27 : Vanitas vanitatum

516 28 9
                                        


Dès 21 heures, je m'étais connectée pour retrouver Axel. Le besoin de ses mots était devenu impérieux. La broche, Stanis, les rêves. Je devais lui parler. C'était une nécessité physique, animale, organique. Indéfinissable.

Il était là.

Circé : Bonsoir Axel. Contente de te voir connecté. Ça faisait trop longtemps...

Vlad : Mais tu es une grande fille. Sorcière. Je doute que tu te sois ennuyée.

Circé : Quoi ?

Vlad : Fais ce que bon te semble. Tu peux choisir ce que tu désires. Tu me déçois.

Circé : Mais attends, pourquoi cette agressivité ?

Vlad : Tu as oublié certaines choses, me semble-t-il.

J'étais plus que refroidie par cet accueil. Je sentais que quelque chose s'était distendu entre nous. Le fil qui nous rattachait l'un à l'autre semblait presque brisé, ou du moins effiloché.

Circé : De quoi est-ce que tu parles ? Je ne te dois rien. On ne s'est même jamais rencontrés, je te le rappelle.

Vlad : Tu continues à transformer les hommes en porcs, Circé ?

Circé : Va savoir.

Vlad : Ton sexe... Tu crois maîtriser ceux que tu séduis, mais c'est toi qui te laisses conduire par ton sexe. Tu te laisses flatter, courtiser par des... Vaniteuse. Voilà ce que tu es.

Circé : Qu'est-ce que j'ai oublié ?

Vlad : Tu m'appartiens.

Circé : Certainement pas. Je ne t'appartiens pas.

Vlad : Très bien. Puisque tu démens notre lien, à l'instant tu le dénoues.

Circé : Je n'appartiens à personne.

Vlad : Tu m'appartenais. Et je t'appartenais en échange, évidemment. Tu le savais. Tu es libre, dorénavant.

Circé : ...

Vlad : Je pars. Je te rends tout.

Circé : Attends ! Explique-moi, au moins.

Vlad : Les mots ont du sens. Un pouvoir que tu ignores, apparemment. Je te pensais... plus maligne.

Circé : Axel... De quoi est-ce que tu parles, bon sang ?

Vlad : Je sens ce que tu fais, je sens ce que tu désires, Jeanne. Ne le voyais-tu pas ?

Circé : Quoi ? Tu m'espionnes ou quoi ? Attends mais tu es où, là ?

Vlad : Idiote. 

Circé : Laisse tomber. Salut.

Et je m'étais immédiatement déconnectée. 

Ces mots m'avaient fait l'effet d'une douche froide. Je n'y comprenais plus rien. Et qui était-il pour me parler d'appartenance ? Tout ceci était ridicule. Je ne décolérais pas. 

Mais en même temps, quelque chose d'autre s'emparait de moi. Quelque chose de l'ordre de la tristesse, du désarroi, de la douleur. Un abandon. C'était comme si mon corps avait été vidé d'une partie de sa substance. Mon cœur s'était mis à battre à grand coups sourds. Je l'entendais cogner contre ma poitrine. Comme des coups de boutoir. Une boule dans ma gorge s'était formée et m'empêchait presque de respirer. Je m'étais précipitée dans la salle de bains, et penchée sur la cuvette,  j'avais vomi, en hoquetant, en étouffant. Des larmes incontrôlables inondaient mon visage, des sanglots irrépressibles agitaient tout mon corps.  

Le clavier vampireOù les histoires vivent. Découvrez maintenant