Avant de rejoindre la réception, on nous avait débarrassés de nos manteaux pour les mettre dans un vestiaire. En pénétrant dans la salle d'honneur du château, mon éblouissement n'avait pas faibli. Le décor intérieur était aussi fastueux que le laissaient présager les extérieurs. Plancher à entrelacs, boiseries raffinées, tentures murales satinées, dans des tons rose foncé, qui rappelaient la Maison Denicourt, banquettes et fauteuils crapauds en velours, candélabres de bronze sur consoles Louis Philippe. Le temps semblait s'être arrêté. Au mur, des appliques en cristal de Bohème diffusaient un éclairage tamisé, comme à la bougie. Sur la partie supérieure, des balcons sculptés donnaient sur un étage et un vestibule qui devait desservir des chambres. On devinait des silhouettes masculines qui y circulaient lourdement, à pas comptés. Et en levant les yeux, au dessus de nos têtes et sur toute la longueur de la salle, j'avais découvert un plafond qui était en fait une verrière d'acier sublime, parée de vitraux colorés, à ornements floraux, un peu orientalisants dans les arabesques et les motifs. Je me sentais transportée dans un autre monde, dans un autre temps.
Il devait y avoir une trentaine d'invités à la fête. Tous élégants et souriants. Les hommes paraissaient quasiment tous avoir dépassé la quarantaine, et même la cinquantaine. Les femmes, en revanche, étaient plus jeunes, minces, sophistiquées. Ces convives discutaient par petits cercles autour d'un buffet incroyable. Les classiques canapés, verrines, cuillères garnies, étaient là, mais les serveurs, pantalons et chemises noirs, circulaient aussi avec des plateaux plus exotiques. Mets d'Asie, fromages singuliers, bouchées végétariennes. Un espace avait été aménagé en bar à huîtres, et il y avait un choix impressionnant de mezzés grecs ou libanais, feuilles de vignes farcies, falafels, houmous, aubergines grillées, tout semblait délicieux.
Le champagne coulait à flot et on m'avait presque immédiatement mis une coupe dans la main. Mais des someliers proposaient également aux palais plus exigeants des vins s'accordant avec chaque spécialité proposée.
Axel m'avait prise par le bras.
Désignant un petit groupe, il s'était mis à me donner des explications, en faisant de temps en temps des sourires et des saluts de la tête aux invités qui passaient près de nous et semblaient le connaître.
"Mon client est en costume bleu marine, cheveux gris en arrière, léger embonpoint. Il s'appelle Georg Haros. Il peut être charmant, tu verras. Il a l'intelligence de maîtriser à la perfection une forme de cordialité débonnaire qui le rend toujours sympathique au premier abord. Mais il faut s'en méfier. Son épouse, Estella, c'est la brune d'un certain âge qui porte la robe longue en satin. Une femme dure, opiniâtre, c'est elle qui tire les ficelles. Elle cache moins bien sa nature. Elle pourrait sembler odieuse, mais c'est quelqu'un qu'on peut admirer, d'une certaine manière. Elle s'est battue comme une lionne pour en arriver là. L'envie de se sortir de sa condition, c'est un moteur très puissant. Le mannequin blond en robe rouge très courte, c'est la maîtresse de Haros, Dasha. Tu auras du mal à lui parler, elle est biélorusse, ne parle quasiment pas un mot de français, et maîtrise à peine l'anglais.
- Et Estella, elle sait que...
- Evidemment. Ce n'est pas un problème. L'autre blonde, avec le haut en dentelle, c'est sans doute une amie à elle. Peut-être un cadeau. Le type en smoking, un peu vulgaire, qui parle fort, je ne le connais que très peu. C'est un des collaborateurs de Haros.
- Comment ça un cadeau ? Elles sont mannequins ou...
Il avait souri.
- A ton avis ? Mais elles sont aussi respectables que toi, tu sais. Viens, je vais te présenter.
- Tu vas me présenter comment...?"
Nous nous étions avancés et Haros s'était immédiatement dirigé vers Axel en souriant.
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Le clavier vampire
Paranormal" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
