Chapitre 54

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Daemon

Garé devant la maison d'Ariane, je médite sur les paroles de madame Kelley, je ne lui ai pas envoyé de textos depuis plus de deux heures et je n'ai pas non plus essayé de l'appeler. Je lui ai laissé suffisamment d'espace, non ? J'hésite à y aller et me perds dans le fil de mes pensées lorsque je vois une voiture se garer en face de la mienne. Elle m'est familière, mais je ne la reconnais que lorsque Cameron en sort. Qu'est-ce que cet abruti fait là ? Je ricane intérieurement en imaginant sa tête quand Ariane refusera de le voir lui aussi. Je l'observe remonter l'allée en courant tout en se protégeant comme il le peut de la pluie et attend presque impatiemment de voir Ariane lui claquer la porte au nez. Pourtant, lorsqu'elle lui ouvre, elle semble surprise, mais finit par le faire entrer. Je reste là, sidéré, à observer la porte qu'elle vient de refermer. Alors il n'y a qu'à moi qu'elle refuse de parler ? Je remets les clefs sur le contact et démarre, complétement dépité, en direction de chez Liam.

- Qu'est-ce qu'il t'es encore arrivé ? me demande ce dernier lorsque j'entre dans sa chambre et m'affale sur son lit en lui piquant ses bonbons.

- Est-ce qu'Ariane t'as parlé récemment ?

- Non. Pourquoi ? me répond-il en m'arrachant des mains le paquet de ses précieuses sucreries en me fusillant du regard.

- Parce qu'il semble qu'elle parle à tout le monde sauf à moi.

- C'est qui tout le monde ?

- Cameron et Ayline.

- Waouh, c'est vrai qu'il représentent bien huit milliards d'êtres humains à eux deux, ironise Liam, faussement impressionné.

Je soupire, agacé, et il me contemple en plissant les yeux comme s'il tentait de résoudre un casse-tête.

- Quoi ? lançai-je.

- Vous vous êtes disputé ?

- Pas que je sache.

- Bon et bien ne cherche pas. Peut-être qu'elle n'a juste pas apprécié que tu l'ai plaqué contre un mur sous le coup de la colère, lâche-t-il en levant les yeux au ciel.

- Mais je me suis excusé et elle m'a même laissé l'embrasser ! Et puis elle avait l'air très bien quand je suis parti et-

- Comment ça tu l'as embrassé ?!! s'exclame mon meilleur ami au moment où je réalise que j'avais volontairement omit de lui donner ce détail.

Je grimace et il délaisse ses bonbons pour me fixer comme si j'étais le roman le plus intéressant du monde.

- Liam...

- Oui ?

- Tu me fais peur.

Il ricane et m'envoie un oreiller en pleine figure.

- Pour en revenir à ton problème de cœur-

- C'est pas un problème de cœur puisque je ne suis pas amoureux.

Il me dévisage un instant avant de m'envoyer un deuxième oreiller dans la face.

- Arrête de m'interrompre.

- Si tu veux, mais je ne suis pas amoureux.

- Je disais donc, monsieur Je-suis-dans-le-déni-le-plus-total, que je ne vois absolument pas pourquoi elle te fait la tête, reprend-il d'un air exaspéré.

Je soupire et observe la pluie ruisseler sur la vitre de la chambre pendant que Liam reprend sa dégustation de tagada. Je ne comprends pas ce que j'ai fait de mal et j'ai beau me creuser la tête, je ne vois pas pourquoi Ariane refuse de me parler. Soudain, un immense sentiment d'injustice monte en moi et l'incompréhension laisse finalement place à un profond sentiment de colère. Je ne sais pas ce que c'est son problème à cette fille, mais il va falloir arrêter de me prendre pour un idiot ! Et puis d'abord, ce n'est même pas un problème, je ne lui dois rien du tout ! J'envoie rageusement un oreiller valser à l'autre bout de la chambre et me remets debout si vite que j'en fais sursauter Liam.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive encore ? me demande-t-il suspicieux.

- Tu sais quoi Liam ?

- Tu vas encore aller jouer les princes charmants et jouer une sérénade sous le balcon de ta belle Ariane en espérant qu'elle ne t'envoie pas balader ?

- Rêve ! Fini d'être pris pour un abruti ! Ce soir, on sort ! Je ne lui dois rien à Ariane alors si elle refuse de parler ce n'est pas mon problème ! m'énervai-je.

- Heu...ok ?

- Quoi ?!

- Laisse tomber, soupire-t-il en se relevant.

- Brian organise un truc ce soir, on part dans dix minutes, lâchai-je en attrapant un pull.

Liam acquiesce et se dirige vers la salle de bain en marmonnant quelque chose qu'il est certainement préférable que je n'entende pas. Je me hâte vers ma voiture et m'assois sur le siège conducteur en attendant mon ami. Lorsque nous partons, Liam me jette plusieurs regards étranges.

- Quoi ? lui demandai-je.

- Si tu couches avec une fille pour mieux retourner voir Ariane après, je t'étripe de mes propres mains. C'est clair ?

***

La musique bat son plein et les gens se déhanchent au milieu de la salle. Je suis affalé dans un canapé et termine mon septième verre. Je ne sais pas précisément ce qu'ils ont mis là-dedans, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils n'y sont pas allés de main morte. Je tiens très bien l'alcool, mais je sens déjà ma tête tourner. Liam a disparu je ne sais trop où et Kyle se tient à côté de moi et discute avec une fille. Je fixe tous ces gens qui se dandinent en rythme avec la musique et évitent les regards de plusieurs filles. Les notes flottent et tournoient autour de nous, et là, je revois Ariane au milieu de la piste, juste après le match de basket qu'elle a joué. Je la revois, elle et sa grâce quand son corps glissait sur le rythme, quand chaque geste enrobait une note différente. Je revois ses longues mèches bouclées bouger en suivant les mouvements de sa tête, le tissu de sa robe qui se froissait et se balançait au rythme de ses hanches. Je revois ses yeux fermés, à peine maquillés, et son sourire ravi alors qu'elle oubliait les gens qui l'entouraient, qu'elle oubliait sa défaite et le stresse de sa journée. Elle était belle. Elle ne faisait qu'un avec la musique, elle était belle.

Mes pensées dérivent et d'un seul coup, je réalise mon erreur. Je n'ai pas le droit de la laisser tomber. Quelque chose au fond de ma conscience se réveille et je réalise qu'au lieu de me soûler au fond de ce canapé, je devrais être en train de trouver un moyen de me faire pardonner. Je me lève, attrape un nouveau verre pour me donner du courage et quitte la fête en l'avalant cul-sec.

Arrivé devant chez elle, je titube jusqu'au portail et manque de peu de m'écrouler sur le sol en tentant de l'enjamber. Je contourne tant bien que mal la maison et me traîne jusqu'à son balcon. J'attrape un caillou et vise sa fenêtre. Je la loupe d'au moins un mètre et recommence en me maudissant d'avoir bu. Je retente encore et encore, mais elle n'ouvre pas. Je tente de l'appeler, je lui envoie des textos, mais rien n'y fait. Je me dis qu'elle doit dormir et tente avec un caillou beaucoup plus gros. Ce dernier s'écrase avec un boum sonore sur la fenêtre et quelqu'un sort l'air profondément agacé.

- Daemon, si je t'attrape, je te tue.

- Ariane ?

- Loupé ! La chambre de ma sœur, c'est à côté !

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