Daemon
Bien décidé à ne pas passer le reste du mois chez mon père, je ne rentre qu'à deux heures du matin, avec la ferme intention de récupérer mes affaires et d'aller squatter quelques jours chez Liam. Le problème, c'est que je n'avais pas prévu qu'il serait si difficile de repasser par mon balcon, il est bien trop haut. J'observe le jardin et fini par me décider à grimper dans l'arbre le plus proche avec l'espoir de pouvoir sauter directement sur mon balcon. Je commence mon ascension faisant craquer les branches de ce pauvre arbre qui n'a rien demandé. C'est stupide, mais je m'excuse mentalement auprès de lui. J'arrive à niveau de mon balcon et lâche un juron quand une chouette s'envole juste à côté de moi, manquant de me faire tomber. Je m'apprête à sauter sur le balcon, priant pour ne pas m'écraser au sol, quand une voix me fait sursauter.
- Hé Du con ! m'appelle Ondine depuis sa fenêtre.
Hé, merde, pour la discrétion, on repassera.
- Tu ne peux pas la fermer de temps en temps ? grognai-je.
- Moi aussi, je suis contente de te voir, ironise-t-elle avant de me dévisager perplexe.
Je l'ignore et tente de me rapprocher un peu plus du balcon.
- Mais arrête ! T'es bourré ou quoi ? Tu vas t'écraser par terre ! panique-t-elle en m'observant.
- Mais tu vas me foutre la paix oui ! Tu vas réveiller tout le monde ! m'énervai-je.
- Mais pourquoi tu ne passes pas par la porte comme tout le monde !
Mon silence est plus qu'éloquent, je n'y ai pas pensé une seule seconde. Je soupire et redescends doucement de mon perchoir sous le rire moqueur d'Ondine. J'atteins la porte et remonte le plus discrètement possible les escaliers avant d'atteindre ma chambre. Quand j'entre, Ondine est assise sur mon lit, occupée à m'observer.
- Quoi ? lui demandai-je sur un ton froid.
- Tu es vraiment le roi des imbéciles.
- Et toi la reine des chieuses. Et puis d'abord, qui laisse sa porte d'entrée ouverte la nuit ?
- Des gens qui s'inquiètent pour toi et qui attendaient que tu rentres ? suggére-t-elle sur le même ton froid que moi.
- Je rêve où tu m'en veux ? lui demandai-je en rassemblant mes affaires dans un sac.
- À ton avis ? Tu t'es cassé comme ça au milieu de la nuit et tu as disparu toute la journée sans même donner de nouvelles. Tu crois quoi ? Tout le monde se faisait un sang d'encre pour-
- Pour qui ? Pour moi ? Oh, aller arrête ton cinéma Ondine, tu essayes de me faire croire quoi là ? Que tu t'es inquiétée pour moi ? Ça fait des années que tu n'attends que ça, que je me casse, que je disparaisse de ta vie. Alors arrête d'essayer de me faire croire que tu es capable de t'inquiéter pour moi. Quant à mon père, il n'a pas eu besoin de savoir comment j'allais pendant douze ans alors je doute que ça soit aujourd'hui qu'il commence à s'inquiéter pour moi ! lâchai-je en la fusillant du regard.
- Arrête...
- Que j'arrête quoi ? De dire la vérité ? Hé bien, non, je n'arrêterai pas ! Désolé Ondine, désolé d'être le fils de cet homme lamentable que tu appelles papa, désolé d'être entré dans vos vies, désolé de ne pas être assez bien pour être ton grand frère ! explosai-je sans me soucier de faire du bruit.
- Je n'ai pas besoin d'un grand frère ! crâche-t-elle.
- Je n'ai pas besoin d'une emmerdeuse de petite sœur non plus ! Surtout quand je vois à quoi elle ressemble ! Tu n'es qu'une vipère ! Je te déteste ! hurlai-je sans essayer de me contrôler.
- Tu ne m'as jamais accepté, jamais ! Tu n'as même pas fait l'effort d'essayer ! Mais tu sais quoi ? Reprends-la ta petite famille parfaite, je n'en veux pas, tu peux te la garder ! continuai-je sans plus réfléchir à aucune de mes paroles.
Je reprends mon souffle et c'est sous le regard choqué d'Ondine que j'attrape mon sac et commence à partir. Je m'apprête à claquer la porte quand j'aperçois une larme couler sur la joue de ma sœur, j'hésite un instant, mais, lorsque j'entends la porte de la chambre de mon père s'ouvrir, je file sans demander mon reste.
