"Je ne sais pas faire..."

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-21 mars 1646-

- Antoine, regardez-moi, je vous prie, j'articule en français, prenant son visage entre mes mains. Votre mère va rester quelques temps alitée. Cela ne durera pas mais nous aurions besoin que vous restiez sage pendant ces quelques jours. Je vais vous mener à un homme qui vous apprendra notre langue, au cas où votre séjour s'allongerait... 

- Bien, quand pourrai-je revoir mère ? murmure-t-il d'une voix tremblante.

- D'ici quelques jours, Antoine. Elle vous aime plus que tout et ne vous laissera jamais seul ici.

- Et mon père ? Où est-il ?

- Votre... votre père est très loin, mais vous serez un jour amené à le retrouver. Venez !

Je lui prends la main et le conduis au professeur Knutsen qui le guidera pendant les quelques jours où sa mère sera loin de lui. Marianne a soudainement été prise de fièvre et elle enfante sous peu, il a donc été convenu qu'elle serait isolée dans les sous-sols du château, sous les précieuses aides du médecin Vegard, le temps que la fièvre passe et que l'enfant vienne au monde.
Nous remontons les escaliers et atteignons la salle d'enseignement du professeur. Un garde posté devant la porte annonce ma venue et m'autorise l'accès à la pièce en ouvrant la porte.

- Votre majesté ! s'exclame alors le professeur Knutsen en se dirigeant vers nous, un sourire rayonnant plaqué sur le visage. Et... qui est ce jeune garçon ?

- Votre nouvel élève.

Il lève ses yeux vers moi, l'air embêté, avant de s'éloigner lentement. Il me fixe durement, un doigt sur ses lèvres, pensif.

- Vous m'en voyez navré, ma reine, mais je me vois dans l'obligation de refuser votre demande, lance-t-il enfin en considérant Antoine, d'un faible coup d'œil.

- Puis-je connaître la raison de ce refus ? je demande en m'approchant de lui, d'un air menaçant.

- Il se trouve que j'enseigne aux jeunes hommes plus âgés, déjà expérimentés et mes élèves sont déjà très nombreux... Cet enfant ne semble même pas savoir placer un mot après l'autre.

- Il est français. Je présume que vous ne sauriez pas non plus "placer un mot après l'autre" dans sa langue. 

- Je suis professeur au château royal de ce royaume, il me paraît incontestable que je parle la langue d'un royaume très influent en Europe. Enfin, là n'est pas la question, je suis navré mais je ne vous suis d'aucune utilité.

- Il s'avère que ce n'était pas une question mais un ordre. De votre souveraine. Je vous ordonne de prendre Antoine pour élève pour quelques jours et de lui apprendre la langue qu'est le norvégien. Je compte sur vous pour qu'il ne soit jamais seul et qu'au bout de la semaine, il sache distinguer le norvégien d'une autre langue. Soyez aimable avec ce garçon, il vient de perdre son père et n'est plus autorisé à voir sa mère. Est-ce assez clair, à présent ?

- O-oui, votre majesté, bafouille-t-il en baissant la tête.

- Bien, j'en suis ravie. Antoine, dis-je, m'adressant à lui en français, cet homme sera avec vous durant le court délai où votre mère demeurera absente et vous apprendra les traditions et coutumes de notre pays. Si vous manquez de quoi que ce soit, vous me faites appeler, je serai là.

- Merci, dit-il en me regardant profondément.

Je le fixe quelques instants et sors de la pièce, l'air résigné. Je me rends ensuite dans les sous-sols du palais. Je suis menée au chevet de Marianne.

Son regard semble trouble et ses mains tremblent faiblement maintenant fermement les draps de son lit. Sa respiration est saccadée et et sa tête est soutenue par un oreiller épais recouvrant le haut de la couche.
Une fine pellicule de sueur recouvre son visage, son buste et elle sursaute en me voyant pénétrer dans la chambre.

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