Chapitre 28

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RILEY


Après le départ de Ben hier, j'ai passé la nuit à réfléchir et à arpenter mon grand appartement vide. Je crois bien avoir dormi une heure ou deux, pas plus. Je ne sais pas ce que j'aurais dû faire. Le suive ? Appeler Lily pour me confier ? Non, elle a déjà beaucoup de choses en tête, comme retrouver sa famille et en profiter avant que le super plan foireux de Colton ne tombe à l'eau.

Je suis affalé sur mon lit à regarder le plafond. Il est tout aussi blanc que le reste. Ma vie est devenue bien lamentable suite à la mort de mon père. C'est comme s'il avait actionné une série d'évènements inévitables. Il meurt, et tout périt autour de moi : la volonté de vivre de ma mère, ma sœur, mon amitié avec Ben, et je me retrouve seul dans un appartement totalement vide à observer le plafond comme si un signe du destin allait s'y manifester. Ma tablette sonne, je reconnais ce tintement spécial : quelqu'un me rend visite. Je prie pour que ce ne soit pas Lily, elle n'a pas besoin de me voir dans cet état de déprime avancé et de plus, j'aurais bien besoin de prendre une douche. Mais c'est le visage fermé de Ben que je trouve à l'écran. Impossible de savoir s'il vient pour me casser les dents ou s'il souhaite qu'on discute comme des personnes civilisées. Je lui ouvre la porte, on verra bien.

En entrant, il m'adresse un sourire sans joie, il fait un effort, je le vois. Il s'installe sur le grand canapé blanc et je fais de même. L'ambiance est étrangement pesante, je crois n'avoir jamais vécu cela avec mon ami, nous avons l'habitude d'être si à l'aise en présence de l'autre.

— Merci d'être venu, je lui dis.

Il hoche la tête et fixe un point invisible au sol, les yeux dans le vide, je me demande à quoi il pense. Et puis, il finit par prendre la parole :

— J'ai marché longuement, j'ai fait tout le tour du mur et puis, je suis rentré chez moi. J'ai repensé à tout ce que tu m'as dit, à ta description de Jordan, comme étant le plus gros enfoiré de tous les temps, et j'ai repensé au fait qu'il soit mort. Tu as dû le remarquer, lui et moi n'étions pas particulièrement proches et depuis le temps qu'il n'est plus dans l'Asile, nous ne nous sommes pas vraiment attachés l'un à l'autre. Mais c'était mon frère, putain ! Et je ne le reverrai jamais. Quand j'étais petit, je me disais qu'en grandissant il deviendrait moins con et que peut-être, on pourrait être de vrais frères complices, et tout ce qui va avec. Mais ce jour n'arrivera jamais, et puis j'ai compris quelque chose. Si Jordan est bien devenu la personne que tu m'as décrite, alors... peut-être que ce n'est pas plus mal.

— Comment tu peux dire ça, Ben ? C'était ton frère. C'était un connard, mais il est ton sang.

— Non Jesse, tu ne comprends pas. Tu as été un meilleur frère pour moi qu'il ne l'a été.

Je m'attendais à tout, sauf à ça. Ben qui se la joue sentimental, c'est une première. Mais je préfère amplement ça que ses poings dans mon visage. Il me tend la main pour que je lui tape dedans. Est-ce qu'il va me tirer fort et me mettre à terre en une prise, une fois que ma main sera dans la sienne ?

— Allez abruti, tape, me presse-t-il.

Je m'exécute et il me décroche un large sourire. Comment peut-il passer d'une émotion si intense à une autre aussi facilement ? J'ai peur de lui annoncer que Lily est responsable de la mort de son frère.

— Ben, tu dois savoir quelque chose...

— Est-ce que ça concerne Jordan ? me demande-t-il.

— Oui.

— N'en parlons plus. Je veux penser à l'avenir de cet endroit.

— Tu ne veux pas savoir comment il est mort ?

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