Le mur d'eau coulait à flots sur Ceres, si froid qu'il la faisait frissonner. Alors qu'il l'inondait, elle eut la sensation qu'il la débarrassait d'une sorte de blocage ou de barrière et laissait s'ouvrir quelque chose en elle, comme une fleur.
Elle avait réussi la mise à l'épreuve des insulaires. Elle avait appris les leçons qu'ils avaient voulu qu'elle apprenne. A l'instant même, elle entendait à l'arrière plan le murmure de l'île pulser comme une créature vivante. L'espace d'un instant, son propre pouvoir répondit avec sa propre pulsation et sa force était telle que Ceres ne pouvait plus se concentrer.
Seule la voix d'Eoin la ramena à elle-même et lui permit de voir qu'elle était dans un tunnel en pierre qui descendait brusquement en formant une longue spirale. Elle ne pouvait dire si c'était naturel ou si l'endroit avait été sculpté par les mains des insulaires.
“Par ici”, dit Eoin. Ceres le vit, pas très loin devant elle.
Elle le suivit dans le tunnel en se laissant guider par la faible lumière du soleil qui semblait comme réfléchie par les murs. Le tunnel tournait dans les sens et, bientôt, Ceres ne sut plus s'ils étaient encore sous la ziggourat ou à un tout autre endroit.
Devant elle, Ceres pensa voir un carré de lumière naturelle sur laquelle Eoin détacha brièvement sa silhouette lorsqu'il quitta le tunnel. Ceres le suivit et traversa un autre rideau d'eau qui sembla n'être qu'un filet par rapport au précédent.
Elle arriva sur un sol herbeux, dans une dépression géante en forme de bol. Des arbres pendaient par-dessus le bord à des angles quasi-impossibles, surplombant le vide en s'accrochant au roc. Ceres se prit à se demander combien de ces arbres étaient des habitants de la forêt qui avaient succombé à la malédiction.
Il y avait là des gens de la forêt qui allumaient un feu de joie d'un côté de l'espace dégagé avec du bois flottant et des chutes. Il y en avait d'autres qui disposaient de la nourriture et des boissons, visiblement occupés à préparer un festin de fruits de la forêt et de poisson côtier.
“Nous allons célébrer l'acceptation de ton pouvoir”, dit Eoin.
“Et ensuite ?” demanda Ceres.
Eoin tendit la main pour que Ceres la prenne. “C'est à toi de décider. Tu peux rester avec nous aussi longtemps que tu le souhaites. Tu peux retourner te battre contre l'Empire. Tu peux aussi choisir autre chose si tu veux. Nous t'aiderons quel que soit ton choix.”
Au centre exact de la dépression en forme de bol, il y avait ce qui ressemblait à un anneau de poteaux en bois qui entourait un socle. Cependant, quand Ceres se rapprocha des poteaux, elle y vit des yeux qui bougeaient même si les poteaux, eux, ne bougeaient pas.
“Lors des dernières étapes avant qu'ils succombent complètement à la malédiction, les nôtres sont plus que jamais reliés à la jungle”, dit Eoin. “Ils voient des choses que les autres ne voient pas. Nous venons ici pour prendre les décisions les plus importantes.”
Ceres entra dans le cercle avec lui, se sentant observée par les yeux. A présent, les gens de la forêt étaient rassemblés autour d'eux et leur feu de joie brûlait à l'arrière plan.
Il y avait un bol sur le socle. Eoin le souleva et le lui offrit. Le contenu du bol avait une odeur sucrée et l'air collant. Eoin le mit dans les mains de Ceres.
“Si tu acceptes la force qui vit en toi, bois. Bois et vois.”
“Boire pour voir quoi ?” demanda Ceres.
Eoin ouvrit les mains. “Tout.”
Elle prit le bol, en goûta le contenu puis le but rapidement en entier. Aucune des personnes présentes n'allait essayer de lui faire de mal, ou alors, ce serait de la façon rude et agitée qui a toujours cours en matière de combat. Quand elle but, elle constata que la boisson était collante et épaisse et avait le goût des baies sucrées et de la sève des plantes de la jungle.
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La Cité De Délos(Tome 1)
FanfictionCeres,17 ans, fille pauvre et belle de Delos, cité de l'Empire, mène la vie dure et impitoyable d'une roturière. Le jour, elle livre les armes forgées par son père au terrain d'entraînement du palais, et la nuit, elle s'entraîne secrètement avec eux...
