Vlad : Bonsoir, chère Circé.
Circé : Bonsoir, Axel.
Vlad : M'avez-vous pardonné ma défection brutale de la nuit dernière ? Ou la sorcière a-t-elle élaboré un philtre virtuel destiné à me punir ?
Circé : Il n'y a rien à pardonner, mais en revanche, ce soir, pas de petit jeu avec un tchatteur quelconque, pas de petit jeu tout court, d'ailleurs, je veux juste discuter avec toi. Tu ne crois pas qu'il est temps de se découvrir un peu plus ?
Vlad : Ma tendre, tu t'es déjà découverte hier. Tu m'as montré une partie de tes talents, n'est-ce pas ? Mais il est vrai que j'aimerais te voir t'ouvrir plus encore.
Circé : ...
Vlad : Sourire. Je t'ai dit mon prénom, peux-tu me révéler le tien ?
Circé : Je m'appelle Jeanne.
Vlad : Quel âge as-tu ?
Circé : J'ai 26 ans.
Vlad : Où vis-tu ?
Circé : J'habite à Tours.
Vlad : Tu veux aussi que je te demande ce que tu fais dans la vie, quels sont tes hobbies, si tu as un chien, la couleur de tes yeux, celle de tes cheveux, tes mensurations et ce que tu recherches chez un homme ? Circé. Est-ce cela qui est intéressant ? Ne crois-tu pas que notre lien va bien au-delà de ces futilités ?
Je me rendais compte qu'une fois de plus, c'était lui qui avait pris les rênes de la conversation. Il posait les questions et je répondais bêtement ; et en plus, il osait ironiser sur l'intérêt de ce dialogue ! Il fallait que je redresse la barre pour obtenir des réponses à mes interrogations.
Circé : Peu importe ce que tu penses. Je te laisse me poser les questions que je pourrai ensuite te retourner. Tout simplement. D'abord, quel âge as-tu, et où habites-tu ?
Vlad : Très bien. Je vais t'épargner la rédaction de ces questions fastidieuses, et je vais te faire d'office les réponses fastidieuses que tu attends. Je m'appelle Axel, ma carte d'identité indique que j'ai 32 ans. J'habite à Paris, mais ce n'est que temporaire, cette ville ne me plaît pas, j'y séjourne par obligation. Je loue au mois une chambre d'hôtel, dans le quartier de la Bourse. J'ai de l'argent. Je suis restaurateur privé d'œuvres d'art, spécialisé dans la peinture du Cinquecento, mais on peut m'appeler pour d'autres choses. Les musées payent une misère des petites mains pour ramener à la vie le travail des maîtres anciens. Pour ma part, j'ai décidé de travailler pour des collectionneurs particuliers, prêts à engager des fortunes pour éblouir leurs conquêtes et leurs invités. Je me fiche que ce soient des ignorants, c'est souvent le cas chez les industriels ou les parvenus de la bulle internet. Ils payent, et c'est suffisant. Ils m'obligent à voyager un peu trop à mon goût, mais la proximité, ou peut-être même le sentiment de fraternité qui m'habite quand je dois nettoyer une peinture des salissures infligées par les siècles, quand mon pinceau doit se couler dans les sillons tracés par Carpaccio ou Artemisia, vaut bien tous ces kilomètres. Tu vois, encore une affaire de lien. J'aime la peinture, cela va de soi, la sculpture, l'architecture, la littérature. J'ai des origines roumaines et hongroises, du côté de mon père, mais ma mère était française. Je n'ai pas d'animal familier, ma vie ne le permet pas, mais j'ai eu un chat autrefois, que j'adorais, Raphaël.
Circé : Merci. Ce n'était pas fastidieux du tout. Ton boulot a l'air génial. Moi aussi j'adore l'art, mais c'est surtout le Moyen Age qui me passionne. Je te raconterai. Mais dis moi, qu'est ce qui t'a poussé à venir me parler sur le tchat ? Tu avais deviné nos points communs ou quoi ? Et... est-ce que tu voudrais voir à quoi je ressemble ?
Vlad : Envoie-moi une photo de toi, ma douce.
Je m'étais préparée à cette demande, évidemment. J'avais déjà choisi le portrait que je lui enverrais. Une photo de moi prise par Célia lors d'un weekend ensemble quelques semaines plus tôt, où l'on me voyait poser devant le portail nord de la cathédrale de Chartres. Je portais un simple jean noir, très serré, qui mettait en valeur ma silhouette, sur des bottines à talons, et une jolie blouse bleu lavande, avec un plastron brodé et un col montant qui me rappelaient les tenues des élégantes de la Belle Epoque. Mes yeux vert clair ne regardaient pas directement l'objectif, et mes longs cheveux roux, rejetés sur mon épaule gauche, déployaient leurs boucles fauves sur le coton bleu du chemisier. Quelques taches de rousseur étaient visibles sur mon visage à la peau diaphane, elles apparaissaient toujours sur mon nez au début du printemps. Célia avait l'habitude de dire que j'avais "une vraie carnation de poupée", "un teint de porcelaine sur un vrai corps de garce".
Vlad : Ma chérie, vous me charmez plus de jour en jour...
Circé : Oh, arrête, c'est juste une photo de touriste !
Vlad : Rires. Tu es très belle. C'est sincère.
Circé : Moi aussi, j'ai bien aimé ta photo...
Nous avions continué ces échanges naturels et chaleureux tout au long de la soirée. Il avait reparlé de son métier, fascinant, et je lui avais longuement exposé le contenu de mes recherches. Il avait eu l'air de s'intéresser réellement à mes monstrueuses chimères. Nous avions même plaisanté sur mes délires virtuels avec les tchatteurs, et je lui avais raconté les histoires du majordome et de CulotteRose. Je lui avais un peu parlé de Célia, évidemment. Je le voyais maintenant de manière différente, c'était finalement un mec plutôt cool.
Vers deux heures du matin, la fatigue se faisant sentir malgré cette discussion à bâtons rompus, il fallait que j'aille me mettre au lit.
Circé : Axel, je suis nase, je vais aller dormir. C'était génial cette soirée avec toi. Je vais te dire bonne nuit.
Vlad : D'accord. Mais avant je voudrais savoir une chose.
Circé : Je t'écoute. Je croyais que j'étais la seule à avoir des questions ! Hahahahaha !
Vlad : Est-ce que tu es consciente comme moi que quelque chose de spécial se passe entre nous ?
Circé : ...
Vlad : Est-ce que tu perçois ce lien dont je te parle, et qui n'est pas une plaisanterie ?
Circé : Je perçois quelque chose, c'est vrai. Quelque chose de sensuel, de voluptueux entre nous. Même si nos regards ne se sont pas croisés encore, même si nos doigts ne se sont pas effleurés, même si nos corps ne se sont pas frôlés, même si nos lèvres ne sont pas encore entré en contact. C'est irrationnel et instinctif. Tu sais, j'ai déjà eu envie d'autres garçons, comme ça, en virtuel, mais là, c'est presque animal.
Vlad : Oui, animal, sauvage, profond. Nocturne.
Circé : Tu me fais frissonner.
Vlad : Et tu frissonneras bien plus encore. Bientôt. Très bientôt. Je t'embrasse profondément, ma belle ensorceleuse, voracement, sauvagement. Ferme les yeux, maintenant, et fais de beaux rêves.
Circé : Je vais penser à toi. Crois-moi. Bonne nuit Axel, je t'embrasse... A très vite.
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Le clavier vampire
Übernatürliches" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
