Chapitre 52

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Daemon

La pluie cogne et roule sur les vitres de ma voiture. Garé devant la maison d'Ariane, j'hésite à aller sonner. Je soupire et finis par sortir en me disant que cela ne sert à rien de se prendre la tête et que je vais bien vite savoir si elle veut me voir ou pas. Je sonne à plusieurs reprises, mais personne ne vient m'ouvrir. La maison semble étrangement vide. Je décide tout de même d'essayer d'escalader le balcon de la chambre d'Ariane pour m'assurer que tout va bien et qu'elle n'est juste pas là.

J'agrippe le mur et grimpe tant bien que mal dessus. La pluie ne rend vraiment pas les choses faciles, mais je finis tout de même par y arriver sans me faire trop mal. Je scrute l'intérieur de la chambre en priant pour que personne ne me voie. Il faut dire qu'avec mon sweat noir, et ma capuche, en train de mater par la fenêtre de gens absents, j'ai vraiment l'air d'un cambrioleur. Une fois mon inspection terminée, j'en conclus qu'Ariane n'est pas là, ce qui m'inquiète encore plus. Si elle était vraiment malade, elle devrait être ici. Je soupire et retourne jusqu'à ma voiture. Cette fille va me tuer. Je ne comprends pas pourquoi je m'inquiète autant pour elle et ça commence à prodigieusement m'agacer.

Je roule de longues minutes ne sachant trop où aller et à vrai dire je m'en fiche pas mal, je veux juste me vider la tête. La pluie tambourine de plus en plus fort contre ma voiture, mais même ce vacarme ne parvient pas à faire taire les mille questions que je me pose. Plus je réfléchis et plus je me demande si je n'ai pas dit quelque chose de mal, si finalement ce ne serait pas à cause de moi qu'Ariane va mal. Je me gare sur le parking d'un supermarché et souffle rageusement en posant mon front sur le volant. Bon sang, mais qu'est-ce qui se passe ? J'ai un très mauvais pressentiment. Je finis par sortir m'abriter dehors pour fumer une clope et réessaye de joindre Ariane. Je supplie l'univers de faire en sorte qu'elle me réponde enfin, mais ce dernier semble toujours ignorer mes requêtes puisque ça sonne dans le vide. Je me demande pourquoi je continue de lui demander des choses, il ne m'a jamais aidé.

***

Après avoir passé deux heures dans ma voiture, je finis par retourner au lycée. Comme je n'ai vraiment pas la tête à aller en cours, je décide de récupérer mes affaires et de retourner chez Liam en attendant qu'il rentre. Je traverse la cour et m'apprête en entrer dans le bâtiment quand j'aperçois Ondine assise seule sur un banc. Elle a le regard dans le vide et ses longs cheveux noirs dégoulinent comme si elle avait passé des heures sous l'eau. Je ne sais pas quoi penser, mais la voir dans cet état me fait mal au cœur. J'hésite un instant et soupire avant d'aller m'asseoir près d'elle. Elle m'adresse à peine un regard avant de détourner la tête et de fixer à nouveau le vide. Nous restons de longues minutes ainsi, silencieux, ne sachant quoi dire ou quoi faire. Je me tourne vers elle et constate qu'elle pleure, je ne l'ai jamais vu dans un tel état et je commence vraiment à me demander pourquoi je suis venu la voir, je suis nul pour réconforter les gens. Je m'apprête à parler, mais elle me souffle quelque chose.

- Va-t'en.

Je la fixe et commence à me lever quand je me dis que je n'ai pas le droit de la laisser comme ça.

- Non, lui répondis-je doucement, mais fermement.

- Dégage, je t'ai dit !

- Non.

- Qu'est-ce qu'il y a Daemon ? Qu'est-ce que tu me veux ?! Tu as oublié de me dire des choses hier ? Je n'ai pas besoin que tu me rappelles à quel point je suis nulle, je le sais déjà ! hurle-t-elle en sanglotant.

