16 septembre 2015

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Mon corps n'a plus aucun secret pour la science après le nombre d'examens que je viens de passer. Dieu merci c'est terminé et je vais enfin pouvoir être opérée aujourd'hui. Hier on m'a administré un produit (encore un !), qui doit se fixer sur le premier relais ganglionnaire du sein, c'est-à-dire les ganglions du creux de l'aisselle. Pendant l'opération le chirurgien effectuera un repérage et un prélèvement de ces ganglions. Leur étude est nécessaire pour connaître la progression du cancer. S'ils sont indemnes, cela permettra d'éviter leur ablation. Tout ce qu'il me reste à faire, c'est prier et espérer que mes petits ganglions aillent bien. Le côté positif de cette opération c'est que la chirurgie ambulatoire permet de raccourcir l'hospitalisation à une seule journée. Si tout se passe bien, je serai chez moi ce soir.
A mon arrivée en chirurgie, on me demande de revêtir une tenue de bloc et de patienter dans une première salle d'attente, puis dans une autre salle où je retrouve d'autres femmes. Nous ne nous connaissons pas mais chacune d'entre nous ressent le besoin de se confier et de raconter son histoire avant d'affronter le bistouri :
« Je suis ici pour une récidive, m'annonce l'une d'entre elles, en pleurs
- Ah oui....
- Oui, c'est mon autre sein qui est malade 2 ans plus tard
- Moi, c'est mon premier cancer du sein, je vais suivre des séances de rayons mais pas de chimiothérapie
- Vous avez de la chance, moi je n'y coupe pas à la chimio », lui dis-je alors
C'est alors que j'entends mon nom :
« Madame O.
- Oui
- Venez avec moi ».
Une personne me conduit alors jusqu'à la salle d'opération où je m'allonge sur un lit. Qu'est-ce qu'il fait froid. Je n'aime pas cela. Je ne sais pas si vous vous êtes déjà fait opérer mais vous avez vraiment l'impression d'être dans un gigantesque frigo. L'anesthésiste me salue, tout en saisissant ma main pour préparer la perfusion intraveineuse. Ça tombe bien car je suis accro à l'anesthésiant et à son rapide pouvoir d'endormissement. Shootez moi, vite et bien monsieur s'il vous plaît. J'aperçois ensuite le chirurgien que je salue également. Quelques minutes plus tard, on m'injecte le produit anesthésiant et je finis par m'endormir en moins de 10 secondes. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé lorsque je suis transférée dans la salle de réveil pour la surveillance post-opératoire. Les yeux mi-clos, je distingue alors d'autres lits autour de moi, et notamment celui sur lequel un enfant est encore endormi. Il ne doit pas avoir plus de 5 ou 6 ans. Ce qui nous réunit, lui et moi, c'est le cancer, une maladie qui ne fait pas de différence d'âge. Dès que mon état le permet, je suis rapatriée dans une chambre à un étage supérieur où je retrouve Julien, qui est à mes côtés durant cette journée si particulière. Peu de temps après, je reçois la visite de deux infirmières :
« Sur une échelle de 1 à 10, à quel niveau se situe votre douleur ?, me demandent-elles ?
- 6, je dirais car j'ai du mal à respirer à cause de cette énorme bandage qui me comprime les seins
- On va vous l'enlever et le refaire pour que vous vous sentiez mieux ».
Mon pansement retirée, je m'aperçois que mon sein droit ne présente pas d'œdème. Tant mieux. Histoire d'évacuer mon trop plein d'énergie, je décide de faire quelques pas une fois qu'elles ont terminées de refaire mon bandage.
« Calme toi, me dit Julien
- Je n'y arrive pas, je suis comme un lion en cage ici, je n'ai qu'une envie c'est de quitter cet hôpital ».
Durant mes allées et venues dans le couloir, je croise un autre homme qui patiente, sa femme n'étant pas encore remontée de la salle de réveil. Une fois mon exploration terminée, je rejoins ma chambre. Quelques minutes plus tard, le médecin passe me voir.
« Votre sein va bien, me dit-il. D'ici peu vous pourrez rentrer chez vous
- Bonne nouvelle, je peux vous poser une question ?
- Oui bien sûr
- Je me suis renseignée sur mon cancer qui est de type HER2 + et j'ai cru comprendre que vous ne saviez pas le soigner il y a 15 ans n'est-ce pas ?
- Disons qu'il était de moins bon pronostic mais l'arrivée de l'immunothérapie a complètement révolutionné son traitement
- Merci à la science donc
- Oui effectivement, je dois vous laisser ».
Pressés, ils sont toujours pressés ces médecins. Ils ne prennent jamais le temps de vous écouter. Pourtant parfois, on aimerait pouvoir parler plus longuement avec eux, ne serait-ce que pour pouvoir leur poser des questions. C'est humain non ?
Une heure plus tard, j'obtiens enfin le feu vert pour rentrer chez moi. Quel soulagement au moment de franchir les portes de l'hôpital. Ça y est je suis enfin débarrassée de cette tumeur, pour de bon. Quel bonheur. Tout d'un coup je me sens plus légère. Vraiment. Je flotte. Comme ça fait du bien...  

A quel prix ?Où les histoires vivent. Découvrez maintenant