Troisième chimio. De retour à l'hôpital en mode martienne. Une fois que j'ai franchi les portes de l'établissement, je n'ai aucun problème à me montrer tel que je suis. Je me sens même bien sans mon bonnet à l'hôpital car c'est le seul endroit où je peux l'enlever sans craindre le regard des autres. Je commence également à m'habituer au rituel qui précède chaque cure : prise de sang deux jours avant, prémédication en prévention des nausées le jour même et les deux jours qui suivent, entretien le jour J avec un médecin :
« Comment vous sentez vous ?, me demande l'oncologue aujourd'hui
- J'ai maigri mais j'ai de la marge de toute façon car je ne suis pas très mince de nature
- Il ne faut pas que vous perdiez trop de poids car vous devez être en forme pour faire de la chimiothérapie
- Vous savez, ce n'est pas évident. Les traitements sont très lourds, je n'ai plus faim alors comment voulez-vous que je fasse ? Je mange car j'y suis obligée mais les aliments n'ont plus le même goût, voir n'ont plus de goût du tout. J'ai même parfois l'impression d'avoir du métal dans la bouche et je n'ai plus cette sensation de faim, elle a complètement disparu, c'est très étrange. J'ai aussi eu des aphtes car je n'ai pas bien suivi le traitement que vous m'aviez prescrit. Tout ceci faisant qu'à un moment donné, je ne pouvais plus rien ingurgiter, rien du tout car je souffrais trop
- Je comprends
- J'ai vraiment hâte que cela se termine
- Ecoutez, j'ai eu votre prise de sang, c'est bon pour moi, vous pouvez suivre votre troisième chimiothérapie, on se revoit dans 3 semaines. Allez encore un peu de courage et vous en aurez fini avec ce protocole ».
J'appréhende tellement l'arrivée des effets secondaires qu'après chaque cure je m'engouffre dans les transports en commun pour rentrer. Une fois chez moi, je décide cette fois-ci d'avaler un autre médicament pour compléter mon dispositif anti-nausée (si je compte bien, entre celui que j'ai pris avant la chimio, plus l'injection d'anti-vomito à l'hôpital, plus l'anti-nauséeux plus puissant, plus ce dernier, ça fait quatre au total). Une heure plus tard, je commence à avoir la nuque raide et ma tête exécute des mouvements incontrôlables sur le côté droit. Par chance Julien revient du travail et me retrouve allongée sur le lit :
« Appelle l'hôpital, lui dis-je alors
- Qu'est-ce que tu as ?
- Chai la tête qui se bloque su le côté et je peux pu m'essprimer
- Pourquoi tu me parles comme cela ?
- Je fais pas esspres, j'arrive pu à parler normalement ».
A ce moment-là, je ne maîtrise plus non plus l'usage de la parole, c'est comme si mon cerveau ne voulait plus que je parle correctement.
Affolé, Julien contacte Louise qui veut me parler :
« Qu'est-ce qu'il y a Camille ?
- Je chai pas, te laich, je pu pas m'essprimer », lui dis-je, ma tête ayant toujours une forte tendance à s'incliner sur la droite.
Julien compose alors le numéro d'urgence de l'hôpital. Un médecin à l'autre bout du fil, ne lui est pas vraiment d'une grande aide. Il décide alors d'appeler un médecin urgentiste à qui il décrit mes symptômes :
« Sa tête se bloque sur le côté droit et elle n'arrive quasiment plus à s'exprimer ou alors avec beaucoup de difficultés. Pourriez-vous passer la voir en urgence ? »
Alors qu'il raccroche, il tente de me rassurer :
« Quelqu'un arrive d'ici peu Camille, tiens bon
- Merchi ».
Trente minutes s'écoulent, toujours personne. Allongée sur le lit, je demande à Julien de rappeler le praticien car la douleur devient de plus en plus insupportable. J'ai vraiment l'impression d'être dans un film d'horreur et je me demande si ma tête ne va pas bientôt effectuer une rotation à 360 degrés. A cet instant précis, je me dis même que mon corps est peut-être en train de me lâcher et que cette chimio aura été la cure de trop. Quelques minutes plus tard, fort heureusement, la sonnerie de l'interphone retentit indiquant l'arrivée du médecin. Il a tout de suite su ce qu'il m'arrivait dès que Julien lui a indiqué ce que j'avais pris. Pour lui, l'un des médicaments m'aidant à lutter contre les nausées entraîne parfois des effets indésirables neurologiques. Et c'est le dernier médicament que j'ai pris qui a provoqué cela. Il me prescrit alors un nouveau médicament qui va annuler ces effets indésirables. Selon lui, tout sera rentré dans l'ordre demain matin. Puisse-t-il dire vrai...
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RastgeleJe m'appelle Camille et en août 2015 à 41 ans, j'apprends que je suis atteinte d'un cancer du sein agressif de grade 3, un cancer que l'on ne savait pas soigner il y a 15 ans. Cette maladie je vais devoir la combattre avec des traitements lourds dur...