"On peut tout fuir, sauf sa conscience."
Stéphane Théri
Lamine
Je me trouvais à la plage, assis sur le sable humide, regardant l'horizon où le ciel se mêlait à l'eau. La brise marine caressait mon visage, mais je ne sentais rien. La situation me dépassait.
J'étais là, perdu dans mes pensées, essayant de me reconstruire avec des "si".
Et si j'avais accompagné Bintou au village? Peut-être que tout aurait été différent.
Et si je ne l'avais pas ignorée pendant toutes ces semaines où je l'avais repoussée? Et si je lui avais dit la vérité avant notre mariage? Aurait-elle choisi de rester avec moi malgré tout? Ces questions me tourmentaient, tournaient en boucle dans mon esprit, me ramenant toujours au point de départ.
Je m'étais toujours cru maître de mon destin, pensant pouvoir tout contrôler, tout prévoir. Mais voilà, je me retrouvais ici, seul, dévasté. Tout m'avait échappé.
Maintenant, il ne me restait plus que mes yeux pour pleurer. La douleur de savoir qu'un autre homme avait touché ma femme me rongeait. Comment pouvais-je vivre avec ça? Comment pourrais-je affronter le regard des autres quand ils découvriraient la vérité? Parce que la grossesse ne se cachait pas. Et bientôt, tout le monde saurait.
Ma mère savait que j'étais stérile. Elle comprendrait immédiatement que cet enfant n'était pas le mien. Hassan le savait aussi, lui qui m'avait fait faire ce foutu test de stérilité. Et maintenant, Bintou le savait également. Il n'y avait plus de retour en arrière possible.
Je restais là, assis au bord de l'eau, tandis que la marée montait doucement, mouillant mes pieds. Je ne sentais même pas l'eau froide qui remontait le long de mes chevilles, tellement j'étais absorbé par mes pensées.
J'avais l'impression d'être prisonnier d'un cauchemar sans fin. Une voix m'avait tiré de mes pensées. Une voix douce, inquiète.
- Monsieur, est-ce que ça va?
Une jeune femme se tenait à quelques pas de moi, l'air préoccupé.
J'avais tourné la tête vers elle, fixant son visage flou. Je n'avais même pas remarqué qu'il commençait à faire sombre. Elle avait sans doute senti ma détresse de loin.
J'avais forcé un sourire, un rictus qui ne devait pas tromper grand monde.
- Ça va aller ! avais-je répondu d'une voix rauque, avant de détourner le regard.
Elle avait hésité un moment, comme si elle voulait dire autre chose, puis s'était éloignée lentement.
Après plusieurs heures passées à cogiter, à me noyer dans mes pensées sombres, j'avais commencé à sentir le froid s'infiltrer dans mes os. J'avais pris une grande inspiration et je m'étais levé.
J'avais décidé de rentrer, mais pas pour retrouver Bintou. Je n'étais pas prêt à la revoir. Pas encore. J'avais réservé une autre chambre à l'hôtel, dans une autre aile, pour être le plus loin possible d'elle.
Une fois à l'intérieur, j'avais pris mon téléphone et j'avais commencé à chercher des témoignages de personnes en détresse sur un blog. Je lisais des histoires aussi folles les unes que les autres, des gens perdus comme moi, mais aucune ne ressemblait vraiment à la mienne. Personne ne pouvait comprendre ce que je ressentais.
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Sous un autre angle
AventuraMyriam, une jeune femme ambitieuse, mariée à Malick. Leur amour semble solide, mais un manque cruel dans leur vie les ronge. De l'autre côté, Lamine et Bintou semblent mener une vie parfaite,mais des secrets profonds menacent leur bonheur. Lamine ca...
