Chapitre 27

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RILEY


Je me réveille avec une douleur lancinante au dos. La première chose que je vois est le visage inquiet de Seth.

— Comment tu vas, mon pote ? me demande-t-il.

— Mal. J'ai mal.

— Ta dose de médocs arrive. Tu nous as fait peur.

Seth lève la tête et sourit de toutes ses dents. Puis, il se lève et me donne une tape sur l'épaule. Je ne comprends pas pourquoi il s'en va, jusqu'à ce que je trouve le visage de Lily au-dessus du mien. Ses cheveux me chatouillent le visage, elle finit par s'asseoir à côté de moi.

— Je suis tellement désolée, me dit-elle.

— C'est donc toi qui m'as tiré dessus ?

— Non...

— Alors arrête de t'excuser.

Elle m'adresse un sourire timide, je remarque qu'elle a l'air reposée. Chace m'a dit qu'il l'avait forcée à dormir parce qu'elle commençait à perdre la tête. Le repos lui va bien, ses traits sont apaisés, elle est encore plus jolie. Il faudrait que j'arrête d'avoir ce genre de pensées, ce sont elles qui m'ont cloué au lit avec le dos perforé.

— J'ai eu tellement peur pour toi, dit-elle.

— Je suis sûr que tu étais en train de jubiler, t'étais enfin tranquille au moins.

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça, c'est sorti tout seul. Elle fronce les sourcils, elle n'a pas l'air d'accord. D'accord, j'ai déconné, elle s'inquiète pour moi et je l'accuse de vouloir se débarrasser de moi, il y avait mieux à dire, quand même.

— Je rigole, je précise.

— T'es toujours aussi drôle.

Je me rends compte que je ne sais absolument pas quoi lui dire, je suis gêné. Est-ce qu'elle se souvient de ce qu'il s'est passé juste avant que je me fasse tirer dessus ? Est-ce qu'elle se rappelle que j'ai failli l'embrasser, que j'ai failli écouter mes pulsions — ce qui lui aurait confirmé que la première fois n'était pas une erreur ? Est-ce qu'elle m'aurait laissé faire ? C'est tout ce à quoi je pense depuis ces dix minutes, depuis que je suis réveillé.

— T'as sûrement besoin de repos, dit-elle en se levant.

Je lui attrape la main, je n'ai pas envie qu'elle s'en aille. Sauf que maintenant qu'elle est tournée vers moi et qu'elle attend une explication, je ne sais pas quoi lui dire. C'est comme si un fossé s'était creusé entre nous et je n'arrive pas à le combler. Je n'arrive pas à arrêter de penser.

— Ça fait deux jours que je dors, je lui dis. Je me suis assez reposé.

Seth revient, nous interrompant. Je prie intérieurement pour qu'il garde ses blagues à la noix pour lui. Il tient un gobelet blanc dans une main, une bouteille d'eau dans l'autre.

— Je t'ai apporté tes médicaments, dit-il joyeusement.

— Je reviendrai plus tard, annonce Lily.

Elle m'adresse un pauvre sourire et s'en va. Bravo Riley, c'est de ta faute tout ça. Je l'ai fait fuir, elle ne voulait pas que je l'embrasse et d'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi j'ai tenté de faire ça. Peut-être que je pourrais lui faire croire que ce n'est pas du tout ce que j'allais faire ? Non, elle est loin d'être stupide. Est-ce qu'on doit en parler ? Est-ce que je dois aller la voir en lui disant « Hey Lily, j'aimerais avoir ton ressenti à propos de la fois où j'ai failli t'embrasser, tu sais, juste avant que je me fasse tirer dessus ». Quelque chose me dit que cette conversation n'est absolument pas de rigueur.

Seth me tend le gobelet rempli de médicaments, alors je les avale, les faisant passer avec l'eau.

— Tu vas avoir mal un petit moment, me dit-il. Mais t'as de la chance, ta colonne vertébrale n'a pas été touchée, ni d'autres organes vitaux d'ailleurs. Est-ce que ça va avec Lily ? C'était super bizarre.

— Tout va bien, Seth.

— Écoute Riley, je voulais te parler d'un truc. On est allé un peu loin la dernière fois mais t'es mon pote, j'ai pas envie de me battre avec toi.

— T'as peur de perdre, c'est ça ?

Il rit et me bouscule, ce qui me fait mal au dos.

— Et je voulais m'excuser pour toutes ces fois où j'ai été lourd. Je ne fais que vous taquiner, vous êtes mignons. Mais vous êtes un peu lassants quand même, pourquoi vous ne sautez pas le pas ? Vous pensez que vous avez toute la vie devant vous ? On est en guerre, alors tu ferais mieux de profiter de Lily avant qu'on y passe tous.

— C'est bon, oublie. J'ai pas été facile non plus... Et, Seth ? J'ai besoin d'un conseil. Et je sais que je vais regretter de te demander ça.

— C'est à propos de Lily ?

— Avant de me faire tirer dessus, j'ai... je ne sais pas ce que je faisais mais j'allais l'embrasser.

— Ne t'en fais pas, l'enfoiré qui t'a tiré dessus est mort, il a été puni pour avoir gâché votre moment.

— Tu ne comprends pas. Je ne dois pas l'embrasser.

— Pourquoi tu te fais du mal ?

— Je ne t'ai pas tout dit. L'autre soir, on était seuls et... je l'ai embrassée. Ensuite, c'est devenu gênant, et puis j'ai recommencé. Le truc, c'est qu'on ne doit pas franchir cette limite, tu comprends ?

Il fronce les sourcils, il n'a pas l'air de me suivre.

— Si tu le dis...

— Est-ce qu'on doit en parler ? Ou faire comme si de rien n'était ? Je fais quoi ?

— Les deux. T'as qu'à ne rien dire et si vraiment le malaise est trop présent, balance tout.

Seth a raison, on va tester un condensé des deux options. Sauf que le malaise est déjà immense, je ne vois pas comment il pourrait s'amplifier.

— J'ai une mauvaise nouvelle pour toi, commence-t-il. Colton est énervé que Lily et toi soyez sortis et... Tu es démis de tes fonctions pour le moment. De toute façon, tu ne peux plus assurer la garde avec ton dos blessé.

— Qu'est-ce que je vais faire ?

— On trouvera. Lily aussi est virée. Je t'ai apporté quelque chose.

Il me tend une petite bouteille rectangulaire et noire, elle est opaque, je ne vois pas ce qu'elle contient.

— Bois ça.

— C'est quoi ? je demande perplexe.

— Des médicaments.

J'ouvre la bouteille et en hume l'intérieur : l'odeur est âcre, ça sent atrocement mauvais. Ça me rappelle la boisson que j'avais trouvée dans la forêt.

— Te fous pas de moi. C'est de l'alcool ?

— Bon ok, j'ai essayé de t'avoir. Vous n'avez vraiment pas d'alcool à l'intérieur ?

— Non. Pourquoi vous buvez quelque chose d'aussi ignoble ?

— Ça aide. Bon, je te laisse te reposer.

Il quitte la pièce et me laisse seul dans notre chambre. Mon dos me fait souffrir mais depuis que j'ai ingéré les médicaments, je me sens un peu apaisé.

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