-18 janvier 1645-
- Amenez-moi la robe, je vous prie, je murmure aux servantes.
Elles abaissent la tête et se retirent. Je me regarde tristement dans le miroir. Que de larmes versées... Dehors, il neige. Je prends une brosse, tremblante, et commence à me coiffer. Les servantes ne tardent pas à arriver. Je me relève et les laisse me l'enfiler. Quelle journée pour un enterrement...
On toque à la porte.
- Qui est-ce ?
- Marguerite, résonne sa petite voix.
- Entre.
La jeune fille pénètre dans la pièce, les cheveux en bataille. Elle se courbe et relève la tête vers moi.
- Madame, je voudrais savoir au sujet de vos filles. Se rendent-elles également à l'enterrement de la Reine ?
- Tu n'y penses pas, il neige. Je refuse de prendre le risque qu'il leur arrive quoi que ce soit ! Alors... je compte sur toi pour les garder bien au chaud, à l'intérieur. Merci, Marguerite, tu peux disposer.
- Bien, madame.
Elle sort. Les autres continuent de m'habiller puis me coiffent. À la fin, je ressemble à une petite poupée en porcelaine. Je souris en pensant que c'est ce qu'aurait voulu Aréna. Au fond, je l'aimais vraiment beaucoup... J'ignore si Simon est aussi triste qu'il le prétend. Je tente de passer outre cette question torturante et prends un sombre collier que j'attache autour de mon cou.
- Eléonore ! Que fais-tu ? Le cortège t'attend ! lance Léonard en entrant dans ma chambre.
- Oui... Pardon, je me préparais. Allons-y, je balbutie en me levant de ma chaise.
Nous arpentons rapidement les couloirs et descendons les escaliers.
- Simon m'a demandé de te prévenir..., enchaîne Léonard.
- A quel sujet ?
- Aréna... Il ne faut surtout pas que la France sache que c'est elle qui a mis fin à ses jours. C'est un grave péché, et si cela venait à se savoir, un procès serait lancé contre sa famille, autrement dit, nous. Car ce qu'elle a commis est considéré comme bien pire qu'un homicide... Elle a non seulement porté atteinte à sa vie mais également à son âme.
Je l'arrête d'un revers de main et me tourne lentement vers lui.
- Et comment comptez-vous faire pour cacher son suicide ? lui dis-je, d'un ton empli de froideur.
- Eh bien... Nous..., commence-t-il, hésitant.
- J'espère fortement que ce n'est pas ce que je crois...
- Hélas, nous n'avions d'autre choix. Il faut faire passer cela pour un meurtre aux yeux de tout le monde.
- Mais, vous avez besoin d'un coupable pour un meurtre... Vous... Vous allez faire exécuter un innocent ?!
- Non, Simon a choisi avec soin un homme ayant déjà plusieurs meurtres sur la conscience. Il était au château cette nuit-là... Cela tombe parfaitement bien.
- Cela n'empêche en rien qu'il est innocent dans cette affaire !
- Il mérite la mort, c'est tout.
- Comment allez-vous lui faire avouer un meurtre qu'il n'a pas commis, dis-je en reprenant la marche.
- Par la torture.
- Et le mobile ?
- Aucune importance tant qu'il ne nie pas.
- Vous êtes ignobles !
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Secrets Royaux
Historical FictionFrance, 1642. Le royaume fait faillite à cause d'une guerre perdue... À cette époque, les mariages arrangés sont de coutume alors c'est la solution que l'on juge la plus raisonnable pour sauver la France. C'est malheureusement la cadette de la fami...
