je descends de mon vélo.
Je lui envoie une tape sur son bras et il me fusille du regard, instantanément, je suis plongée en arrière, je suis immergée dans le passé et je me remémore toutes ces fois où Riley m'a adressé ce regard. Qu'est-ce que j'ai fait ? Avant que je ne me pose plus de questions, son visage se radoucit et un sourire se dessine au coin de ses lèvres, il se jouait de moi, comme c'est amusant. Je souris à mon tour et bientôt, nous rions bêtement, devant Ben qui ne comprend absolument rien à ce qui nous arrive.
Je me ressaisis et ouvre mon sac pour en sortir les tournevis et les tends aux garçons qui ne perdent pas de temps pour les tester.
— Alors, vous pensez que ça cache quoi ? je demande.
— Je suis sûr qu'il n'y a rien d'autre que des canalisations ! affirme Ben.
Riley ne répond pas, il est trop occupé à tester les différents tournevis que j'ai apportés, il en a déjà essayé quatre sur sept. Alors qu'il s'empare du cinquième, il pousse un cri de joie un peu trop perceptible, nous devrions rester discrets pour ne pas attirer l'attention. Il s'acharne avec force et impatience sur les vis qui semblent presque soudées.
— Alors, monsieur muscles, on galère à dévisser ? le taquine Ben.
— Tu n'as qu'à essayer, si tu te crois plus malin !
Ben refuse l'offre en un rire équivoque et Riley finit par réussir à enlever la première vis. Je ne saurais dire combien de temps est passé entre la première et la quatrième, mais une chose est sûre, la personne qui les a fixées s'est assurée que personne n'ouvre cette trappe. Je regarde les quatre vis qui gisent au sol, l'éclat de la lune se reflétant dessus et les faisant légèrement scintiller. Un bruit sourd me fait dévier la tête et comprendre que Riley et Ben ont à eux deux soulevé la plaque carrée qui était jusqu'ici accrochée fermement au béton. Ils la posent par terre et s'approchent du trou :
VOUS LISEZ
ASYLUM
Bilim Kurgu2095, après ce qui devait être la "fin du monde", la vie n'est plus ce qu'elle était. L'innovation a pris le dessus, les technologies sont omniprésentes. Lily, maligne et déterminée, et Riley à qui la vie n'a pas fait de cadeau, prêt à tout pour sur...
