Ariane
Mensonges ! Encore des mensonges ! Toujours des mensonges ! Aujourd'hui Cole m'emmène chez la psychologue et s'il y a bien un endroit où je ne voulais surtout pas remettre les pieds, c'était là-bas. J'ai changé de médecin depuis que j'ai déménagé, mais depuis que l'autre m'a renvoyé en cours sans se poser de questions et en me disant presque que je fais beaucoup de cinéma pour pas-grand-chose, j'avais juré de ne jamais y remettre un pied tant que je n'étais pas morte. Pourtant, c'est encore Cole qui a gagné.
Assise sur le siège passager, j'observe l'eau dégouliner sur la vitre. Personne n'a dit un mot depuis que nous sommes entrés dans la voiture. Ce matin, quand je me suis réveillée, il était midi passé et j'étais en sueur. Les images me hantent en permanence, mais je suis incapable de dire quoi que ce soit à mon frère. Cole et Jellal ne savent aucun des détails de mon agression. L'histoire officielle qu'ils ont, c'est qu'un type m'emmerdait en soirée et que ça aurait pu très mal se terminer si Eden n'avait pas été là, mais ils ne savent pas que cet homme, qui m'a agressé, était mon copain, ils ne savent pas que cette agression ne représentait qu'une infime partie du calvaire que je vivais déjà avant. Je ne peux pas leur dire, ils ne me regarderaient plus jamais pareil, je les dégoûterais et de toute manière, je suis incapable de mettre des mots sur ce qu'il s'est passé. Le temps est à l'image de mon humeur, je broie du noir, je n'ai rien avalé depuis hier et je refuse catégoriquement de m'endormir par peur de faire des cauchemars encore plus horribles.
Daemon a déjà essayé de m'appeler une bonne dizaine de fois, mais j'ignore tous ses appels. Je n'aurais jamais dû le laisser s'approcher, je n'ai aucune idée de ce à quoi nous jouons, mais ça doit prendre fin maintenant, avant que je ne lui fasse du mal et avant qu'il ne m'en fasse à son tour. Je finis toujours par blesser ceux qui me sont chers, personne ne fait exception, il n'y a cas voir les cernes de mes frères pour le comprendre. Jellal se gare sur le parking de la maison médicale et j'observe le bâtiment qui se dresse devant nous. C'est un immeuble blanc qui ne doit pas faire plus de quatre ou cinq étages. Je soupire et me tourne vers mon frère avec l'intention de le supplier de rentrer à la maison, mais quand je vois l'inquiétude qui marque son visage, je me ravise et sors même de la voiture de ma propre volonté. Cole m'attrape la main et l'espace d'un instant, je me demande si c'est pour m'empêcher de fuir ou pour me donner un peu de force. Nous traversons tout un tas de couloirs dans lesquels je me perdrais certainement si j'étais seule, d'ailleurs, je me demande comment mon frère fait pour s'y retrouver si facilement. Nous nous asseyons dans la salle d'attente et je ronge nerveusement mes ongles quand une fille sort en pleurant du bureau. Mon frère me jette un coup d'œil et ayant certainement anticiper mon geste, il m'attrape la main et me tire vers lui.
- Je ne vais pas m'enfuir, lui signalais-je agacée.
- Simple précaution, rétorque-t-il.
Je souffle et tente tant bien que mal de calmer ma respiration qui s'affole sous l'effet du stress. Une jeune femme d'une trentaine d'année s'avance alors sur le pas de la porte. Elle est grande, a des cheveux courts et blonds ainsi que des yeux gris. Elle m'adresse un doux sourire qui me met sur mes gardes et nous demande d'entrer. Nous nous asseyons dans son bureau, elle tape quelque chose sur son ordinateur avant de se tourner vers moi.
- Ariane, c'est ça ? me demande-t-elle avec douceur.
Je hoche la tête et elle continue de lire ce qui défile sur son écran.
- Alors, tu as déjà vu une psychologue il y a quelques mois.
J'acquiesce à nouveau et elle demande à mon frère de sortir, lui promettant de l'appeler au moindre souci.
- Tu n'as pas vraiment envie d'être là, n'est-ce pas ? me demande-t-elle en rigolant.
Je lui fais signe que non et elle me sourit avant de répondre.
