Texte by DraxlerBae
Lucas et moi, ça avait toujours eu un air d'amour impossible. Nous nous connaissions depuis l'enfance et rien n'aurait pu nous séparer, même pas le football. Nos entraînements nous ont permis de continuer, main dans la main. Ça, évidemment, personne ne le savait. La carrière de l'un dépendait forcément de l'autre. Rien ni personne ne devait nous séparer, peu importe les airs de
Roméo et Juliette que notre histoire donnait. Roméo et Juliette ? En réalité, dans notre version,c'était Roméo et Roméo.
Tout aurait pu être parfait, on aurait pu continuer comme ça pendant encore des années. Le problème, c'est que l'un de nous a pris une décision stupide. Entraîné depuis l'enfance dans le centre de formation de l'olympique lyonnais, ce qu'a fait Lucas était impensable à mes yeux. C'est connu que notre centre est l'un des meilleurs : les jeunes qui en sortent deviennent souvent de grands joueurs, même si ce n'est pas une majorité absolue. C'est aussi connu que Lyon et Saint-
Étienne, quand on parle de foot, ce n'est pas compatible. Les derbys, la violence des matchs, l'impossibilité de bonne entente. J'ai signé mon contrat pro en même temps que Lu. Mais dans un club différent.
Je n'ai pas réussi à comprendre ce qu'il se passait. Je n'ai pas vu les signaux qui m'indiquait qu'il s'éloignait de moi. Je l'ai laissé partir sans m'en rendre compte, incapable de le retenir,incapable de voir qu'il déviait. Notre route toute tracée, il s'en ait éloigné. J'ai signé à Lyon, il a signé à Saint-Étienne. Je devais un Gone, il devenait un Vert. J'aurais pu supporter n'importe quelle
trahison, mais pas celle-ci. Je me souviens avoir craqué quand il me l'a annoncé. Je lui ai hurlé dessus avant de fondre en larmes. Il m'a consolé, convaincu en quelques mots, me disant que tout irait bien, que ça ne nous séparerait pas. J'ai voulu le croire. Je l'ai cru. Jusqu'au moment fatal. Celui d'un énième derby. Après cinq ans dans nos clubs respectifs, nous allions jouer notre dixième match en face à face.
Ça aurait pu être un match normal. Ça aurait pu être un jour de derby comme les autres. Ça n'a pas été le cas. Dès mon arrivée aux vestiaires, mes coéquipiers ont tous agis bizarrement. Certains me dévisageaient, d'autres me tournaient le dos. Je ne comprenais pas, jusqu'à ce que j'arrive à ma place et que je vois la Une d'un journal local. Quelqu'un avait bavé sur ma relation avec Lucas. J'aurais pu nier, hurler à mes amis que c'était faux, le mal était fait. Ce que je ne savais
pas, c'est que lui, n'a pas hésité à le faire. Il a enterré notre relation en quelques secondes. Je ne l'ai su que plus tard, sur le terrain.
Face à face, un combat faisait rage entre nous pour la possession du ballon. Nos prunelles plongés dans celles de l'autre, nos regards en disaient long. Pour prouver à nos équipes respectives qu'on ne sortait pas ensemble, on était prêt à beaucoup de chose. J'avais passé de trop longues
minutes à expliquer à mes équipiers que je ne sortais pas avec pour tout faire foirer. J'ai récupéré le ballon et je me suis élancé. Il n'a fallu que quelques secondes pour que je ressente une douleur au niveau d'un genou en chutant. Hurlant, j'ai posé mes mains sur le membre touché. Je ne simulais pas, j'étais vraiment touché et gravement. J'avais senti les mouvements de mes os. C'était tout sauf
rassurant. D'autre y étaient passé avant moi. Les ligaments croisés. Possiblement la fin de ma carrière si c'était vraiment le pire des scénarios.
J'ai relevé la tête vers le coupable quand la douleur a diminué. Celle que j'ai ressentie était bien pire. Lucas se tenait devant moi, fier. L'herbe sur son short me prouvait que c'était lui. C'était trop vert pour dater de plus que quelques minutes. Un sourire sur les lèvres, il me fixait. Il s'est accroupi, son regard plongé dans le mien.
— T'as voulu y croire ? C'était stupide. Tu sais comment je suis. Incapable de sentiments pas même avec toi. Tu te souviens de ce que tu disais quand on était ados ? L'amour à sens unique est un amour impossible. Par chance, ce n'est pas notre cas. Tu y croyais tellement. Mon but était de te
détruire depuis longtemps. Cinq longues années. Amour à sens unique. Amour impossible.
Ses paroles traversent mon organisme tel un poison. Aucun mot n'a le temps d'être prononcé de plus. Mes coéquipiers le poussent violemment à s'éloigner de moi. Notre amour n'était pas impossible qu'aux yeux des autres. Il l'était aussi aux siens. Je laisse ma tête percuter le sol, les larmes ravageant mes joues. Tout le monde croira que c'est à cause de la douleur. Lucas et moi serons les seuls à savoir que son amour n'existait pas, que c'était un amour impossible.
