AUSTIN
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis seul dans cette cellule. Je n'ai vraiment aucune notion du temps, puisqu'aucune lumière naturelle ne pénètre la pièce. La vérité, c'est que depuis tout ce temps aucun repas ne m'a été apporté, alors même si je ne sais pas le temps qui est passé, mon estomac lui, semble s'en rendre compte. Une soif intense assèche ma bouche et m'empêche d'avoir les idées claires. Mes pensées fusent, je n'arrive pas à me concentrer sur une à la fois, ou sur des choses essentielles, mais des souvenirs futiles me mitraillent. Comme celui de ma première rencontre avec Amanda.
Il ne me reste que trois solutions à mélanger et j'aurai enfin fini mon entrainement quotidien. Mélanger des substances pour en créer des nouvelles, mélanger des fonctions pour en créer des plus fortes. Une substance bleue, une rose. J'en obtiens une violette et je suis défendu de la tester. Je ne dois jamais tester ou ingérer ce que je crée. Je dois en imbiber une petite tige en métal connectée à ma tablette. Un résultat s'affiche, s'il atteint cent pour cent, alors j'ai réussi à créer une solution efficace. Si ce n'est pas le cas, je dois recommencer et ne plus laisser passer un seul échec. Je n'ai pas le temps pour les échecs, personne ne l'a.
Lorsque je trempe la languette, elle affiche quatre-vingt-dix-neuf pour cent, j'ai raté quelque chose dans le dosage et ça fait deux heures que je suis dessus. Je laisse tomber cette solution pour le moment, je décide de me mettre à la suivante ; je sais que je la maitrise et je sais à quoi elle sert. Elle sert à se sentir confiant avant un examen ou une occasion particulière. Je le sais, parce que quand papa m'a dit que je ne devais jamais tester les solutions, je l'ai fait, comme tout enfant à qui on interdit quelque chose. Je l'ai fait tout naturellement et j'ai vite compris qu'elle était efficace. Il m'est arrivé de m'en servir en cachette de temps en temps. Elle me donne un sentiment de puissance, elle me donne l'impression que rien ne m'atteint. Peut-être que si je bois cette solution rouge, je réussirai enfin la violette. Cependant, je ne devrai jamais boire celle-ci. Lewis refuse de me donner son utilité, c'est comme si c'était un secret d'état, il parle de tests et ne veut pas m'en dire plus. Ça m'a l'air dangereux alors je ne fais pas l'enfant, je ne vais pas à l'encontre de ce qui m'est défendu.
Il y a du bruit dans le couloir. L'heure m'indique que c'est inhabituel de recevoir de la visite si tard. J'entends une voix grave, celle de mon père puis une autre, moins grave et que je ne sais reconnaitre. Et puis, je me rends compte de quelque chose. Le laboratoire est insonorisé et loin du reste de l'appartement. On n'entend d'habitude aucun bruit. Je me rends compte que les voix sont en fait moins proches qu'elles me paraissaient, et bien moins naturelles qu'à l'accoutumée. Je comprends rapidement que les voix proviennent en fait des haut-parleurs qui sont activés ; Lewis a dû les laisser allumés.
Je tourne le bouton régulant le son pour mieux entendre.
— Merci Gavin, je te revaudrai ça. Elle sera plus en sécurité ici. Elle ne doit rien savoir. Fais ce qu'il faut.
— Compte sur moi.
Les voix s'estompent, une porte claque. Le son provient du bureau de mon père, il est relié au laboratoire de Lewis, c'est plus pratique pour lui demander des comptes sans se déplacer. La voix de mon père crie mon nom, alors je tourne le bouton jusqu'à ce qu'il retrouve sa position initiale et je fais semblant d'être occupé sur mes solutions. Sa voix retentit encore une fois, il m'appelle par les haut-parleurs.
— Austin, descends. Je te préviens, si je monte je vais m'énerver.
Lorsque j'arrive dans le salon, une jeune fille blonde semblant avoir mon âge se tient debout au milieu de la pièce. Je me demande d'abord ce qu'elle fait ici aussi tard, puis mon père prend la parole :
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Science Fiction2095, après ce qui devait être la "fin du monde", la vie n'est plus ce qu'elle était. L'innovation a pris le dessus, les technologies sont omniprésentes. Lily, maligne et déterminée, et Riley à qui la vie n'a pas fait de cadeau, prêt à tout pour sur...
