Chapitre 26

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Kiara

Il faut que je me calme. Vraiment. Je ferme les yeux une seconde, inspire profondément, mais ça ne sert à rien. Mon cœur refuse de ralentir, il cogne contre ma poitrine comme s’il voulait sortir, comme s’il avait reconnu quelque chose que moi je m’acharne à fuir. Alec. Il fait partie du passé. C’est terminé. Rien ne changera jamais ça. Et pourtant… le revoir m’a fait l’effet d’un putain de choc. Brutal. Comme si quelqu’un avait rouvert une plaie que je croyais cicatrisée. Mensonge, elle n’a jamais cicatrisé. Quand je me suis réveillée à l’hôpital… j’étais seule. Complètement seule. Je me souviens encore de cette lumière blanche, agressive, de l’odeur aseptisée qui me retournait l’estomac, du bruit régulier des machines… et de ce vide à côté de moi. Pas d'Alec. J’ai attendu des heures. Puis des jours. J’ai appelé. Encore et encore. Des messages. Rien. Il n’a jamais répondu. Il m’avait promis. Il m’avait regardée droit dans les yeux, dans ce parc, sous la pluie, pendant que je tenais encore cette putain de seringue… et il m’avait promis qu’il resterait. Qu’on allait affronter ça ensemble. À deux. Putain, j’y ai cru comme une conne. Aujourd’hui, je sais qu’il a juste dit ça pour m’empêcher de crever là-bas comme une merde dans la boue. Mission accomplie. Mais après ? Il est parti. Sans se retourner.

Mon père était le seul dans cette chambre. Le seul à tenir ma main. Le seul à encaisser mes silences, mes crises, mes regards vides. Quand je lui ai demandé où était Alec… il m’a simplement dit qu’il n’était pas venu. Pas venu. Deux mots. Et tout s’est effondré une deuxième fois. Le lendemain, j’étais déjà loin. Dans un centre de désintoxication paumé à des heures de San Diego. Mon père m'a dit qu'il allait me payer ma formation, mon salon, tout. À condition que je redémarre une nouvelle vie. Et c'est ce que j'ai fait. Enfin… j’ai fait semblant. Parce que j’ai jamais vraiment arrêté la drogue. Et j'ai jamais vraiment arrêté de ressentir ce vide. Ce putain de trou dans ma poitrine qui ne se remplit jamais.

J'ai lu, et relu. Analysé chaque détail de l’accident. Encore. Et encore. Comme si me torturer allait changer quelque chose. On roulait trop vite. Tout est allé trop vite. June a perdu le contrôle de sa voiture. Mais moi… moi j’ai quitté la route des yeux. Et ça, personne ne pourra jamais me l’enlever. Je suis responsable. Même si on me balance mille rapports sous le nez. Même si on me jure que j’aurais été percutée quoi qu’il arrive. Je conduisais. Point.

Je savais qu’en revenant ici, je recroiserais des fantômes. Des regards. Des souvenirs. Mais lui… C’était le seul que je ne voulais pas revoir. Le seul que je redoutais. Et forcément… c’est le premier que je retrouve. Alec. Putain. Je serre les dents rien qu’en repensant à lui. À la façon dont il est entré dans cette chambre, comme s’il remplissait l’espace à lui tout seul. Comme avant. Comme si le monde se décalait légèrement quand il était là. J’ai essayé de ne pas le regarder. Genre vraiment. J’ai essayé de rester froide. Détachée. Intouchable. Mais j'ai pas réussi. Parce qu’il est toujours aussi insupportablement beau. Encore pire, même. Ses épaules larges sous l’uniforme, cette posture droite, tendue, prête à exploser à la moindre étincelle… et cette putain de barbe de trois jours qui lui donne un air encore plus dur, plus viril, plus… dangereux. Et ses yeux. Toujours les mêmes. Bleu profond. Glacial et brûlant à la fois. Des yeux qui te traversent, qui te fouillent, qui te mettent à nu sans même te toucher. J’ai senti mon corps réagir avant même de pouvoir réfléchir. Comme si rien n’avait changé.
Comme si mon cœur n’avait jamais appris.
Et sa tenue…
Putain.
Un uniforme.
Une arme.
Une autorité naturelle qui lui colle à la peau.
Un policier.
Un putain de flic ultra bandant.

Je ferme les yeux en jurant entre mes dents. Je suis pathétique. Après tout ce qu’il m’a fait… mon corps trouve encore le moyen de réagir. Mais au fond… c’est ça le pire. Ce magnétisme. Cette attraction complètement irrationnelle. Ce truc entre nous qui refuse de mourir.
Même après la douleur.
Même après la trahison.
Même après tout.

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