Les découvertes que nous avions faites à la chapelle avaient attisé mon enthousiasme de détective, et en rentrant chez moi, je n'avais qu'une envie, approfondir les recherches sur internet. En apprendre plus sur cette famille De Rouvery, trouver des pistes, consulter des archives si j'en trouvais, m'orienter vers des sources intéressantes.
Les douleurs désagréables que j'avais ressenties la veille dans le bas-ventre s'étaient à nouveau réveillées en rentrant à Tours, et j'avais pris un Doliprane avant d'allumer mon ordinateur.
J'avais de plus en plus de mal à joindre Célia et à la voir. Elle répondait à mes messages par monosyllabes et se disait trop occupée. Cette dernière passait le plus clair de son temps avec Stanis, et j'avais vite abandonné l'idée de l'associer à mon enquête. Pourtant, elle était aux premières loges. Si j'avais voulu en savoir plus sur ces deux mecs et cette chapelle, c'était avant tout pour elle. Tant pis, je lui ferais un résumé quand j'en saurais plus. Je me demandais tout de même si elle ne s'investissait pas trop dans ce qui aurait dû rester une aventure sexuelle sans lendemains. J'avais le sentiment vague d'un danger, d'un piège peut-être, mais je ne parvenais pas à m'expliquer parfaitement pourquoi. Elle traînait avec un beau mec qui la faisait jouir comme aucun autre, il n'était pas de mauvaise compagnie, et cerise sur la gâteau, il avait de l'argent dont il faisait profiter les étudiantes fauchées. C'était peut-être cet aspect qui me gênait, d'ailleurs. Ou le fait que je n'aie pas réussi à cerner qui il était lors du dîner à L'atelier Medicis. Ou alors, je n'admettais pas qu'il m'ait troublée plus que je ne l'aurais voulu lors de ce repas. Beaucoup plus.
J'avais aussi, évidemment, irrésistiblement, l'envie de retrouver Axel à travers mon écran. Nos rendez-vous étaient devenus tacites dès les premiers mots échangés, et même si nous n'avions jamais convenu de rien, si nous n'avions formulé aucun contrat, nous retrouver ainsi m'apparaissait aussi essentiel que manger ou boire. C'était insensé et je le savais, mais les choses étaient ainsi. Ses mots et son regard m'étaient devenus nécessaires immédiatement, et je ressentais de plus en plus fortement les effets secondaires de cette drogue. Mon opium.
C'était vers 22 heures que je commençais jusque là à ressentir le manque. Je restais alors bloquée devant mon clavier, guettant à l'écran l'arrivée de Vlad dans la liste des connectés. Mais ce soir-là, dès 20 heures, le besoin s'était manifesté dans tout mon corps. Je ne parvenais plus à poursuivre les recherches sur Armand et sa famille. A l'image de Stanis s'était substitué celle d'Axel. Vivante, monstrueusement présente.
J'étais nerveuse. Mes perceptions étaient altérées, ou exagérées. Les bruits alentours semblaient amplifiés, certains sonnaient comme des agressions - le vrombissement de la circulation, les voix des passants - d'autres au contraire comme de plaisantes modulations - le ronronnement des radiateurs, le bourdonnement de mon PC. La musique stimulait d'autant plus cette étrange faculté. Les guitares et les basses faisaient naître des images diffuses. Des visons de chair tendre, de peau douce, de fluides déferlants. De parfums d'ambre, de jasmin et de cirse. La lumière forte m'incommodait, les couleurs m'apparaissaient plus vives, les blancs plus clairs et les noirs plus profonds. Mais c'est le sens du toucher qui était le plus perverti. Le moindre frôlement de tissu sur ma peau réveillait une sensualité excessive. Les effleurements de mes jambes l'une contre l'autre suffisaient à produire un effet de volupté. La pulpe de mes doigts devenait ultra-sensible et le contact du clavier était comme le prélude à une caresse.
Mais les manifestations de ce besoin impérieux étaient également des sensations déplaisantes. Je sentais mes muscles se contracter, ma bouche était sèche, une impression de vertige et de nausée m'envahissait. Mon cœur subissait lui aussi les effets du manque : ses battements s'accéléraient soudain, jusqu'à me donner la certitude que ma poitrine allait exploser, et puis quelques instants plus tard, j'avais l'illusion atroce de ne plus en percevoir les pulsations. Ces oscillations étaient une véritable torture.
Je n'avais pas mangé, et une seule chose me préoccupait : voir le pseudo d'Axel apparaître à l'écran. Je ne savais plus que rafraîchir la page compulsivement, jusqu'à ce que je le lise, et contrôler la messagerie pour être certaine qu'aucun message ne m'y attendait. Les heures s'écoulaient sans que je sois capable de passer à une autre activité. L'attente. Obsessionnelle. Le corps, impatient, excité, qui ne produisait que des illusions. Des images lancinantes, dévorantes. La chair. La peau. Les fluides. Le sang bouillonnant dans le moindre de mes vaisseaux, irriguant chaque cellule, irritant chaque terminaison nerveuse.
A 23 heures 30, il ne s'était toujours pas montré, ni manifesté de quelque manière que ce soit. Il ne viendrait plus. L'effet du paracétamol s'était petit à petit estompé et la douleur dans mon bas-ventre s'était mise à me faire souffrir plus violemment. La fièvre due au manque semblait avoir décuplé son intensité. C'était comme si on enfonçait une pointe au plus profond de mon ventre, et cette souffrance irradiait dans mon utérus, mon vagin, mon sexe entier.
J'avais repris une dose de médicaments, et j'avais posé mes mains, chaudes, sur mon ventre, tentant d'apaiser la douleur par un massage circulaire. J'insistais fermement sur la zone la plus douloureuse et la chaleur de mes paumes se diffusait de manière agréable, atténuant singulièrement le supplice que je subissais. J'avais été très surprise par la suavité de la sensation alors éprouvée. La souffrance se mêlait à la douceur de cette impression de chaleur qui se propageait dans tout le bas de mon corps. Mes muscles tendus se relâchaient progressivement sous l'effet de ce soulagement équivoque. Mon cœur avait repris un rythme plus régulier, bien que rapide. Mes doigts encore tremblants de fièvre s'étaient imperceptiblement déplacés et effleuraient maintenant mon sexe. Un désir fébrile avait transformé le mouvement de mes mains. Elles s'étaient glissées entre mes cuisses et j'avais alors réalisé que j'étais littéralement inondée d'envie. La vision d'Axel parcourant mon corps de baisers, plantant ses dents dans mon cou, titillant mes seins avec sa langue m'avait tiré un soupir de plaisir. Je laissais ma main droite caresser mon sexe, exciter mon clitoris, tandis que la gauche effleurait délicatement la peau de mon ventre, de mes seins, de mes lèvres. Et puis brutalement, l'image de Stanis s'était imposée à moi sans que je m'y attende. J'avais été envahie violemment par l'idée de ses puissants coups de reins, d'une pénétration implacable et frénétique, de mes ongles agrippant son dos dans cette étreinte animale. J'avais accéléré le mouvement de ma main droite, bientôt rejointe par la gauche, accentuant la pression, glissant les doigts à l'intérieur de mon vagin, et le plaisir s'était férocement amplifié. Mon orgasme avait éclaté dans une hallucination stroboscopique, où la vision d'Axel et celle de Stanis se succédaient et se superposaient à une vitesse effrénée.
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Le clavier vampire
Paranormalne" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
