Texte by : PlumeSylvestre
J'avais 8 ans quand tout a commencé.Mes parents n'étaient pas spécialement riches mais j'étais heureuse à leurs côtés.Mon père se nommait Valentin et ma mère, Lizbeth. Elle était anglaise de naissance et lui, français.Jusqu'à cette époque je ne m'étais encore jamais rendue compte à quel point la vie était injuste. Trop injuste.J'avais donc 8 ans, la première fois que c'est arrivé. La première fois qu'on m'a dit : "Tu es une femme, tu obéis ".
C'était un mec de ma classe et sérieusement, je n'ai rien comprit. En même temps, qui pourrait se douter qu'à l'âge où on regarde encore Dora l'Exploratrice, certains pensent déjà aux différences de sexe ?Pas moi. Mes parents ne m'en avaient jamais parlé.Je lui ai simplement répondu : "Non ".
À la période de l'adolescence, les insultes et les sifflements dans la rue ont commencé. Je n'y prêtais pas attention parce que je préférais m'en moquer plutôt que de m'opposer à eux. À présent, je regrette énormément car, j'aurais sûrement pu éviter de nombreuses choses si j'avais osé leur répondre.
Lorsque j'avais 15 ans, c'est allé encore plus loin. Un homme de plus de 40 ans, m'a plaquée contre le mur de la rue, alors que je rentrais chez moi, après les cours.Des passants m'ont vue, je les ai suppliés du regard pour qu'ils vienne m'aider, mais il n'ont rien fait. Ils se sont contentés de contourner le trottoire en sifflotant.Ce jour là, il m'a violée. Sous les yeux d'un nombre incalculable de personnes. Puis, il m'a laissée seule, par terre dans la rue. J'ai cru mourrir. Mais non, ca aurait été bien trop beau pour être vrai. Cet homme m'avait enlevé toute ma compassion et ma joie de vivre. Et je me suis juré de le haïr jusqu'à ma mort.
Je suis rentrée chez moi, sanglotante. Je n'ai jamais rien dit à mes parents. Il ne m'auraient pas crûe et j'avais trop honte. Je pensais ne jamais pouvoir être à nouveau heureuse, jusqu'à ce que je rencontre Tom.
J'avais 16 ans et lui en avait 18. Nous nous étions rencontrés à une soirée organisée par le lycée.Il était si gentil avec moi... si seulement j'avais su...Cinq mois plus tard, j'ai réussi à convaincre mes parents de me laisser emménager avec lui. Je l'aimais tant, que j'aurais pu mourir pour lui. J'aurais fait n'importe quoi pour lui.Au début, tout se passait bien. Il était doux et attentionné.Mais ça a vite changé. Il a voulu qu'on le fasse. Que l'on couche ensemble.Je le lui ai refusé, encore trop obnubilée par mon viol. Je ne voulais pas. Je n'aimais pas le sexe.Il s'est mis à me hurler dessus, me disant que je n'etais qu'une salope qui ne le méritais pas. Que les femmes n'étaient que des putes, bonne qu'au sexe et à s'occuper des enfants.
J'ai vu son vrai visage. Le visage que tous les hommes cachaient derrière un masque de bienveillance. Ils étaient vils, dégoûtants et méchants.
Pour la seconde fois, j'ai été violée, en plus d'être battue. Je l'ai supplié durant de nombreuses minutes, qui m'ont parut être des heures. J'étais tellement effrayée...Le souvenir de mon premier viol est remonté à la surface. Si fort que j'ai perdu conscience. Je me suis réveillée, encore nue dans ce lit répugnant.Il n'était plus là.
À nouveau, je suis rentrée chez moi, pleurant plus que je n'ai jamais pleuré. C'était d'ailleurs la dernière fois que je pleurais et j'avais perdu toute foi en l'Humanité.La dépression dûe aux horreurs que j'avais subies m'a tellement détruite, que mes parents m'ont emmenée voir un psychologue. Je voulais leur dire tout ce que j'avais vécu mais je suis restée muette comme une carpe, me sentant sâle et humiliée.
Mes parents ont fini par abandonner l'espoir de me refaire sourire.
Trois mois plus tard, j'ai su que j'étais enceinte. J'étais enceinte de mon violeur !J'avais à peine 17 ans et il me restait une année de lycée. Ensuite, je voulais faire des études de droit.Pour je ne sais quelle raison, je n'ai pas voulu avorter. Cet enfant était tout ce qu'il me restait.Encore une fois, je n'ai pas vu le malheur arriver.Six mois plus tard, j'ai fait une fausse couche.
J'étais hystérique. La vie m'avait tout enlevé. Jusqu'à ma propre Humanité.Lorsque je suis sortie de l'hôpital, j'ai prit ma décision.
Je voulais mourir.
C'était ma seule porte de sortie. Le seul moyen de parvenir à mes fins et de ne plus jamais, au grand jamais, revivre ces horreurs.
Alors, je suis allée sur un gigantesque pont, traversant une autoroute. En-dessous, les voitures roulaient à une telle vitesse !J'ai failli renoncer, mais pour peut-être la première fois de ma vie, j'ai pris mon courage à deux mains.
Et j'ai sauté. Loin de la vie, loin de tout ce que j'avais connu. Je n'ai jamais eu 18 ans. Je n'ai jamais eu une vie heureuse. Je n'ai jamais eu de relations sexuelles, voulues. Je n'ai jamais réellement aimé et pu être aimée en retour. J'ai juste quitté ce monde, comme tant d'autres esprits le quittent chaque jour.
Mon seul regret a été de ne pas avoir assez profité de mon innocence, lorsque j'étais enfant. Parce que ce monde, n'a rien d'innocent. Il est épouvantable, triste et injuste.
Alors, profitez de votre bonheur le plus possible, mais ne prenez jamais la vie comme acquise, car alors, vous signeriez votre arrêt de mort, comme j'ai signé le mien.
Parlez. Parlez, comme j'aurais dû le faire. Quelqu'un aurait pu m'aider. Ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Ne gâchez pas votre vie et surtout, prenez soin de vous.
Julia.
