Texte by : DoJangmi
Trois ans. Trois putains d'années.Trois ans que tout cela dure. Pendant toutes ces années, je subissais, cachais, mentais, me taisais. Maintenant, je n'en peux plus. Des sentiments que je ressens et refoule depuis trop longtemps semblent monter en moi sous la forme d'un cri. Vais-je crier franchement et sortir cette rage de moi ? La douce Claire va-t-elle devenir pour un instant un monstre destructeur ? Si seulement ce monstre pouvait sortir à l'école.
Je subissais ce fléau depuis la sixième. Le choix a été simple. J'étais la seule fille sans amie, discrète, souvent au premier rang. Une cible de premier choix.
Cela avait commencé par une exclusion de la classe. Puis des paroles. Et des insultes. Des bousculades de plus en plus brutales. Et enfin, les coups, les passages à tabac dans les toilettes et les vestiaires, dans la salle de classe ou les couloirs entre deux cours.
J'ai souvent pensé à finir. Je n'avais pas assez de force pour me défendre. Alors, j'ai pensé à un autre moyen d'en finir. En finir avec moi-même. Mais je me suis dit que cela ne résoudrait rien.
Le harcèlement se finissait bien trop souvent par un suicide. Tant de belles vies gâchées, par la faute d'abrutis de première.
Pour harceler, ce sont souvent les filles les plus fortes, lorsque vous en êtes une. Ce sont de vrais teignes. Une respiration trop forte et vous êtes fichus.
Les garçons se contentent de croche-pieds, de bousculer, voler les devoir avant que les filles ne les déchirent. Enfin, avec moi. Je suis consciente que d'autres filles ont vécues pire. Et que cela les a sans doute détruits à jamais.
Le pire dans cela, ce sont les professeurs. Ils vous regardent, remarquent que quelque chose cloche mais ne font rien.
J'ai accepté il y a longtemps. Mais je me rends maintenant compte à quel point je suis détruite. Le harcèlement est l'une des pires choses qui existe. La mort n'est rien à côté. Parce que vous ne ressentez rien. Le harcèlements'attaque au moral pour détruire toutes vos barrières, vous fait perdre l'estime de vous-même, et vous finissez par avoir peur des regards des autres. Même ceux de votre famille. Et quand vous vous en rendez compte, c'est très souvent trop tard.
Il m'a fallu du temps avant d'accepter le fait d'être harcelée. Etre harcelé n'est pas une honte. Pas pour vous. Cela ne doit pas l'être. Mais s'en est une pour vos agresseurs. Ils ont détruit votre vie, pour un soi-disant prestige de domination sur quelqu'un. Ce n'est pas un prestige. C'est une abomination.
Maintenant, je me pense prête à essayer de surmonter cela. Sortir de sa tanière, sans avoir peur de recevoir des coups. Croiser de nouveau un regard, sans avoir peur de le lire. Enlever ses écouteurs, sans avoir peur d'entendre des insultes.
Ce qui ne sont pas dans mon cas, disent la même chose à tous ceux qui le sont, un mot qui se répète sans cesse dans chaque phrase. Parler.
Ils ne savent pas le courage que cela demande. Parler. Un petit mot, deux syllabes, six lettres. Et pourtant, il fait encore plus peur que tous ces gens.
On a peur des représailles. On a peur de ne pas être compris.
Pour vous, il est simple. Parler. Pour vous, quand vous nous le dites, vous pensez nous faire entendre une douce mélodie, comprenant la solution à tous nos problèmes.Parler.
Non. Vous nous faites entendre une musique remplie de fausses notes. Vous faites trembler chacun de nos membres.
J'ai compris qu'il fallait que je parle. J'ai essayé. Mais à chaque fois que j'ouvre la bouche pour parler, c'est autre chose qui sort. Je n'y arrive pas. Pas encore du moins. Je ne perds pas espoirs. Même si chacune de mes crises d'angoisses que cela a causé se rappelle toujours à moi.
J'ai compris qu'il fallait que je parle. Mais j'ai toujours peur. Je sais que si je n'y mets pas du mien, peut être que je ne m'en sortirais jamais.
Si je parle, je pourrais demander un changement d'école. Et peut-être me reconstruire au fur et à mesure.
Cela prendra le temps qu'il faudra.Mais ce temps, je le prendrais.
