Chapitre 9 partie 2

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   Kyle me fixe, dans l'expectative, ses yeux plus perçants que jamais. Mon dilemme est cornélien. Accepter sa proposition et passer la soirée, juste cette soirée, avec lui, pour ne rien regretter, ou refuser net, et couper court à cette idylle éphémère. Quelque soit mon choix, j'en pâtirai. 

Je m'entends répondre, d'une toute petite voix, le regard toujours accroché au sien:

– D'accord.

Alors, il m'embrasse encore. D'abord tendrement, et plus il prolonge sa rédemption, plus il se fait fougueux. Et je ne peux que le suivre, enivrée par ces mouvements envoûtants.

Après ces minutes exquises, où sa bouche mange la mienne avec ferveur et délice, nous nous écartons finalement, les yeux brillants. Il m'enlace un peu plus, je pose ma tête contre sa poitrine, et de là où je me trouve, je peux voir la Seine. Nous sommes toujours debout sur les gradins du petit amphithéâtre de béton. Celui-ci est accroché au fleuve, son arène ouverte sur l'eau, prête à nous laisser plonger dans le courant pour rejoindre les péniches aux lumières aveuglantes, dans le crépuscule.

– Tu es déjà venu ici le week-end? je lui demande.

– Non, jamais. Pourquoi?

Je sens sur ma joue sa poitrine tiède vibrer lorsqu'il parle.

– Les gens viennent danser le tango ou la salsa. Il y a une ambiance folle parfois.

Je le regarde tendrement, et ajoute:

– En tant que touriste américain, il ne faut pas que tu loupes ça. Ca fait partie du patrimoine parisien.

Il laisse échapper un rire léger et spontané.

– Alors si ça fait partie du patrimoine! Je surlignerai ça dans mon Lonely Planet* dès que je rentre chez moi.

On reprend notre chemin, longeant encore un peu les quais, et puis nous finissons par remonter sur le pont pour nous diriger, sans vraiment y faire attention, vers la place de la Bastille. Sur le chemin, nous nous achetons une bière chez un épicier.

– Ca, c'est un truc de dingue, s'exclame Kyle, en regardant sa bouteille.

– Je ne veux pas te vexer, mais je crois quand même qu'il y a meilleur qu'une Heineken.

Il rit, et m'explique:

– Non, tu sais, en Californie t'as pas le droit de marcher dans la rue avec une bouteille d'alcool. Ni dans le reste des Etats-Unis d'ailleurs.

– Tu blagues? dis-je sidérée.

– Non, non, je t'assure. Rien que là, je peux pas m'empêcher de regarder partout s'il y a des flics, par habitude.

Je glousse, et remarque en effet une petite étincelle d'inquiétude dans ses yeux, alors qu'il inspecte les environs. C'est incroyable cette histoire. Les lois sont si différentes ici et là-bas. Je ne savais pas que les Etats-Unis étaient aussi stricts au niveau de l'alcool.

– Oh, le truc juste impossible à imaginer à Paris. Il y aurait une révolution si ce genre de loi devait passer, c'est sûr.

– Ou une grève. Il y a toujours des grèves ici.

Je prends mon air le plus faussement offusqué possible, avant de lui répondre.

– Ah ouais?!? Si tu veux glisser sur le terrain des clichés, je peux en trouver des sympas aussi pour tes compatriotes nourris exclusivement au fast-food et au poulet aux hormones.

Et nous continuons à nous taquiner, à discuter, à nous confier parfois aussi, tout en n'omettant pas de nous embrasser souvent, souvent. Et je ne m'en lasse pas, j'en voudrais encore, et encore. Sentir ses lèvres délicieuses, sa langue autour de la mienne qui en redemande, ses mains le long de mon dos frissonnant, les miennes agrippant son torse, ses bras, ses cheveux noir de jais en bataille.

Dans tes RêvesDes histoires addictives. Découvrez maintenant