Kiara
Je ne sais même pas comment j’ai conduit jusqu’au tribunal. Je ne me souviens pas des feux, ni des routes, ni des virages. Juste… du vide. Et de ce truc qui cogne dans ma poitrine comme s’il voulait sortir. Mes jambes avancent toutes seules quand je passe les portes. Je fais un signe rapide à la secrétaire sans m’arrêter. La sécurité me laisse passer sans poser de questions. Ils me connaissent. Je montre ma carte, j’ouvre mon sac, gestes mécaniques, sans réfléchir. Tout est flou. Tout sauf une chose. Je dois savoir. Je monte. Le couloir me paraît interminable, puis j’arrive. Le bureau de mon père est vide, mais je ne suis pas là pour lui.
Je referme la porte derrière moi sans bruit. Mes yeux se posent directement sur le mur. Le tableau. Je m’avance, mes doigts tremblent légèrement quand je l’attrape pour le tirer vers moi. Le mécanisme glisse, révélant le coffre encastré derrière. L'endroit où mon père range ses dossiers les plus importants. Je fixe le clavier à code quelques secondes en réfléchissant. J’essaie sa date de naissance. Erreur. Je serre les dents. La mienne ? Non plus. Je tente celle de ma mère sans y croire, mais clic. Le bruit me traverse. Ça s’ouvre. Mon cœur s’arrête presque. Je reste figée une fraction de seconde, comme si j’espérais encore que ce soit une erreur, un bug, n’importe quoi. Tout est là. Des dossiers. Alignés. Classés. Importants. Je les attrape tous d’un geste brusque et les balance sur le bureau, m’installant à sa place comme si ça allait me donner le droit de comprendre. Mes mains fouillent. Vite. Trop vite. Je retourne les dossiers, les ouvre, les referme. Je cherche mon nom. Juste ça. Mon nom. Et puis je le vois. Un dossier beige. Simple. Avec écrit dessus : Kiara. Mes doigts se figent dessus. Le temps s’arrête. Je ne veux plus respirer. Je ne veux plus voir. Je ne veux plus savoir. Mais je suis venue pour ça. Je l’attrape. Mes mains tremblent trop. Je n’arrive même pas à l’ouvrir. Des gouttes tombent sur le papier, et je mets un moment à comprendre que ce sont mes larmes.
Elles s’écrasent une à une sur mon prénom, comme si elles essayaient de l’effacer. Je fixe la couverture. Je pourrais encore reculer. Dire que tout ça est faux.
Que c’est Alison.
Que c’est une manipulation.
Que c’est un mensonge.
Mais au fond de moi… Je sais déjà. Et c’est ça qui fait le plus mal. Pas la vérité. Pas les faits. Mais cette certitude horrible, viscérale, qui me déchire de l’intérieur avant même que je lise la première ligne. Je l’ouvre. Pas doucement. Pas avec précaution. Comme si j’arrachais quelque chose de moi. Je prends une grande inspiration, mais l’air ne va pas jusqu’à mes poumons. Il reste coincé, bloqué, inutile. Les feuilles glissent entre mes doigts. Je les étale partout autour de moi, sur le bureau, sur mes cuisses. Comme si plus il y en avait, plus ça allait devenir flou. Moins réel. Mais non. Tout est trop clair. Ma photo. Mes informations. Ma vie. À côté… ma mère. Mon frère. Mon cœur se serre mais je détourne les yeux. Je n’ai pas la force.
Et puis…
Elle.
Une photo.
Un sourire.
Putain.
Mes doigts tremblent quand j’attrape la feuille.
Je la fixe. Je caresse son visage du bout des doigts, comme si ça allait la rendre vivante.
Ses yeux.
Les mêmes qu’Alec.
La même intensité.
La même lumière.
« JUNE BLACKSTONE »
« FLEURISTE »
« 26 ANS »
Un sanglot me coupe en deux. Trois lignes. Trois putains de lignes. Et j’ai l’impression que tout mon corps se fissure. Je pourrais m’arrêter là.
Refermer. Fuir. Mais je continue. Je lis. Chaque mot. Chaque détail. Son adresse. Sa vie. Son passé. Il y a sa taille, son poids, son style vestimentaire, sa couleur préférée, et même sa fleur préférée. Tout absolument tout. Les noms de toute sa famille. Ainsi que des informations sur Alec, Tony, et ses parents. J'ai accès à tous ses médecins, à toutes les maladies qu'elle a eues depuis sa naissance. Elle n'avait pas de casier judiciaire. Aucune amende, ni de problème d'argent. Ses comptes sont plutôt bons, elle gagnait bien sa vie avec son commerce. Elle venait de rembourser son crédit à la banque.
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BRISÉE
Roman d'amour[ En réécriture : 44/61 ] Une rencontre épique dans un couloir le premier jour des cours, check ✔️ ! Foncer dans un beau gosse aux yeux océan qui est aussi le capitaine de l'équipe du bahut, check ✔️! Manquer de se faire virer à cause de sa grand...
