Chapitre 22

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AUSTIN


Je me sens vide. J'ai l'impression d'être dans du coton et que ma vie n'a plus de sens. Mon regard se pose sur Amanda qui est blottie dans mes bras et qui trace la ligne de mon biceps de son doigt long et fin. C'est si bon d'être avec elle, comment se fait-il que nous ne fassions pas cela plus souvent ?

— Tu penses à quoi ? me demande-t-elle dans un murmure.

— Rien. Et toi ?

— Je pensais à toi.

— Tu pensais à moi ? je répète avec un sourire en coin.

— Je ne veux jamais te perdre, Austin. Tu me promets que tu seras toujours avec moi, quoi qu'il arrive ?

Amanda a l'air inquiète depuis tout à l'heure, on dirait que quelque chose la tracasse, mais elle ne m'en parle pas ouvertement. Elle a l'air soudainement plus attachée à moi.

— Bien sûr, pourquoi t'inquiètes comme ça ? Quelque chose ne va pas ?

Son regard perce le mien, elle a l'air particulièrement émotive aujourd'hui. Elle prend une grande inspiration :

— Je dois te dire quelque chose. Je...

— Austin ? tonne la voix de mon père, du salon.

Je me lève immédiatement, mon père n'aime pas qu'on le fasse attendre. Une fois dans le salon, je le trouve prêt à sortir, Lewis à ses côtés.

— Je dois diriger une réunion très importante. Je t'ai laissé des consignes dans le laboratoire. Ce projet est plus qu'important Austin, tu ne dois pas te laisser déconcentrer, compris ?

— Compris.

— Très bien. À ce soir.

Il s'en va avec Lewis. Parfois, je rêve d'une vie où je ne suis pas en train de fabriquer toute la journée des solutions dont je ne connais pas l'utilité, une vie remplie d'aventures et de danger. En fin de compte, non. Pourquoi je voudrais une vie emplie de dangers alors que je suis le fils du dirigeant et que l'Asile me protège ? Mes pensées me font sourire, je divague.

Je me dirige vers le laboratoire et une fois enfermé dans la pièce, je détaille la paillasse sur laquelle est posé tout le matériel ; des fioles contenant des produits bleus, roses, un gobelet rempli de poudre. Et puis, je trouve une feuille complètement gribouillée de chiffres et de lettres, de mots abrégés, du charabia. Évidemment, tout cela me parle et c'est la raison pour laquelle papa m'envoie fabriquer tout ça.

Je commence à doser, à mélanger, à créer. Je trempe la languette en métal dans la solution : trente-quatre pour cent. Je ne comprends pas. J'ai déjà eu du mal à atteindre les cent pour cent par le passé, mais jamais je n'ai obtenu un résultat si bas ; pourtant, j'ai suivi les consignes à la lettre, j'ai reproduit avec exactitude le processus. Au bout de dix essais, j'obtiens des résultats similaires, je n'arrive pas au-dessus des quarante pour cent. Quelque chose ne va pas et c'est une nouvelle solution, je vais mettre des heures à comprendre si l'erreur provient du calcul ou des produits utilisés. Alors que je suis en pleine réflexion, l'interphone de la pièce se met à grésiller :

— Austin, tu me laisses entrer ?

Je me retourne vers la porte vitrée et remarque qu'Amanda m'attend derrière avec un large sourire, elle agite la main avec un sourire adorable. Mon père a été clair, je ne dois pas me laisser déconcentrer, ce qui veut dire qu'Amanda ne doit pas m'interrompre, d'autant plus que je suis en train de buter sur un problème de taille. J'appuie sur le bouton activant la communication :

— Désolé, je ne peux pas, je dois finir ça et ensuite...

— C'est un ordre, me coupe-t-elle.

Pardon ? Depuis quand Amanda me donne-t-elle des ordres ?

— Je t'ai dit non.

—Allez, s'il te plait. Ton père n'en saura rien.

Je consulte l'heure et ça en fait deux que je suis enfermé ici, il est vrai que j'aurais bien besoin d'une pause, peut-être que j'en reviendrai le cerveau reposé avec toutes les réponses qu'il me manque. Je pose mon doigt sur le scanneur de la sécurité biométrique, la porte se déverrouille et Amanda entre dans la pièce.

— Qu'est-ce que tu voulais ? je lui demande.

— Passer du temps avec toi.

— On vit ensemble, je lui réponds en riant.

— Oui mais... je dois te dire quelque chose. Austin, je... je t'aime.

— Moi aussi, je t'aime. C'est ça, qui te tracasse ?

Elle fronce les sourcils, une mine désespérée au visage, je ne la comprends pas, elle agit étrangement depuis tout à l'heure.

— Tu ne comprends pas, dit-elle. Je t'aime.

— Amanda, qu'est-ce qu'il te prend ? Tu agis bizarrement depuis ce matin. À t'entendre, on croirait que je suis sur le point de mourir. Tu sais que tout va bien, n'est-ce pas ?

— Austin, tu es complètement stupide ou tu fais exprès de ne rien comprendre ? s'énerve-t-elle. Je suis amoureuse de toi, tu comprends mieux comme ça ?

Un silence de plomb alourdit la pièce. Amanda est amoureuse de moi ? Nous sommes amis depuis qu'elle habite ici, nous avons passé de super moments ensemble et elle m'a déjà répété un nombre incalculable de fois qu'elle m'aimait. On s'aime c'est sûr, nous tenons l'un à l'autre. Mais tout cela prend une dimension beaucoup plus profonde et je ne sais pas quoi faire de cette déclaration. Quand elle s'approche de moi, mon cerveau a cessé de fonctionner, mon cœur a même loupé quelques battements. Je sens bientôt l'étagère du mur contre ma tête et je comprends que je ne peux plus reculer. Elle me lorgne avec des yeux indescriptibles, on dirait qu'elle veut m'attaquer.

— Tu fais quoi ? je lui demande.

Elle fait glisser ses mains sur mon torse et les remonte jusque mes épaules qu'elle masse légèrement.

— T'es un peu trop tendu, décrète-t-elle. Je crois que tu as besoin de prendre une pause.

Sa main droite remonte le long de ma nuque qu'elle caresse de son pouce. Son visage s'approche du mien et ses lèvres se posent sur les miennes, le baiser s'intensifie et c'est juste incroyable, une explosion d'émotions fait rage dans mon cœur mais je ne saurais dire si c'est ça, l'amour, je ne l'ai jamais expérimenté avant. Amanda n'a pas l'air de s'en soucier de toute façon. Je lui rends son baiser et très vite, la chaleur monte entre nous, tout se déroule vite, nos vêtements tombent à terre, les fioles s'écrasent au sol en un fracas de verre brisé, j'embrasse Amanda avec autant d'ardeur que si elle était la femme que j'aimais.

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