Je la fixe ahuri, j'ai l'impression qu'on vient de m'enfoncer un pieu dans le cœur. J'ai envie de lui hurler qu'elle raconte n'importe quoi, mais je lui ai moi-même dit des choses affreuses hier. J'étais en colère et je ne les pensais pas vraiment, mais je me rends compte seulement maintenant, quand je la vois trembler en pleurant sous cette pluie diluvienne, que je l'ai blessée.

- C'est faux, soufflai-je.

Elle lève ses yeux rougis par les pleurs vers moi et me fixe l'air de ne pas savoir si je me fiche d'elle ou si je pense ce que je viens de dire.

- Tu n'es pas nulle et je t'interdis d'en douter, lançai-je sur un ton plus ferme.

Elle me fixe sans répondre et je pose ma veste sur ses épaules avant de tourner les talons et d'entrer dans le lycée. Je me hâte jusqu'à mon casier et réalise au moment où je l'atteins que Liam ne pas donner ses clefs et que je ne peux pas rentrer chez lui. Je referme rageusement la porte et me dirige vers le CDI. Cette journée est vraiment merdique et je commence sérieusement à en avoir marre. J'envoie balader la porte de la bibliothèque sans réfléchir et arrache un cri de surprise à madame Kelley qui me dévisage une main sur le cœur.

- Bon sang Daemon, cette porte ne t'as rien fait et mon pauvre cœur non plus ! s'écrie-t-elle.

Je lui lance un regard d'excuse et pars m'asseoir, sous les regards de quelques élèves surpris, dans un coin reculé pour avoir la paix. Je rumine et vérifie mes messages toutes les dix secondes, mais toujours aucune nouvelle d'Ariane. Je ne sais pas ce qui m'inquiète le plus entre le fait de ne pas avoir de nouvelles et le fait de me rendre compte que je me soucie autant d'elle, je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je suis entrain de chercher le profil de ses frères sur les réseaux pour tenter de trouver des informations quand je suis interrompu par madame Kelley qui s'approche de moi.

- Je t'ai mis ces livres de côté en me disant qu'ils t'intéresseraient sûrement, me dit-elle.

- Merci, répondis-je sans la regarder.

- Daemon, est-ce que tu vas bien ? me demande-t-elle l'air soucieuse.

- Ça va, lui répondis-je en posant mon téléphone sur la table en soupirant.

Elle s'assoit en face de moi et me sourit gentiment.

- Tu veux en parler ?

Je pèse le pour et le contre et finis par me confier.

- Il paraît qu'Ariane ne va pas très bien et je ne sais pas vraiment pourquoi, mais elle refuse de me parler. Le truc, c'est que je n'arrête pas de me demander si ce n'est pas ma faute, et d'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi je m'inquiète autant pour elle, c'est insensé, lâchai-je.

- Elle a arrêté de te parler du jour au lendemain ?

- Oui.

- Et il ne s'est rien passé ?

Je réfléchis un instant et me repasse le fil des événements de ce week-end et reviens finalement au moment où je l'ai plaqué contre le mur sous le coup de la colère. Et si c'était ça ? Pourtant, je me suis excusé et elle semblait ne pas m'en vouloir... D'ailleurs, ce n'est même pas à elle que j'en voulais.

- Daemon ? s'inquiète madame Kelley devant mon mutisme.

- Je ne sais pas trop... J'ai peut-être un peu merdé, mais elle avait l'air de ne pas m'en vouloir du tout alors je ne sais pas trop quoi en penser.

- Elle répond aux autres ?

- Je crois qu'elle parle avec Ayline.

- Daemon, si elle ne te répond pas, c'est qu'elle a certainement besoin que tu lui laisses de l'espace. Laisse la respirer et ensuite, tu verras, mais ne la harcèles pas d'appels et de messages, laisse lui du temps mon grand.

- Vous avez peut-être raison...concédai-je à contre-cœur.

- J'ai toujours raison ! affirme-t-elle avec un clin d'œil.

- Si vous le dite, ricanai-je sous son regard taquin.

- Quant au fait que tu t'inquiètes, c'est certainement que tu tiens à elle, ajoute-t-elle.

- Peut-être, soupirai-je en redevenant sérieux.

Madame Kelley me lance un regard compatissant puis se lève avant de me laisser seul avec mes pensées. Lui laisser de l'espace... C'est noté.

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