Chapitre 5

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RILEY


Nous avons finalement marché une journée et demie au lieu de deux jours, ce qui est déjà ça de pris. Nous n'avons pas dormi, je suis exténué, je ne sais même pas comment j'ai tenu ; mes muscles sont en proie à de méchantes crampes et j'ai tellement mal aux pieds que je ne serais pas étonné de les découvrir ensanglantés.

J'ai essayé de passer le trajet avec Seth ou Jared, en évitant Austin le plus possible. Il m'a chauffé, il m'a trouvé et je lui ai envoyé mon poing dans la face. Ça faisait longtemps que j'en avais envie et ça m'a fait un bien fou, mais heureusement que Jared est intervenu. Il m'a prévenu que Ramirez m'avait à l'œil et que c'est pour cette raison qu'il a voulu tester mes responsabilités en me donnant une tâche commune avec cet enfoiré d'Austin. J'ai très mal pris le fait que personne ne m'ait dit que le sang qui m'a sauvé était le sien. Pourquoi ? Pourquoi Lily ne m'a rien dit ? M'a-t-elle mené en bateau ? Elle se rapproche d'Austin, le convainc de me filer un peu de son sang sacré, tout le monde est dans la confidence et moi, je suis le dindon de la farce. J'ai l'impression qu'ils me prennent tous pour un enfant colérique à qui il ne faut jamais rien dire de peur qu'il se transforme en une tornade qui détruira tout sur son passage. Est-ce donc l'image qu'ils ont de moi ? Merde, ça fait mal.

Plus nous avançons vers notre objectif et plus je le distingue. La forêt se trouve maintenant derrière moi, mes pieds foulent du béton fissuré par lequel la nature a repris le dessus. Des racines d'arbres traversent le sol et des herbes sortent des fissures, il y a même quelques fleurs. C'est impressionnant, nous sommes dans une ville. Elle est délabrée, les bâtiments sont quelque peu détruits, certains sont en ruines et d'autres ont l'air plus ou moins viables. Mais il y a un bâtiment en particulier qui retient mon attention. Il s'agit d'un immeuble qui se tient droit devant nous, il est plutôt haut mais pas autant que ceux du centre de l'Asile. Celui-ci est en bon état, contrairement aux vestiges d'habitations qui sont partout ailleurs. C'est un grand immeuble grisâtre avec tout plein de fenêtres, certaines ont des rideaux, d'autres des stores. Il y en a également en briques rouges ou avec des enseignes grossières, cassées et mal accrochées.

Cette ville est cool. Elle est toute détruite, mais elle a conservé un certain charme. Bien loin de ce cliché de perfection que nous offre l'Asile ; ici j'ai l'espoir que les gens peuvent être qui ils veulent, même s'ils ont une personnalité bancale, personne ne les jugera. À l'image de cette ville en quelque sorte. Alors que dans l'Asile, nous sommes formatés pour incarner des êtres supérieurs et parfaits, des parfaits petits robots à qui on a appris plein de tours de passe-passe, des robots pour qui excellence est maitre mot et pour qui la médiocrité n'est qu'un vague concept inexploité. Je n'ai jamais apprécié être ce robot, je n'ai jamais aimé qu'on m'utilise et qu'on me dise quoi faire, qui je dois être. Ça fait bien longtemps que j'ai compris que l'excellence n'existe pas, je ne serai jamais un être parfait et entre nous, je pense que c'est mieux ainsi. Et puis, l'Asile est tout sauf parfait, si vous voulez mon avis.

Au bout d'un moment, Ramirez — qui ouvre la marche — s'arrête ; nous en faisons de même. Je regarde autour mais il n'y a rien d'autre que notre petit groupe et une banderole en tissu bleue — sur laquelle est écrit quelque chose que je n'arrive pas à lire — qui flotte dans les airs, accrochée à un pauvre fil. Et puis, je finis par distinguer une silhouette se mouvoir au loin, elle avance vers nous. Je plisse les yeux comme si ça allait m'aider à mieux voir et suis étonné de constater que ça marche, je ne vois plus une, mais trois silhouettes. Trois personnes se trouvent devant nous. Une femme brune qui a l'air de mauvaise humeur et deux hommes armés qui ont de drôles de coiffures. L'un d'eux a le crâne rasé et un dessin assez énigmatique tatoué dessus, le deuxième a des cheveux verts dressés sur la tête. Sans déconner, je n'ai jamais vu de ma vie quelqu'un avec des putains de cheveux verts. Ceci dit, c'est original.

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