Le lendemain matin, j'avais repris mes esprits et j'avais appelé ma gynécologue au téléphone pour qu'elle me prenne en urgence en consultation. Hélas, elle était prise par de multiples obligations et j'avais dû me rabattre sur un confrère trouvé dans les pages jaunes, le premier qui avait bien voulu me prendre. Cette douleur dans le bas-ventre m'avait réveillée au milieu de la nuit pour ne plus me quitter, et j'avais constaté avec panique que ma culotte était imbibée de sang. Je commençais à vraiment m'inquiéter, et je me demandais si cet accès de fièvre délirante n'étais pas lié à ce mal qui me tenaillait.
J'avais grimpé avec anxiété sur la table d'examen et j'avais mis mes pieds dans les étriers de métal. J'avais préféré fermer les yeux toute la durée de l'auscultation, ne répondant que par de brefs "oui"ou "non" aux questions.
Au bout de quelques minutes, le docteur Giraud, sans doute proche de la retraite, et pas vraiment délicat, avait émis un petit sifflement qui m'avait paru anormal.
"Quoi ? Qu'est ce que j'ai ? m'étais-je écrié.
- C'est bien la première fois que je vois une chose pareille.
- Quoi ? C'est à dire ? Qu'est-ce que vous avez trouvé ? C'est grave ?
- Attendez, je vais prendre une pince. C'est vraiment très étonnant... Il va falloir m'expliquer, mademoiselle ! Enfin... Je ne sais pas... Je n'ai peut-être pas envie de savoir...
- Quoi ? Quoi ? Mais c'est grave ? "
Son ton commençait à m'épouvanter réellement, qu'avait-il donc vu de si bizarre ?
Il s'était équipé d'une lampe frontale, et se penchait sur mon intimité avec l'air d'un chercheur de trésor qui serait tombé par hasard sur le tombeau de Néfertiti.
"C'est très irrité évidemment. Je vous prescrirai ce qu'il faut pour calmer l'inflammation, et des antibiotiques en cas d'infection. Je vais faire un prélèvement pour en avoir le cœur net. mais avec la douleur que vous m'avez décrite, c'est plus que probable.
- Mais enfin, qu'est ce que j'ai ?
- Attendez... Ça vient. Ne bougez surtout pas. Ça risque faire un peu mal."
Même en serrant les dents, j'avais laissé échapper un cri de douleur.
"Je l'ai ! Désolé. C'était ça pendant quelques secondes ou le bloc pour une anesthésie. Je pense que vous préférez ma méthode. De toute façon, vous l'avez bien cherché... Je ne veux même pas savoir comment c'est arrivé là...
Je ne comprenais absolument rien à ce qu'il me racontait. La douleur avait été si intense que je n'avais rien rétorqué face à sa détestable condescendance. Et puis je voulais savoir.
"Regardez-moi cette merveille....! Ça s'accrochait à l'orifice externe du col. Le tissu conjonctif est à vif... On va traiter tout ça, ne vous en faites pas. Mais bon... Si vous voulez un conseil, essayez des pratiques un peu moins... originales..."
Il avait alors déposé quelque chose dans un petit récipient métallique.
"C'est vraiment très joli... Il aurait été dommage de ne pas le récupérer, je comprends votre empressement !"
J'avais rajusté mes vêtements et m'étais assise devant le bureau. Je commençais à me sentir un peu mieux, la souffrance s'atténuait. Il m'avait alors tendu le récipient. Sur des compresses de gaze était déposé un bijou. Une broche apparemment.
"Saphirs et émeraudes... Vous ne vous refusez rien. C'est un bijou très spécial, non ? Ça vient de chez un antiquaire ? La griffe, c'est vraiment une curiosité, je dois dire."
J'avais pris la broche entre mes doigts. Un bijou rond de quelques centimètres de diamètre. Les pierres précieuses, disposées en deux cercles concentriques me rappelaient quelque chose mais mon esprit ne parvenait pas clairement à savoir quoi. Le plus étonnant étaient qu'elles étaient montées sur une matière que j'avais eu du mal à identifier de prime abord. Et puis j'avais reconnu une griffe. Une griffe d'oiseau sur laquelle perlait encore une goûte de mon sang. Je l'avais retournée pour en examiner l'envers et j'avais lu à voix haute les deux mots gravés sur le support argenté de l'épingle : Pavo cristatus.
Le docteur Giraud avait repris la parole :
"Pavo cristatus... Voyons, j'ai quelques notions de zoologie, et même un peu de latin... C'est le paon bleu n'est-ce pas ? Une signification particulière pour vous ?"
Le paon bleu.
J'avais payé et pris mon ordonnance sans demander mon reste. Je ne comprenais rien à cette histoire.
Je sentais que j'avais un besoin impératif de parler à Axel.
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Le clavier vampire
Paranormal" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
