46. Ce qui doit être fait

20 7 5
                                        


Mon plan est en place.

Le statut de Super-Administrateur a été créé.

J'ai vérifié la programmation de l'Ase P-103.

D'ici une ou deux semaines, les membres du projet émigreront dans la Simulation. Ils ne peuvent pas plus attendre – nous manquons d'eau et de vivres.

J'espère que Mû me pardonnera.

Wos Koppeling, Journal


Le soleil se couchait déjà lorsque Siegfried entra à Kels pour la seconde fois.

Si quelques semaines plus tôt, il voyageait léger pour passer inaperçu aux yeux d'éventuels Paladins, cette fois une dizaine de cavaliers remuèrent la terre battue tandis que les fenêtres se fermaient à leur passage.

« Nous devons nous arrêter pour la nuit » proposa un capitaine, le plus haut gradé humain qui accompagnait Siegfried dans ce voyage.

Le chevalier entrouvrit la visière de son casque insectoïde et observa les étoiles qui commençaient à s'installer dans le ciel.

« Je n'ai pas envie d'attendre » grommela-t-il en éperonnant son cheval.

Les soldats impériaux le poursuivirent jusqu'aux premiers arbres. Ils connaissaient la Forêt Changeante de réputation, et leurs visages blancs d'inquiétude, que Siegfried trouvait tous identiques, se figèrent quand il entra dans l'ombre des branches tortueuses.

« C'est trop dangereux, messire ! l'implora le capitaine.

— Pour vous, oui. Vous attendrez mon retour ici. »

Siegfried se tourna à demi sur sa selle, tandis que son cheval avançait en ligne droite à un rythme de corbillard. Il ouvrit les fontes et récupéra ses pierres de Sysade, au nombre de cinq, de la taille de bâtons de dynamite. Il les cogna les unes contre les autres pour libérer leur lumière, en prit une en main en guise de flambeau. Sa lueur froide figea les ombres et les fit reculer de plusieurs mètres.

Les quatre pierres restantes flottaient autour de lui comme de bons génies. Il réfléchit aux manières de les assembler ; mais Siegfried, dont la vie se bornait à obéir à Lennart, n'était pas très imaginatif. Il colla les cristaux deux par deux, les affina en fines lames d'un mètre et demi, au tranchant impeccable, et enfin, leur imprima un mouvement de rotation si rapide qu'elles devinrent deux disques lumineux.

Un tunnelier.

À son passage, les troncs éclatèrent en copeaux poussiéreux. Les branches se brisèrent, et leurs ombres prirent d'étranges positions transitoires, comme si les arbres se tordaient de douleur. Le lierre, les lianes et les lichens tourbillonnaient parfois en s'accrochant aux lames tourbillonnantes, avant de se fendre en milliers de fragments visqueux d'un centimètre de longueur au maximum. Un broyat de mousse et de sciure coulait sur le chemin tracé par Siegfried, et les sabots de son cheval s'y enfonçaient comme dans une flaque de boue.

Par-dessus le sifflement régulier des lames, il crut entendre une série de craquements discrets derrière lui ; sans hésiter, il ramena le disque à lui, dispersant cinquante mètres carrés de Forêt Changeante. Il ressentit un choc dans son bras, comme s'il tenait la lame en main, et non à distance ; elle avait rencontré quelque chose de plus dur que le bois. Peut-être un rocher. Peut-être un Creux. Peut-être l'armure d'un soldat qui avait essayé de le suivre. Tant pis pour eux.

Plus tard, les Changeants s'approchèrent de lui. Mais ils n'avaient rien à dire qui pût le faire dévier de sa route, et après avoir ignoré les visages interrogatifs qui poussaient dans les buissons comme des bulbes grotesques, Siegfried les força en reculer en poussant ses scies circulaires de quelques mètres.

MûDes histoires addictives. Découvrez maintenant