- Ton frère m'a déjà un peu expliquer le problème et je suis du même avis que lui quant au fait que ça te soulagerait sûrement de parler, mais je ne te forcerais pas Ariane, tu parleras de ce qui te blesse quand tu seras prête. En attendant, je voudrais tout de même te faire passer quelques tests, tu es d'accord.
- Oui.
Elle me pèse, prend ma tension puis nous retournons nous asseoir.
- Ton frère m'a dit que tu ne mangeais pas beaucoup et il est vrai que ça se voit quand on regarde ton poids. Tu es légèrement en dessous de celui que tu devrais peser. Pourquoi ne manges-tu pas ?
Je hausse les épaules et elle soupire face à mon mutisme.
- Écoute Ariane, je ne te forcerai pas à me raconter ce que tu as vécu, mais il faut tout de même qu'on parle. Ce que tu fais subir à ton corps, tu finiras par le regretter plus tard. Je suppose que si tu arrêtes de te nourrir, c'est qu'il y a un problème derrière, ça ne servirai donc à rien de simplement te dire de manger.
- Je n'y arrive pas, murmurrai-je la gorge serrée.
- À manger ou à parler ?
- À manger. Quand j'avale quelque chose, je finis toujours par le regretter, la nourriture me dégoûte...je me dégoûte, avouai-je en serrant les dents.
Elle m'observe un instant puis vient s'asseoir sur le siège à côté de moi.
- Pourquoi te dégoûtes-tu ?
- Je ne sais pas...j-je ne me sens p-pas vraiment jolie, je culpabilise quand je mange quelque chose parce que j'ai toujours peur qu'on vienne me le reprocher, balbutiai-je en baissant la tête, gênée.
- On t'a déjà reproché de manger Ariane ?
- Si vous saviez tout ce qu'on m'a déjà dit, soufflai-je la gorge nouée alors qu'une larme roule le long de ma joue.
- Ariane ?
- Oui ?
- Tu es magnifique.
Ma respiration se coupe et une nouvelle larme coule le long de mon épiderme alors que je relève la tête sur le sourire compatissant de la femme qui se trouve en face de moi.
- Qui t'a déjà reproché une telle chose ?
Mon silence semble lui répondre puisqu'elle s'approche un peu plus de moi et me demande d'un regard la permission – que je lui donne – pour prendre ma main.
- C'est l'homme qui t'a agressé ?
Je ferme les yeux et acquiesce, tentant d'effacer le visage de Chad de mes pensées.
- Il a tort. Tu n'as pas à culpabiliser, tu es magnifique Ariane, personne n'a à te dire ce à quoi tu dois ressembler ou non.
- Il n'y a pas que ça, la nourriture me dégoûte et quand j'arrive à l'avaler, je le regrette presque aussitôt parce que je finis par la vomir sous l'effet de l'angoisse.
- Écoute, voilà ce qu'on va faire, je vais te donner un nouveau traitement pour l'angoisse et quelques cachets qui devraient t'aider à dormir. Par contre, il va falloir que toi de ton côté, tu manges, je ne te demande pas de t'empiffrer à n'en plus finir, mais d'essayer de manger ne serait qu'un petit peu à chaque repas.
J'acquiesce puis elle me programme un rendez-vous tous les jeudis avant de discuter quelques minutes avec mon frère. Nous rentrons et je m'écroule de fatigue sur mon lit.
***
- Tu ne devrais pas manger autant, me fait remarquer Chad en m'observant avaler mon dessert.
Ça fait tout juste un mois qu'on est ensemble, Eden le dévisage comme s'il allait le tuer à chaque fois qu'il le croise, mais à part ça, tout va bien. Chad est adorable avec moi, on se voit quasiment tout le temps.
- Pourquoi ? lui demandai-je intriguée.
- C'est mauvais de manger des cochonneries en permanence, tu vas prendre du poids, lâche-t-il en observant les gens autour de nous.
J'ouvre la bouche ne sachant pas comment réagir, mais il me devance.
- Ne me regarde pas comme ça, je ne dis ça que pour ton bien, me dit-il en m'embrassant.
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Supernova
RomansaAriane est une jeune fille au passé tumultueux, les épreuves et les blessures qu'elle a subies ont laissé un vide immense au fond de son cœur. Alors qu'elle se bat contre la douleur et le gouffre que les épreuves du passé ont creusées en elle, elle...
