11 novembre 2015

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Le cancer est une épreuve pour le malade et ses proches. Dans mon cas Julien est la personne la plus exposée. Même s'il ne subit pas directement les effets secondaires de la maladie, je sais que c'est difficile pour lui aussi. Pour décompresser nous sommes partis tous les deux dans le sud ouest. Cette escapade loin de Paris nous permet de souffler un peu avant ma deuxième cure de chimio. A notre arrivée à Biarritz il y a 2 jours mes cheveux se portaient encore bien. Ce matin, je remarque qu'ils se sont fragilisés car lorsque je les touche, ils sont inertes, sans vie. Dès que je passe la main dans mes cheveux, c'est la catastrophe car des touffes me restent entre les doigts. Du coup je n'ose plus les laver, ni les coiffer. Ni même bouger la tête. A l'hôtel où nous logeons, je tente de les sauver en posant une serviette remplie de glaçons sur ma tête. J'avais lu un article sur une femme qui avait fait cela pendant sa chimio : le froid avait retardé leur chute et ils n'étaient pas tous tombés visiblement. Dans mon cas rien n'y fait car je continue de d'en retirer constamment de mes épaules. Que faire ? Le mieux c'est de ne plus les toucher et de prier pour qu'ils ne tombent pas tous d'un coup. Dans l'avion qui me ramène à Paris, je n'ai qu'une hâte : rentrer pour en finir avec cette chevelure. Une fois chez moi, je décide de les laver et ce que je redoutais tant, se produit : définitivement privés d'oxygène, ils tombent par mèches entières alors que je tente de les rincer. En sortant de la douche, mon reflet dans le miroir est à limite du supportable car j'ai des cheveux sur les deux côtés de la tête et le dessus du crâne un peu dégarni.
« Je te préviens, c'est très laid, j'en ai perdu », dis-je à Julien alors que je me présente devant lui pour qu'il voie mon « nouveau look ».
Il me regarde et sourit :
« Tu ressembles à l'un des héros de « Retour vers le futur », le docteur Emmett Brown, tu sais le fameux Doc
- Merci pour la comparaison. En même temps, foutu pour foutu autant dédramatiser. Si on m'avait dit un jour que je perdrai mes cheveux de cette manière, je ne l'aurai pas cru...
- Ils vont repousser, ne t'inquiète pas, c'est provisoire
- Je le sais mais cette déchéance physique est difficile à vivre. C'est quoi la prochaine étape, je vais perdre un bras, une jambe ?
- Ne dis pas ça, ce n'est pas vrai
- De toute façon, je m'y attendais, ce n'est pas comme si je ne le savais pas. De toute façon je ne suis pas encore décidée à me raser la tête, j'attendrai demain matin pour le faire
- Je comprends mais ça va aller ne t'inquiète pas. Ils vont repousser », me dit-il tout en m'embrassant ».
Dans un souci de préservation, je décide ce soir-là d'éviter tous les miroirs de l'appartement et d'attendre encore un peu avant de me raser la tête. Qui sait, si cela se trouve, leur chute va s'arrêter là...  

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