31 : Le dîner

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Je voulais être aussi attirante que possible. J'avais envie de faire baver ce salaud. Le faire baver et ne pas lui céder. Du moins c'était le discours raisonné que je me répétais pendant que je me préparais. En apprendre plus, le faire baver puis rentrer vite, pour retrouver Axel sur le tchat et tout lui raconter. C'était le plan. C'était comme séduire un tchatteur dont j'aurais copié la conversation pour Axel. Une belle prise. Il serait fier du pouvoir exercé sur ce prédateur. 

J'avais mis une robe bleu nuit, serrée à la taille, et évasée jusqu'au milieu des cuisses. Sur le bustier, des entrelacs dorés me rappelaient presque les reflets précieux du paon de mes nuits. Le paon d'Axel. Des collants noirs, opaques, des bottines en cuir à talons hauts, et un manteau noir, très cintré. J'avais bouclé mes cheveux, pour qu'ils retombent souplement sur l'une de mes épaules laiteuses. Je m'étais maquillée soigneusement. Regard charbon, lèvres rouges, et mon teint pâle juste rehaussé d'une touche de blush. Du parfum au creux de mon cou et sur mes poignets. 

J'étais arrivée un peu en avance pour l'attendre à l'intérieur, et prendre déjà le contrôle des lieux. Je me remémorais notre thé aux Rayons de Joséphine, et je me demandais encore comment j'avais pu le laisser me griser ainsi. Jusqu'à le laisser s'introduire intimement... Pourquoi l'avais-je laissé faire ? D'autant que je n'étais pas encore remise alors de mon incident de la broche. Peut-être que j'étais encore enfiévrée, ou étourdie par les médicaments. Le traitement avait maintenant fait son effet, et je ne me laisserais pas enjôler une deuxième fois. 

A 20 heures précises, Stanis avait passé la porte. A nouveau, un frisson, presque une décharge électrique, avait parcouru mon ventre. Il était magnifique. Jean brut, chaussures montantes, chemise blanche légèrement ouverte et veste noire. Malgré sa minceur, on devinait sous les vêtements la fermeté de ses muscles, et la forme idéale de sa longue silhouette. Un instant, j'avais pensé à l'homme de Vitruve et à la théorie des proportions parfaites. Les traits de son visage, anguleux et racés,  étaient réguliers et équilibrés,  le nez droit et la mâchoire bien dessinée. La bouche... alléchante. Ses cheveux noirs étaient détachés, et retombaient sur ses épaules. Son regard bleu, scrutateur, m'avait presque fait baisser les yeux. Mais j'avais continué à l'observer de ma table, en insufflant de la gourmandise dans mon expression. Ce qui n'était pas très difficile. Je m'étais levé pour le saluer et il avait posé un baiser appuyé tout près de mes lèvres. J'avais fermé les yeux, mais je n'avais pas défailli.

"Bonsoir Jeanne. 

- Bonsoir. J'étais un peu en avance, alors je me suis permis de choisir la table.

- C'est parfait. L'important est que je ne sois qu'à quelques centimètres de toi. Jolie robe. "

Ses yeux s'étaient ancrés dans la blancheur de mon décolleté.

"Et tu sens très bon. J'adore, avait-il rajouté.

- Merci. J'ai commandé le vin. Un Tarragona, c'est un blanc sec. De Catalogne. C'est de là que Célia vient. Tu le savais ?

- J'en ai entendu parler.

- Mais peut-être que vous ne parlez pas beaucoup...

- Tu as raison. On baise, surtout. "

Un sourire équivoque était apparu sur son visage.

Le serveur nous avait servi le vin et nous avions commandé nos plats. 

"Mais vous ne passez pas toutes vos journées ensemble. Comment occupes-tu ton temps ? Tu ne travailles pas ? 

- Je travaille avec Armand, tu le sais. Quant à la manière dont j'occupe mon temps, eh bien, tu le vois toi-même. Là, je suis avec toi. Pourquoi poses-tu des questions dont tu connais la réponse ?

Le clavier vampireOù les histoires vivent. Découvrez maintenant