Kiara
Une nouvelle fois, j’ai la tête au-dessus des toilettes, les mains accrochées à la porcelaine comme si c’était la seule chose qui m’empêchait de m’effondrer complètement. Mon corps ne m’appartient plus. Tout tourne, tout brûle, tout hurle. Le manque me dévore de l’intérieur, lentement, méthodiquement, comme une bête qui sait exactement où mordre pour me faire plier. Je veux me droguer. L’envie me frappe par vagues violentes, incontrôlables, me coupe le souffle, me tord le ventre jusqu’à me faire voir noir. Je n’ai plus rien à vomir, pourtant mon corps continue de se contracter, encore, encore, comme s’il refusait de s’arrêter. Mes cheveux collent à ma peau trempée de sueur, mon dos glisse contre le mur froid quand je me laisse tomber, incapable de tenir plus longtemps.
Je serre les poings. Fort. À m’en faire mal. J’ai envie de hurler. De cogner. De m’arracher la peau pour faire taire ce feu sous mes veines. Je n’arrive même plus à penser correctement. Mes idées s’écrasent les unes contre les autres, confuses, déformées, avalées par ce besoin qui prend toute la place.
J’ai froid.
Non.
J’ai chaud.
Non.
Je sais même plus.
— Tu veux un verre d’eau ?
Mon père. Je ne l’ai même pas entendu entrer. Il s’accroupit à côté de moi, et pendant une seconde, j’ai envie de rire… parce que c’est surréaliste. Lui, là, dans cette salle de bain, avec moi, dans cet état. Du jamais vu. Je récupère le verre, mais mes mains tremblent tellement que l’eau déborde aussitôt, coule sur mes doigts, sur mes poignets, sur le sol. J’arrive pas à boire. J’arrive plus à rien. Il reprend doucement le verre, sans s’énerver, sans soupirer, et le porte à mes lèvres comme si j’étais redevenue une gamine incapable de se débrouiller seule. Je prends à peine une gorgée. Et ça passe mal. Très mal. Une douleur me traverse le ventre, violente, électrique, et je le repousse aussitôt en me pliant en deux.
— Je peux rien avaler…
Ma voix est cassée. À peine audible.
— Ok… c’est pas grave, répond-il simplement en posant le verre au sol.
Sa main se pose sur mon front.
— T’es brûlante.
Je laisse échapper un souffle tremblant.
— Je suis en manque, papa. Tu restes, pas vrai ?
Il porte un simple pantalon de sport, mais j'ai besoin de l'entendre. D'être certaine. Il s’installe contre le mur, à côté de moi, puis il m’attire doucement contre lui, sans brusquerie, sans hésitation, et guide ma tête jusqu’à ses cuisses. Comme si c’était évident. Comme si ça aurait toujours dû être comme ça. Je me recroqueville instinctivement, ramenant mes jambes contre moi, mes bras autour de mon ventre qui me fait souffrir, mes dents qui claquent sans que je puisse les arrêter.
— Oui. Je t’ai dit hier que je restais. On reste tous les deux, le temps que tu ailles mieux.
Sa voix est posée, ses mains ne s’arrêtent pas. Elles frottent mon dos, remontent sur mon bras, comme s’il essayait de me ramener dans mon corps, de me rappeler que j’existe encore autrement que dans cette douleur. Il a vidé ma chambre, fouillé mes affaires, et je lui ai donné tout ce que j’avais, sans discuter.
— Elle est où ?
— En garde à vue. Elle va être arrêtée. Tu devras témoigner, Kiara. Et ses anciens maris ont été contactés. Ton détective a fait du bon travail.
Je ferme les yeux une seconde. Trop d’infos. Trop de bruit dans ma tête.
— Je suis désolée pour ta folle de copine.
Un petit rire lui échappe malgré lui. Il passe une main dans mes cheveux trempés, dégageant les mèches collées à mon visage.
— C’est pas grave. Je voulais pas vraiment me marier. Je pensais surtout que tu avais besoin d’un environnement stable… quelqu’un à la maison quand je suis absent. Quelqu’un qui aurait pris soin de toi.
VOUS LISEZ
BRISÉE
Romance[ En réécriture : 44/61 ] Une rencontre épique dans un couloir le premier jour des cours, check ✔️ ! Foncer dans un beau gosse aux yeux océan qui est aussi le capitaine de l'équipe du bahut, check ✔️! Manquer de se faire virer à cause de sa grand...
