Chaque jour, je me remets à l'ouvrage, et chaque jour, il y a encore plus à faire que le jour précédent. Nous ne terminerons jamais. Si nous y parvenons, ce sera un miracle.
Mais la tâche est plus ardue encore pour moi, qui suis Pénélope ; je dois non seulement achever le projet, mais aussi, le saboter.
Wos Koppeling, Journal
Tirer. Se remettre à l'abri. Recharger. Se relever. Tirer. Se remettre à l'abri. Recharger.
Depuis quelques minutes, la commandante Ineke Lauwer était devenue une machine, une horloge dont le tic-tac était un coup de feu toutes les dix secondes. Les impériaux n'avaient pas atteint la muraille, mais le vent poussait sur eux des bouillons de fumée et de poussière, et il était impossible de dire précisément jusqu'où ils avaient avancé. Lauwer aurait pu aussi bien tirer dans le vide pour effrayer les pigeons.
Une munition roula à ses pieds. En la ramassant, elle remarqua que son aide, Akster, était recroquevillée à l'abri des créneaux, les poings crispés, tremblante. Elle ne faisait pas le moindre mouvement. Lauwer crut qu'elle avait été touchée et se traîna jusqu'à elle.
Quand sa main se posa sur son bras, Akster tressaillit.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
— Je suis désolée, commandante. Je suis désolée... »
Elle avait des gouttes de sang sur le visage, et juste derrière elle, un homme abattu était étendu en travers du chemin de ronde. Il était mort sous ses yeux et ce n'était pas beau à voir.
« Excusez-moi, murmura Akster en cherchant du regard le fusil qu'elle avait laissé tomber. Je vais bien. Je reprends mon travail.
— Non. Vous n'êtes pas en état. Nous ne manquons pas de personnel. Je veux que vous descendiez de la muraille. »
Son yeux s'écarquillèrent.
« Mais je dois rester pour me battre, plaida-t-elle. Vous n'avez plus besoin de moi ?
— Descendez. C'est un ordre. Disons... allez faire un rapport au lieutenant Tilburg, et dites-lui de nous ramener toutes les munitions dont il dispose. C'est compris ?
— Compris, commandante. »
Akster allait se lever pour saluer et Lauwer l'en empêcha d'un geste sec. Avec un air penaud, la garde se glissa vers une échelle, oubliant pêle-mêle son arme et le corps étalé plus loin. C'était le seul mort sur le chemin de ronde. Plus bas, les gardes avaient commencé à combler les deux brèches dans la muraille au moyen de divers obstacles, empilements de pierres et de brique, poutres et caisses de bois.
La commandante constata que les éclats de pierre avaient cessé de sauter sur les créneaux.
« Cessez le feu ! ordonna-t-elle. Et faites-moi un rapport sur la situation. Est-ce que quelqu'un sait où ils sont ? »
Le crépitement des fusils s'interrompit, et pendant un instant, les gardes d'Istrecht penchèrent des regards inquiets hors de leurs cachettes.
Un galop se rapprochait d'eux, et quand la fumée s'écarta enfin, ce fut pour révéler un Fulbert en armure de Paladin, qui agitait des bras en criant « ne tirez pas ». Une balle involontaire se heurta à l'écran cristallin qui le protégeait, et ce cri se mua en « arrêtez de tirer », suivi d'une sélection de jurons qui disparurent heureusement dans le vent et la poussière.
Le groupe de Paladins passa en trombe par la porte éclatée, piétinant une partie des sacs de sable installés par les Gardes. Fulbert sauta de cheval à la première occasion, et ledit cheval s'en rendit à peine compte, et continua de trottiner avec le reste du groupe en direction d'un repos bien mérité.
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Mû
Ficção CientíficaAprès cinq cent ans passés à veiller les ruines de la Terre, l'Ase Morgane est appelée en mission sur Avalon. Mais le monde errant, refuge des espoirs de l'humanité acculée, a bien dévié de sa route. Les administrateurs du système sont introuvables...
