Chapitre 26

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LILY


Les premiers rayons du soleil me sortent de mon sommeil ; le store automatique de la fenêtre s'est ouvert. Je me rends compte que ma tablette sonne, j'ai reçu un nouveau message, je m'empresse de m'en saisir, les yeux encore à demi clos. Je me rends compte qu'il n'est que six heures. J'ouvre le message :

Votre nouvelle affectation prendra effet à 8 heures précises.
Veuillez vous rendre au Centre d'Architecture.

Le centre d'Architecture ? Je ne comprends pas pourquoi Gavin a décidé de m'affecter là-bas, et puis je ne vois pas ce que je pourrais y faire. Je sors de mon lit en me trainant presque. Je me rends dans la salle à manger, là où toute ma famille est réunie. Je les observe un moment, c'est comme si j'avais perdu l'habitude de vivre avec eux, et perdu l'habitude d'une vie normale. Enfin, supposons que cette vie puisse être qualifiée de normale.

— Bonjour ma chérie, as-tu bien dormi ? me demande ma mère de bonne humeur.

Elle a toujours été comme ça, joviale dès le matin, quelle que soit l'heure, qu'il pleuve ou qu'il vente. C'est ma mère. Quant à mon père, il m'adresse un léger sourire et reporte son attention sur son journal numérisé dans sa tablette qui évoque les dernières mises à jour de l'Asile, ses nouveautés ou ses faits divers. Et bien sûr, le trois quart des pages sont consacrées à l'apologie de cet endroit si merveilleux, des phrases fortes sont en lettres capitales.

— J'ai bien dormi, je réponds en m'asseyant à côté de ma sœur qui m'adresse son sourire édenté que je trouve adorable.

Hier, nous avons partagé un repas ensemble et ils m'ont longuement questionnée sur mon stage. J'ai fini par comprendre qu'il ne concernait aucune spécialisation spécifique ; c'était un stage assez général ayant pour but d'aboutir à une reconversion professionnelle. J'étais censée passer un tas de tests avant de déterminer le métier le plus adapté à mon profil. Je suis restée vague, je leur répétais que j'avais beaucoup appris et que ça m'avait intéressée. Heureusement pour moi, ils ne posaient que des questions fermées, ce qui m'a permis de ne pas éveiller les soupçons. J'ai fini par prétexter une grosse fatigue et je suis partie me coucher.

— Alors, tu as enfin eu ton affectation ? me demande maman.

— Oui, je dois me rendre au Centre d'Architecture pour huit heures.

— Alors ton stage a porté ses fruits, décrète-t-elle le sourire aux lèvres.

— Je ne pense pas que l'Architecture soit faite pour Elina, commence mon père.

— Tout ça parce qu'elle ne fait pas de l'Innovation, lui répond maman en levant les yeux au ciel. C'est presque pareil après tout.

Elle frotte l'épaule de mon père qui semble perplexe ; il pose sa tablette sur la table.

— Non, ce n'est pas ça, répond-il. Je pense qu'elle était faite pour travailler à l'arboretum. Je ne comprends pas pourquoi elle a été réaffectée, ce n'était pas nécessaire.

— Oui, mais tu oublies qu'à son stage, ils lui ont fait passer un tas de tests et d'examens, ils ont décrété qu'Elina avait des compétences dominantes en Architecture. N'est-ce pas ? me demande-t-elle tout sourire.

— Oui, maman.

Elle me tend une assiette dans laquelle repose une galette de céréales ; ces galettes sont très nourrissantes, elles permettent de tenir quatre heures sans ressentir de faim, elles apportent à elles seules tous les apports énergétiques dont notre corps à besoin, les doses sont juste différentes en fonction de tranches de poids délimitées. J'accompagne ma galette fade et sans goût d'un thé tout aussi fade.

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