Ces retrouvailles avec Kyle sont aux antipodes de ce à quoi je m'attendais. Il me rejette, puis vient se perdre en moi me suppliant de le rassurer sur mes sentiments à son égard, pour ensuite chercher à m'effrayer avec des propos délirants.
Pourquoi se compare-t-il à Valentin ? Je sais très bien qu'il n'a rien à voir avec lui. Il est même son exact opposé. Et maintenant ? Qu'en est-il de nous deux ? Je suis tétanisée à l'idée de le perdre. Et cela ne m'aide certainement pas à prendre les bonnes décisions.
J'ai pourtant tenu bon et ne l'ai pas appelé après cette soirée déroutante et son comportement irrespectueux envers moi. A mon grand soulagement, il m'a contactée après trois longues journées bien trop silencieuses pour me proposer un rendez-vous. Mais le ton qu'il a employé est loin d'avoir dissipé mes inquiétudes.
Aussi, au lieu d'aller nous entraîner en ce samedi après-midi comme nous avions pris l'habitude de le faire, nous allons nous retrouver au même endroit, à l'orée du bois de Vincennes, afin d'avoir enfin une vraie conversation. Il faut qu'il m'explique. Mais surtout, je garde au fond de moi cette impression qu'il a besoin d'aide.
Je suis assise sur un banc en face du lac Daumesnil, un peu en retrait. En ce mois de janvier, les arbres dénudés couplés au léger brouillard donnent un aspect sombre, presque ténébreux à l'île que j'entrevoie au milieu de l'étendue d'eau. Celle-ci est gelée par endroit, mais cela n'empêche pas quelques cygnes et canards de s'y baigner. Rien qu'à les regarder, un frisson me parcourt alors que je m'imagine dans cette eau glacée. Tout en enfouissant mes mains dans le duvet chaud de mes poches, je jette un oeil autour de moi afin de voir si Kyle est dans les parages. Mis à part quelques joggeurs et promeneurs motivés malgré le mauvais temps, les allées de graviers cheminant autour du lac sont quasiment désertes.
Je l'attends, à la fois impatiente et anxieuse. Je ne peux endiguer l'appréhension que je ressens au devant de cette discussion. Va-t-il de nouveau chercher à me blesser ? Je ne peux même pas préméditer ce que je pourrais lui dire, ne sachant absolument pas ce à quoi je dois me préparer.
De loin, je remarque enfin sa silhouette longiligne s'avancer nonchalamment vers moi. Chaque pas en ma direction me donne pourtant l'impression que c'est une distance supplémentaire qui s'immisce entre nous. Je distingue petit à petit les traits tirés de son visage, son air vide. Pas une once de quiétude ne le parcourt.
Lorsqu'il arrive auprès de moi, il bredouille un bref salut, un tressaillement sur les lèvres ressemblant à un léger sourire, et s'assied à l'autre extrémité du banc. Il se penche en avant pour planter ses coudes sur ses rotules et entremêler ses doigts devant lui, son regard perdu sur le lac en face de nous. L'eau paraît grise, la masse nuageuse qui pèse sur nos têtes s'y reflétant à la surface.
— Ecoute, finit-il par dire, je suis désolé Alice. Désolé si je t'ai esquivée ces dernières semaines. Toute cette merde dans laquelle je suis plongé en ce moment... Ca m'a fait réfléchir.
Je sais déjà ce qu'il va ajouter. Même si je refoulais cette éventualité, j'ai compris ma sentence avant même son arrivée. Il laisse passer un temps qui me paraît une éternité avant de me déclarer :
— Il vaut mieux... qu'on s'arrête là.
J'avais beau m'y être préparée, ses mots me foudroient. Je suis incapable de répliquer. J'ai pourtant tant de questions qui bousculent ce qui me reste de raison. Pourquoi ce changement à cent quatre vingt degrés ? Que lui arrive-t-il ? Me rejette-t-il vraiment ou tente-t-il de se protéger ainsi ? Les larmes me montent aux yeux en un instant. J'agrippe le bord rugueux du banc à m'en écorcher la peau afin de les contenir, et trouve la force de déclarer d'une voix chevrotante :
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Dans tes Rêves
RomansaAlice est en deuxième année à l'université, à Paris. Entre la fac, le travail, et sa passion, elle n'a ni le temps, ni l'envie de se laisser aller aux plaisirs de la vie étudiante. Elle a un rêve à accomplir et elle s'en donne les moyens. Pourtant...
