LILY
Je me trouve dans une petite salle blanche, du sol au plafond, en passant par les meubles. C'est tellement déprimant. Une femme d'une quarantaine d'années aux cheveux bruns coupés courts m'a menée à une salle de bain et m'a demandé de me laver et de porter les vêtements à ma disposition. En entrant dans la cabine de douche, je tombe sur l'écran de contrôle, j'avais presque oublié. Je sélectionne la température de l'eau, trente-sept degrés. Elle se met à couler du plafond de la cabine, se dispersant sur ma peau, nettoyant chaque parcelle de mon corps.
— Souhaitez-vous activer l'assistance afin de vous sécher ? me demande l'intelligence artificielle intégrée à la cabine.
— Non merci.
J'ai toujours détesté cette fonctionnalité, je ne l'utilisais jamais. Je trouve cette fonctionnalité d'autant plus futile maintenant que j'ai goûté à la simplicité de l'Extérieur. Je ne trouve pas de serviette à disposition, mais je remarque qu'une petite plaque sur le mur de la douche coulisse vers le haut, une serviette blanche se trouve dans le renfoncement, parfaitement pliée. Lorsque je la récupère, la plaque se referme. Le linge est chaud, c'est agréable. J'examine les trois tenues qui sont à ma disposition, toutes composées et entreposées sur des cintres accrochés au mur. Les trois ont des couleurs fades, aucune touche de couleur vive ne m'est proposée, ce que je regrette. J'opte pour une jupe blanche accompagnée d'un haut rose pâle. Je préférais les vêtements de l'Extérieur, ils avaient l'air moins officiels. En guise de chaussures, des tennis blanches et discrètes sont à ma disposition.
Je me déplace dans la pièce et m'approche de la coiffeuse blanche. Son miroir est en réalité un écran. Nous en avons tous un comme celui-ci chez nous, j'évitais de l'utiliser, je déteste ce miroir de malheur, je le trouve malsain. Sauf que là, je n'ai pas le choix, je dois être impeccable, j'avais oublié à quel point se préparer était un fardeau ici. À l'Extérieur, je pouvais enfiler le premier vêtement qui me passait sous la main et garder mes cheveux emmêlés durant deux jours si ça me chantait, personne ne me jugeait. Ici, tout ce qui rime avec superficialité a de l'importance. Lorsque je m'assieds en face de l'écran, mon visage m'apparait, plus fatigué que jamais ; traits tirés, cernes creusés. J'ai une griffure sur le nez mais je n'arrive pas à me rappeler comment je me la suis faite, je me blessais facilement là-bas, des petites entailles de rien du tout. Mes cheveux humides tombent sur mes épaules et j'examine avec dédain la brosse qui m'attend patiemment sur la surface de la coiffeuse.
— Préparez-vous pour le scan, me dicte la même voix que dans la douche.
Je m'immobilise face à l'écran, des lignes et des petits carrés parcourent mon visage dans tous les sens. Une fois le scan terminé, mon nom apparait à l'écran.
— Elina Caldwell, voici vos ordres du jour, résonne la voix.
Mon reflet est remplacé par une image de moi, coiffée d'une couette haute agrémentée d'un ruban formant un nœud. Je me décompose.
— Quoi, sérieux ? je demande dépitée, sachant que la voix ne me répondra pas.
— Veuillez suivre les instructions, me répond-elle.
Je ne sais pas si j'ai changé ou si j'étais juste trop asservie avant pour m'en rendre compte, mais je déteste cette coiffure. Avant, je la réalisais avec automatisme, parce que la voix m'ordonnait de la faire — selon son scan, elle estimait que c'était la coiffure qui m'allait le mieux, qui était le plus en harmonie avec mon visage. Sauf qu'aujourd'hui, je trouve toutes ces manières ridicules, je me sens fade, déguisée.
Une fois ma coiffure réalisée, le petit nœud blanc attachant ma couette, le miroir m'indique que je suis prête. Je me demande ce que pensera Riley en me voyant, est-ce qu'il va exploser de rire ou me trouver belle ? J'ai meilleure allure, c'est certain. Mais est-ce que ça me représente ? J'en suis moins sûre. Une fois de retour dans la salle où m'attendait la femme qui travaille au sein du département de médecine élitiste de l'Asile — elle ne s'occupe que des personnes haut placées, pas du commun des mortels tels que moi — elle m'adresse un sourire plein d'empathie que je lui rends.
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ASYLUM
Science-Fiction2095, après ce qui devait être la "fin du monde", la vie n'est plus ce qu'elle était. L'innovation a pris le dessus, les technologies sont omniprésentes. Lily, maligne et déterminée, et Riley à qui la vie n'a pas fait de cadeau, prêt à tout pour sur...