***
- Waouh, finalement pas besoin de mettre un film, ta vie est bien plus palpitante ! s'exclame mon meilleur ami en mâchouillant des bonbons en face de moi.
Allongé sur le lit de Liam, je viens de finir de lui raconter mes dernières quarante-huit heures et mise à part la partie où je couche avec une fille, alors que je suis complétement bourré, pour aller ensuite voir Ariane vingt-quatre heures plus tard, il a l'air d'apprécier le récit.
- Tu es au courant que ce que je vis n'est absolument pas drôle ? lui demandai-je en lui piquant ses sucreries.
- Hé ! Oui, surtout la partie où tu couches avec l'autre brune ! J'hésite encore à t'en coller une pour relever l'honneur de cette pauvre Ariane, raille-t-il avant de m'arracher le paquet de tagada des mains.
Je grimace, mais ne réplique pas, qu'est-ce que je peux répondre à ça ? Je le sais déjà que je suis un connard, surtout quand il s'agit d'Ariane, mais pour ma défense, j'étais bourré. Quant à Ariane, j'aurais dû continuer à la fuir parce que maintenant, c'est clairement trop tard. Je voudrais la sauver, ne pas lui faire plus de mal que par le passé, mais je ne peux plus m'éloigner. Et je voudrais sincèrement pouvoir me rassurer en me disant que c'est uniquement parce que ça lui ferait du mal à elle, mais le simple fait que je puisse m'inquiéter de ce qu'elle ressent prouve que je me suis vraiment attaché. Au fond de moi, je sais que je ne veux pas la quitter, que je veux rester près d'elle. Je me sens mieux quand je suis avec elle, mes angoisses s'évaporent et puis je dois bien ça à Eden. Veillé sur sa sœur, je suis sûr que c'est ce qu'il aurait voulu de moi...
- Daemon, tu m'entends ? me ramène la voix de mon ami qui secoue sa main juste devant ma figure.
- Ouais.
- Je te demandais si tu allais aller la voir demain.
- Qui ?
- Ariane.
- Nan, je la verrai lundi, en cours.
Il acquiesce et nous nous couchons. Je m'endors rapidement, bercé par les notes de « Hijo de la luna » qui résonne dans ma tête. Je revois les yeux verts émeraude d'Ariane qui me scrute alors que je grimace devant mes fausses notes, ses cheveux châtains-roux qui ondulent légèrement jusqu'en bas de son dos et ses lèvres roses et douces comme de la soie. Je souris et sombre dans le sommeil sur ces belles pensées.
***
Assis aux côtés de mère, je scrute la pièce dans laquelle nous nous trouvons. Le plafond et les murs sont blancs, des cadres où sont exposés des photos d'enfants souriants sont fixés sur ces derniers. Il y a une cheminée, un canapé rouge ainsi que des fauteuils assortis au milieu desquels trône une table basse en verre. Le plafond, lui, est habillé d'un lustre en fer forgé et des lampes sont postées dans les coins de la pièce. Le salon s'ouvre sur les escaliers et la cuisine. Je sens ma mère trembler légèrement, alors j'attrape sa main et lui souris, elle me rend mon sourire, mais ce dernier n'atteint pas ses yeux. L'inconnu qui prétend être mon père descend les escaliers en poussant devant lui une fille. Elle a de longs cheveux noirs et lisses qui lui tombent jusqu'au milieu du dos, elle est plutôt grande, mince et elle a des yeux bleu océan. Mais ce qui me frappe le plus, c'est notre ressemblance. J'incline légèrement la tête sur le côté alors que je la détaille sous le poids de son regard meurtrier. En voilà une qui ne m'aime déjà pas, je comprends d'office qu'il s'agit là de la petite sœur, dont je viens d'apprendre l'existence. Pendant que nos parents parlent, nous nous livrons à un duel de regard acharné, si j'étais venu en paix avec l'intention d'essayer de m'entendre avec elle, Ondine n'est clairement pas de mon avis. Je comprends d'office qu'on ne va pas s'entendre, elle ne cache ni son mépris ni sa haine contre moi en plus d'avoir l'air sacrément borné. Dommage pour elle, je ne suis pas le genre à baisser la tête et je suis certainement tout aussi têtu qu'elle, il semblerait que nous nous ressemblons peut-être un peu plus que prévu...
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Supernova
RomanceAriane est une jeune fille au passé tumultueux, les épreuves et les blessures qu'elle a subies ont laissé un vide immense au fond de son cœur. Alors qu'elle se bat contre la douleur et le gouffre que les épreuves du passé ont creusées en elle, elle...
