9 : Les rayons de Joséphine

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Le lendemain matin, j'avais donné rendez-vous à Célia dans un petit salon de thé-restaurant que nous adorions, pas très loin de son appartement : Les rayons de Joséphine. Entre la cuisine simple, mais raffinée, tant dans les saveurs que dans le choix des ingrédients, les thés qu'ils servaient à toute heure, la présence de nombreux livres qui tenaient lieu de décoration mais que l'on avait aussi l'autorisation d'emprunter, les petits objets étonnants façon cabinet de curiosité disposés ça et là, l'agencement des tables et, cela va sans dire, les banquettes confortables, tout concourait dans ce lieu à musarder, à oublier l'heure, à laisser partir son imagination. 

Nous avions convenu de nous retrouver à 13h30, autour d'un thé noir aux épices, avant que je ne rejoigne la fac à 15 heures  pour un cours sur l'art dans l'Europe mérovingienne que j'avais préparé de longue date, heureusement. J'étais bien trop perturbée par les événements des derniers jours pour me permettre d'improviser devant des étudiants. 

J'étais déjà installée à une table, en retrait des autres clients, et j'avais vu Célia franchir la porte et bondir vers moi  avec un sourire éclatant.

"Jeanne ! Ma chatte, il faut absolument que je te raconte ! J'ai rencontré un mec hier soir, il est absolument, mais alors absolument, sublime ! Et... j'ai un peu craqué !

J'avais hâte aussi de lui faire le récit des derniers développements de l'histoire avec Axel, mais elle était tellement euphorique, que je l'avais laissée continuer.

- J'en sais rien, ça m'a fait comme un coup de foudre ! Je sais ce que tu vas dire, c'est débile, mais  je n'y croyais pas non plus jusque là ! On est sorties hier soir avec Sophie et sa bande de copines fêtardes. Je m'attendais à beaucoup d'alcool, beaucoup de fous rires, éventuellement quelques baisers entre filles pour s'amuser et allumer les mecs de la boite, mais à ça je ne m'y attendais pas une seule seconde ! "

Je l'écoutais patiemment, avec en tête ma propre histoire, mais je prenais machinalement un air captivé pour ne pas briser son enthousiasme. Célia faisait régulièrement des soirées avec ce groupe de quatre ou cinq filles un peu niaises - du moins, c'était mon avis - mais qui lui permettaient de se lâcher de temps en temps. J'avais fait quelques sorties avec elles, et m'étais très vite lassée de leur rires bruyants et de leurs attitudes surjouées. Je ne parle même pas de leurs conversations insipides. Je préférais de loin passer une soirée à discuter de free jazz ou de roman noir avec Simon sur Tchatmania. Elles buvaient, dansaient, criaient, adoraient entretenir des rapports très tactiles entre elles en public, feignaient un érotisme saphique pour exciter les hommes. Elles provoquaient, sans toutes aller plus loin, et Célia aimait bien se laisser aller avec elles. Elle savait s'arrêter et gérait facilement les mecs dès qu'elle considérait qu'un jeu pouvait basculer vers quelque chose de trop concret ou dangereux. Elle flirtait toujours avec légèreté et prudence, sans jamais se livrer sur quoi que ce soit de personnel. Elle voulait juste batifoler un peu. Son histoire avec Bastien lui paraissait de plus en plus terne, elle ne restait avec lui que par habitude, et les atermoiements du fameux Milo pour une rencontre dans la vraie vie constituaient une  réelle frustration pour elle. 

" Le mec est entré dans le club comme un vrai seigneur ! Je te promets, c'était comme dans un film, genre musique assourdie, tu n'entends plus que les basses, lumières qui se focalisent sur lui, tu as les yeux braqués dessus et limite tu le vois avancer au ralenti hahahahahahahaha !

- Waouh, la grande classe, ma belle, avais-je ponctué, sans grande conviction, mais le sourire aux lèvres. 

- Attends ! Bon ok, je suis consciente que ce truc de film, c'est un peu exagéré, mais c'est pour te mettre dans l'ambiance, avait-elle convenu.

Nous avions éclaté de rire ensemble. 

- Allez, raconte-moi tout, ma petite libertine préférée, lui avais-je demandé avec un clin d'œil.  

