Chapitre 39

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LILY


Nous nous époumonons encore quand la fumée se dissipe. Jordan est parti, nous n'avons pas pu le neutraliser. J'aurais dû presser la détente et ne pas m'accorder cette seconde de réflexion pendant laquelle je me demandais si ça me ferait réellement du bien de lui retirer la vie. Même si tuer n'est pas un acte anodin pour moi, je crois que je regrette.

— Il s'est barré ! dit Jared avec les mains sur la tête.

Il est énervé et dépassé. Chace est encore en train de tousser et Austin a l'air en état de choc. Je ne vois qu'un seul corps au sol, ce qui veut dire que celui que j'ai électrisé s'en est allé avec Jordan. Je ne peux pas en vouloir à Austin, je ne suis pas sûre que j'aurais mieux visé que lui. Je repense à ma confrontation avec Jordan et à ses mains répugnantes qui se baladaient sur mon visage, j'en ai la nausée. J'ai plus que jamais envie qu'il soit puni.

— Est-ce que tout le monde va bien ? demande Jared.

— Ouais, répond difficilement Chace.

Austin hoche la tête, puis capte mon regard. Il fronce les sourcils, il a l'air triste pour moi, ou quelque chose dans le genre.

— Il reste peut-être cinq minutes de marche, nous informe Jared qui se remet en route.

Alors que j'avance, Austin me rattrape pour marcher à ma hauteur.

— Tu vas bien ? me demande-t-il, inquiet.

— Oui, ne t'inquiète pas pour moi.

Je lui adresse un sourire pour tenter de le rassurer au maximum.

— C'était qui, lui ? me demande-t-il.

— Jordan. Quand je me suis retrouvée en dehors de l'Asile avec Riley, Jordan m'a gardée captive. Il m'a torturée et un garçon, Kyle, m'a aidée. Il les a trahis pour moi. Et puis, alors qu'on était en cavale, Jordan nous a retrouvés et a tué Kyle. On a laissé Jordan pour mort et on a trouvé le bunker de Colton. C'est Kyle qui nous a menés ici.

De toute évidence, Austin ne s'imaginait pas que l'on avait vécu de telles aventures vu la tête qu'il fait. Je caresse du bout de l'index mon arme rangée dans mon holster, je vengerai Kyle. Penser à lui me donne des frissons. Au bout d'un moment, Jared s'arrête de marcher alors qu'il n'y a rien à proximité, juste des plantes. Mais en y regardant à deux fois, au loin, se dresse un grand mur érigé, gris, fort et impénétrable. Le mur de l'Asile.

Quand j'étais petite, j'essayais de jeter des pierres au-dessus pour les faire passer de l'autre côté. Mais à chaque fois, la pierre cognait contre le mur et retombait au sol. J'ai essayé durant des années et malgré ma force et ma taille qui s'accroissaient, je n'ai jamais réussi à jeter quoi que ce soit au-dessus à cause de sa hauteur phénoménale. Les appartements dans lesquels nous vivions se situent dans des immeubles qui ne sont pas très hauts, quatre étages tout au plus. Alors même en hauteur, nous n'avions aucun vis-à-vis sur l'Extérieur. Au centre-ville, il y a des gratte-ciels mais ils sont réservés au dirigeant et son personnel manipulé pour ne se poser aucune question à propos de ce qu'il pourrait voir au-delà du mur. Sauf qu'Austin n'a pas été manipulé.

— Dis, Austin, est-ce que là où tu vivais, tu voyais au-delà du mur ?

— Oui. Je ne voyais que la forêt, mais mon père me disait qu'elle était pourrie, pleine de maladies éradiquées chez nous et de bêtes sauvages.

— Des bêtes sauvages ?

— Oui. Il disait qu'elles avaient des dents aiguisées et qu'elles étaient prêtes à tout pour de la chair humaine. Je ne regardais pas beaucoup par la fenêtre, j'avais peur de voir cet Extérieur.

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