26 : Etourdissement

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Après un passage éclair à la pharmacie, j'avais tenté de travailler toute la matinée à la bibliothèque universitaire pour ma thèse. Le docteur Giraud m'avait affirmé que le traitement ne serait rien, mais les circonstances de l'introduction de cet objet étranger en moi me tourmentaient considérablement. J'avais besoin de penser à d'autres choses. Je n'avais pas de cours à donner cette semaine, les étudiants étant entrés en période de partiels. J'allais donc approfondir mes recherches historiques. L'Austrasie, un royaume mérovingien méconnu, c'était bien ce dont j'avais besoin. 

Comment avais-je pu me retrouver avec ce bijou en moi ? C'était inexplicable. Avais-je eu un moment d'absence, de délire dont je n'avais aucun souvenir ? Mais d'où venait-il ? Étrangement, j'avais le sentiment que cette chose était liée à Axel.

Le lien. Le paon. Les rêves. Des rêves si tangibles. Et maintenant, cette broche. Quelque chose de... surnaturel s'était produit. Cette pensée irrationnelle, ridicule ne me quittait pas. Les éléments étaient liés, et s'imbriquaient les uns dans les autres, comme un puzzle que je n'arrivais pas à reconstituer.

Axel, s'enfonçant et se fondant en moi. Depuis cette nuit-là, j'avais encore plus la sensation de sa présence auprès de moi. Il était là. D'une manière que j'étais incapable d'expliquer. Était-ce de la magie, de la sorcellerie, ou bien la simple activité de mes hormones ? Je pensais aussi à la chapelle Saint Firmin, et aux légendes qui lui étaient attachées. Les messes noires, les manifestations démoniaques... Cette pierre tombale descellée dans la nef. 

La broche était posée sur ma table de travail, et j'aurais pu la flanquer au sol d'un revers de main. Mais c'était de toute évidence un bijou de grande valeur, ancien, même si j'avais du mal à en identifier clairement la période. Je ne reconnaissais pas son style comme quelque chose de typiquement occidental. Un objet d'Europe de l'Est peut-être, ou du Moyen Orient. Une broche ottomane. Ses pierres précieuses possédaient un pouvoir indéniable, elles attiraient mon regard comme un aimant. Elles rappelaient autant les ocelles d'un paon qu'une spirale s'enroulant autour de ma raison. 

J'avais déjeuné d'un simple sandwich et m'étais plongée dans le catalogue d'une exposition qui avait réuni des objets francs exceptionnels, comme la tombe du petit prince de Cologne, l'anneau de l'évêque Arnoul de Metz, ou les bijoux de la dame de Grez-Doiceau. Des bijoux, encore. Tout me ramenait à cette broche. 

Et puis mon téléphone s'était mis à vibrer. Je pensais que Célia daignait enfin m'honorer d'un message, quand j'avais constaté que le texto provenait d'un numéro inconnu. 

"Je sens que tu as besoin de chocolat. J'offre un thé à la rose et un fondant accompagné de crème anglaise. 14 heures aux Rayons de Joséphine. Stanis."

J'avais spontanément regardé l'heure sur la grande horloge de la bibliothèque. Drôle de proposition. Célia y serait sûrement, ça me ferait du bien de la voir. Bizarre quand même que le message vienne du portable de son mec... Une fantaisie à eux, sans doute. 

Il était 13 heures 30. J'avais rassemblé mes affaires, glissé la broche dans une poche de mon sac, j'étais passée aux toilettes pour me remaquiller un minimum, ajuster ma robe et j'étais partie.

En arrivant dans le salon de thé, j'avais cherché Célia des yeux, scrutant les coins où nous aimions bien nous installer, mais en vain. Je devais être en avance. Et puis soudain, j'avais croisé le regard bleu de Stanis. Seul, installé à une table un peu en retrait. Je n'avais pu empêcher un tressaillement de l'échine. 

"Tu es seul ? Célia n'est pas arrivée ?

- Célia n'était pas invitée. C'est toi que j'ai conviée. C'est un endroit que tu aimes bien, non ?"

Le clavier vampireOù les histoires vivent. Découvrez maintenant