Le temps des héritiers 5 (Rose)

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Sac sur le dos, tête baissée, je sortis au plus vite de ma salle de classe tout en essayant d'omettre les rires et les insultes. On me bouscula, je fis comme si ça de rien n'était. Je continuais ma route et ne me préoccupait pas de mes cheveux qui étaient tombés devant mes yeux. Tant mieux comme ça ils cachaient mon visage qui devait être blafard. 

Des rires fusèrent et mon coeur se serra. 

Ne pleure pas Rose, sinon ça sera pire. Ne pleure pas. 

Je répétais inlassablement cette phrase dans ma tête, tout en marchant à pas rapide dans le couloir. Je priais pour que tout le monde me laisse tranquille. Je voulais juste rentrer chez moi, et que tout cela s'arrête. 

La maison n'était pas loin du collège, mais comme chaque jour le trajet me parût une éternité. 

Enfin, je pénétrais chez moi, je refermais la porte et soufflais. Je m'appuyais durant quelques secondes contre le mur du couloir. Je mordis ma lèvre afin d'éviter les larmes qui menaçaient de couler, encore...

Des larmes de quoi ? De tristesse parce que cette journée a encore une fois était horrible? De soulagement parce qu'elle était enfin finie? 

Les deux peut être ? 

Mais pourquoi être soulagée, ce n'était qu'une mini pause d'une soirée dans cet immense enfer. 

Demain tout recommencerait. 

Je me lèverai la boule au ventre, stressée par la futur journée qui s'annonçait en me demandant pour quelle raison ils allaient encore se moquer de moi. Comme s'ils avaient besoin d'une raison... Je déjeunerai avec mes parents et ma soeur en leur faisant croire que tout allait bien. J'irai au collège avec ma soeur et puis, une fois qu'elle aurait rejoint sa classe, je me retrouverai seule, encore. Et toutes les minutes je prierai pour que la journée se finisse au plus vite. 

C'était comme ça depuis la rentrée. Depuis cinq mois. 

J'étais rentrée en troisième en septembre. Et pour la première fois je n'étais pas dans la classe de ma soeur. 

J'avais toujours été timide. Trop timide. En particulier avec les gens que je connaissais pas. Je rougissais, même pour les choses les plus futiles. Je bégayais dès qu'une personne que je ne connaissais pas ou une personne qui m'intimidait me parlait. Depuis toujours, mes camarades se moquaient de moi. Mais il y avait toujours eu ma soeur. Olivia me défendait. Elle savait faire taire les gens. Alors ils arrêtaient. 

Je crois que depuis longtemps je m'étais cachée derrière ma soeur. C'était plus facile. Elle avait plus d'assurance et de confiance. Je m'étais vite rendue compte que les gens étaient amis avec moi juste parce qu'ils étaient amis avec ma soeur. 

Et puis je m'étais retrouvée dans une classe sans elle pour la première fois de vie. Je ne pouvais plus me cacher. Ils se sont vite rendus compte que je ne pouvais pas me défendre. Et puis mes parents et leur célébrité devaient attisés la jalousie de certains. J'étais une proie facile. 

Tout était bon pour se moquer de moi. Ma tenue, mon bégaiement, ma timidité, les textes de mon père...

Vous savez dans chaque classe il faut un vilain petit canard? Et bien j'étais ce vilain petit canard. 

Pourquoi l'école avaient été aussi simple pour mes frères et soeurs ? Pourquoi pour moi c'était un calvaire? Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi? 

Je secouais ma tête et chassais ses questions de mon esprit. Je me rendis vite compte que j'étais seule chez moi. Comme souvent en ce moment. Maël et Georges ne vivaient plus ici, Sacha passait son temps chez Alice, mes parents travaillaient et Olivia devait être avec des amis. 

LimpideOù les histoires vivent. Découvrez maintenant