Tempête de neige

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-21 janvier 1645-

Le paysage blanc défile sous mes yeux, au fur et à mesure que le carrosse avance. J'inspire l'air frais et m'en satisfais. Dans sa dernière lettre, Léon m'a signifié que je pouvais leur rendre visite dès que je le désirais. Alors, il y a quelques jours, je me suis empressée de lui écrire que je viendrai aujourd'hui. Je n'ai pas voulu prendre de risque quelconque alors Astrid et Héléna sont restées au château avec Marguerite. Des servantes m'accompagnent ainsi que quelques gardes. Le carrosse s'arrête enfin. Je sors et une bourrasque de vent retire quelques mèches de ma coiffure. Leur demeure est toujours aussi splendide depuis la dernière fois que je suis venue, il y a quatre mois. Une femme brune vient m'accueillir chaleureusement. Marianne.

- Eléonore ! s'exclame-t-elle. Nous ne vous attendions plus !

- Excusez-moi, la neige a quelque peu retardé le carrosse..., dis-je, gênée.

- Ne vous en faites pas, venez, entrez ! sourit-elle en me prenant dans ses bras. Antoine !

- Oui ? fait une petite voix.

- Tu viens dire "bonjour" ?

Le petit bonhomme s'approche de moi et sourit de toutes ses dents. Il prend ma main et la baise. Je souris devant tant d'attention et pose ma main sur ses cheveux.

- Tu as encore grandi, je me trompe ? dis-je tendrement.

- Maman dit qu'un jour, je la dépasserai...

- Oh, ça, je n'en doute pas ! dis-je en riant. Dis-moi, tu as quel âge, maintenant ?

- Bientôt trois ans.

- Antoine, poursuit sa mère, tu peux aller jouer avec Etienne, s'il est d'accord.

- D'accord ! s'écrie le garçon, en s'enfuyant.

Marianne me sert un peu d'eau et nous nous asseyons dans un canapé.

- Qui est Etienne ?

- Oh, un simple garçon d'écurie. Léon avait une affaire urgente à régler, il devrait arriver d'une minute à l'autre. Vous êtes venue seule ?

- Oui, le froid m'empêche de sortir avec mes filles.

- Cela ne m'étonne guère. J'ai entendu certains paysans dire qu'aujourd'hui aurait lieu une tempête.

- En êtes-vous sûre ?

- Oui, mais ce ne sont que des ragots de paysans, pas de quoi s'inquiéter. Sinon vous pourriez dormir ici...

- C'est gentil, mais je pense que je n'en aurai pas besoin.

La porte claque. Nous nous retournons et apercevons Léon. Sa femme vient l'embrasser puis il se dirige vers moi.

- Eléonore ! Comment vous portez-vous ? sourit-il.

- Parfaitement bien, mens-je. Et vous ?

- Très bien, mais ça pourrait aller mieux s'il arrêtait de neiger !

- Nous parlions justement de cela, poursuit Marianne. C'est dommage, les paysages sont si beaux en été, ici. J'aurais aimé vous faire voir les jardins ensoleillés... Lorsque vous êtes venue en septembre, il faisait trop sec et les fleurs étaient déjà fanées...

- Je reviendrai lorsqu'il fera bon, ne vous en faites pas !

Nous continuons la discussion et entamons le repas gaiement. Puis la question arrive...

- Comment se porte votre frère, le Roi ? demande Léon.

- Sa... sa femme, la Reine est morte.

- Quoi ?! s'étrangle la jolie brune.

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