- Eh bien, le mec est donc entré dans la boite, et c'était incroyable, mais j'ai vu ses yeux se poser directement sur moi ! Des filles jolies et excitantes, je peux te dire qu'il y en avait hier soir, y compris Sophie et les autres, qui étaient assises à la même table que moi. Mais je crois qu'il a direct flashé sur moi. Là, j'ai senti que mes jambes devenaient toutes cotonneuses et, je ne sais pas comment l'exprimer, mais j'ai eu comme une sorte de révélation. Ouais, je sais, ça fait super con dit comme ça hahahahaha."

Quand je pensais au faisceaux d'émotions invraisemblables qu'Axel provoquait chez moi, je n'étais pas vraiment en mesure de me moquer de mon amie. 

Elle avait continué :

"Super grand, brun, les cheveux longs aux épaules. Un petit côté exotique mais je serais incapable de te dire de quelle origine. Bref, il me plait à fond. Jean noir, chemise grise, hyper bien gaulé. Il s'est approché de notre table, et je n'y croyais pas, mais il m'a attrapée par la main et m'a entraînée sur la piste. Je me suis laissée embarquer par la musique et on a dansé comme ça, ensemble, je ne pourrais pas te dire combien de temps, c'était carrément irréel. Carrément chaud aussi, on n'arrêtait pas de se frôler, de se toucher, de se regarder dans les yeux. Non mais tu le verrais, c'est du sexe à l'état pur ce mec hahahahaha.

-Et donc, tu as... craqué ? C'est ce que tu m'as dit ?

- Il m'a prise par la taille et m'a poussée dans un coin un peu sombre de la salle. C'était dingue, j'étais comme droguée, je l'ai laissé tout faire !

- Comment ça, tout faire ?

- D'abord, il m'a plaquée contre le mur, assez brutalement, son bassin bloquait mes fesses contre le mur, et ses mains retenaient mes poignets pour m'empêcher de protester. De toute façon, je n'avais aucune envie de protester ! Il a commencé à m'embrasser comme un fou, et comme il sentait que mon corps se détendait complètement, il a lâché son emprise sur mes poignets et a glissé ses mains sous mes fesses, pour me serrer contre... son sexe en érection. Il a commencé à onduler contre moi,  et j'ai fondu littéralement, je te raconte même pas hahahahaha.

- Ne parle pas trop fort, on pourrait nous entendre ! Tu n'as pas honte, petite garce d'amour !

- Ouais, ben ça, ça ne serait vraiment pas bien grave, parce que dans le club... On était dans un recoin pas vraiment éclairé, mais il y avait des gens partout autour ! On les entendait rire et s'amuser, mais nous, on était dans notre monde. On était tellement excités que ça n'avait pas d'importance. Et le pire, c'est que quand j'ai surpris des yeux d'inconnus se poser sur nous, je crois que j'étais encore plus dégoulinante. Et il s'en est rendu compte. Il a soulevé ma robe, a glissé ses doigts sous ma culotte et a commencé à me caresser. Je ne pouvais plus rien faire, j'étais complètement anesthésiée dans le plaisir... Entre ses lèvres, sa langue, ses mains qui allaient de mes seins, à mes fesses et puis enfin à ma... Je n'en pouvais plus ! Je me suis agrippée à lui, il a fait descendre ma culotte, il a défait la braguette de son jean, et m'a pénétrée violemment, avec une espèce de gémissement rauque. Je me mordais les lèvres pour ne pas crier de délice ! Il m'a baisée comme ça,  contre ce mur, en me regardant dans les yeux. Il n'a suffit que de quelques coups de rein pour que je jouisse comme jamais ! C'était dingue ! 

- Célia, ma chérie, tu es inconsciente d'avoir fait un truc pareil ! En même temps, je dois dire que c'est une histoire plutôt excitante, il faudra qu'on la réutilise sur le tchat hahahahahahaha !

- Ensuite, il m'a glissé une carte dans la main, et on s'est quittés sur un dernier baiser, enfin, un coup de langue et une morsure, plutôt. Regarde. 

Célia avait soulevé ses cheveux et dans son cou, je pouvais apercevoir de petites marques rouges. Elle avait posé sur la table, entre les tasses de thé, un petit rectangle de papier avec un simple numéro de téléphone et un prénom : Stanis. 



Le clavier vampireOù les histoires vivent. Découvrez maintenant