Chapitre 2

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RILEY


Nous marchons maintenant depuis quelques heures. Je n'ai vu que des arbres, des feuilles, des ronces et un insecte volant qui m'a piqué au cou. Maintenant, ça démange et je ne pense plus qu'à ça. Et à Lily. Parce que oui, il s'est passé ce qu'il s'est passé avant mon départ, et je ne pensais pas que ça me perturberait autant.

Mon regard se pose sur Ramirez qui ouvre la marche, Jared à ses côtés ; je ne sais pas comment ce mec s'y prend, mais il est bien le seul ici sur lequel notre chef d'escouade ne crie pas. Ils sont même en train de discuter et il me semble avoir vu notre supérieur rire. Ou alors, ce sont les effets secondaires à ma piqûre et je vais bientôt mourir dans d'atroces souffrances. Et voilà, j'y repense et ça gratte encore. Je dévie le regard pour le poser sur Austin, qui marche seul et devant moi. Je suis frustré de devoir me coltiner sa tête d'abruti pendant une semaine sans pouvoir l'éviter, mais d'un côté je suis content qu'il soit avec moi et pas là-bas, sans surveillance. Est-ce que Lily lui manque ? Est-ce qu'il lui manque ? Et voilà, je repense à Lily, encore. Alors, je suis destiné à cette boucle infernale ? Penser soit à elle, soit la piqûre ?

Une tape sur mon épaule me sort de ma rêverie, et heureusement. C'est Seth qui a un sourire béat aux lèvres, comme bien souvent d'ailleurs.

— Bah alors, t'as pas l'air en forme ! remarque-t-il.

— Tout va bien. C'est cette piqûre, c'est insupportable.

Je la gratte et cette sensation, celle de mes ongles frottant la piqûre est agréable et apaisante, mais à la fois tellement addictive ; dès que je m'arrête, ma peau m'en redemande.

— Quoi, même les moustiques ont été éradiqués de l'Asile ? demande Seth avec les yeux écarquillés.

— Oui. Les seuls insectes se trouvent dans l'arboretum et je n'y suis jamais allé. Tu n'auras qu'à demander à Lily.

Nous voilà encore mieux, je me retrouve à avoir placé dans la même phrase cet insecte de malheur et Lily.

— Je vais mourir ? je demande.

— Quoi ?

Mon ami fronce les sourcils, il n'a pas l'air de comprendre ma question mais ensuite, il explose de rire. Ma question est plus que sérieuse, pourtant.

— Tu parles toujours du moustique, là ? demande-t-il.

— Oui.

— Non, bien sûr que non, Riley, répond-il en se tordant de rire. Vous, les gens de l'Asile, vous êtes géniaux. Vraiment.

Il rit encore et ne semble plus pouvoir s'arrêter ; jusqu'à ce que Ramirez se retourne et lui adresse le regard le plus assassin que je n'aie vu de ma vie.

— Écoute, il t'a pompé ton sang et maintenant, ça gratte. Plus tu grattes et plus ça démange, alors n'y touche pas.

Je sens une goutte sur ma nuque, irradiant ma piqûre. Puis une deuxième sur mon visage, et une troisième. Et puis, c'est comme si le ciel s'enrageait il se déverse et nous assaille, la pluie nous trempe assez vite. Mais nous n'arrêtons pas de marcher pour autant, où pourrions-nous nous abriter de toute façon ? Je dois dire que j'ai toujours aimé la sensation de la pluie sur moi, tellement rafraichissante, elle crée un sentiment en moi, celui d'être hors du temps. Le ciel est plein de surprises, j'ai étudié tellement de choses à son sujet, comment ne pas être impressionné ? Sérieusement, le ciel peut vous tuer.

Je me souviens d'une fois, à l'Asile, un homme s'est fait foudroyer, il s'est fait électrocuter en un rien de temps. Rien à voir avec les décharges de taser. Là, le ciel avait vraiment envoyé du lourd. L'homme qui a grillé, c'était Monsieur Fleming, un des architectes fondateurs. Il était simplement assis sur la fontaine toute de métal du centre-ville, surplombée d'un grand pique du même matériau dont le bout était en forme de prisme, ce qui était assez esthétique, je dois l'avouer. Il était juste assis, il passait le temps et observait cette ville qu'il avait en partie élaborée, cette ville si prospère. Il s'est mis à pleuvoir, il a tendu les bras et levé son visage vers le ciel, il adorait la pluie, tout comme moi. Et puis, un magnifique éclair s'est formé dans le ciel et le tonnerre a grondé. Je l'ai vu, j'étais là quand Monsieur Fleming s'est fait traverser par la foudre et je suis désolé pour lui, mais c'est la chose la plus impressionnante que j'aie vue de toute ma vie. Ça valait le détour. Cet éclair était tellement parfait, zébrant le ciel qui était devenu momentanément violet, sans parler de toutes ces branches. Je suis resté là, à observer l'éclair qui a fait son chemin du nuage au sol, en passant par Monsieur Fleming.

Le tonnerre retentit, je lève la tête vers le ciel. Les gouttes tombent sur mon visage et ça fait du bien. J'ai l'impression de sentir le sol trembler quand le tonnerre éclate de nouveau.

— Pourquoi il a fallu que ça tombe aujourd'hui ? se plaint Seth.

Je remarque que nous avons accéléré la cadence, ces personnes ne savent pas apprécier les bonnes choses. Je me demande ce que ça me ferait de voir Austin griller comme ce cher Monsieur Fleming. Non, je ne suis pas si cruel. En revanche, son père...

Je ne regardais pas où je marchais, j'entre en collision avec l'intéressé.

— Hé, fais attention ! me dit Austin d'un air mauvais.

Il me regarde avec les yeux plissés, une haine palpable et j'espère pour lui qu'il n'a pas envie de se battre. Parce que moi, si. Je le pousse, le faisant reculer de quelques pas.

— T'as un problème ? je lui demande.

Tout le monde s'est arrêté de marcher, je sens leur regard sur nous mais personne n'intervient ; je croise le regard de Ramirez, il ne fera rien mais il me juge alors je dois faire le bon choix. Je lance un dernier regard mauvais à Austin et je le dépasse, c'est ce que notre chef avait l'air d'attendre de moi et je préfère ne pas me le mettre à dos. Tout le monde se remet à marcher sans dire un mot sur ce qu'il vient de se passer.

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