29 : Troisième interlude - Paris, 1784

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Un grand cri résonna dans la noirceur du ciel parisien. Un cri de femme. Un cri de jouissance. Indécent, obscène. Un cri d'épouvante aussi. Presque un long sanglot. Un cri abominable.

Le vicomte s'était relevé, et pendant qu'il se réajustait, Louise restait allongée sur le sol terreux de la rive. Tremblante, haletante. Des secousses agitaient son corps encore brûlant de l'étreinte imposée. Des vagues de délices atroces contractaient et déliaient son ventre tour à tour. Son bassin se soulevait du sol, comme réclamant un nouvel envahissement de sa chair en feu, un nouvel asservissement. Ses bras s'étiraient, ses mains battaient l'air, jusqu'à trouver ses seins qu'elle caressait et martyrisait convulsivement. Jusqu'à trouver son sexe, qu'elle s'était mise à presser et frotter avec frénésie. Jusqu'à trouver sa fente, dans laquelle ses doigts souillés de sang et de stupre allaient et venaient dans une danse infernale. 

"Regardez-moi cette petite garce. Elle en réclame encore. Tu es une amante délicieuse, Louise. C'est magnifique, une telle passion. Je comprends que notre ami commun t'ait choisie."

Louise étouffait des gémissements dont on n'aurait su dire s'ils étaient de plaisir ou de douleur, de joie ou d'horreur. 

"Attachez-lui les mains et maintenez-les derrière sa tête. Qu'elle cesse de se branler ainsi. Et écartez-lui les jambes. Son con palpitant est un vrai régal."

Les quatre hommes en noirs avaient saisi les membres de la jeune fille, et avaient accompli la tâche commandée par leur maître. 

Ainsi retenue, Louise parvint à articuler une supplique.

"Je vous en prie, Monsieur, je vous en conjure, délivrez-moi.

- Vous êtes couverte de terre, ma chère. C'est dommage, cela gâche la blancheur de votre teint.

- Libérez-moi de cet ensorcellement, pitié. Affranchissez-moi. Ne me laissez plus être votre esclave.

- Quand il t'a prise pour compagne, l'as-tu supplié ainsi ? 

- Monsieur, que voulez-vous de moi ? Finissez ce supplice...

-  Dis-moi, putain, lequel de nous deux t'a fait le plus jouir ?

- Pourquoi faites-vous ceci ?

- Quand tu seras morte, il aura bien du mal à survivre lui aussi. En tous cas, il ne sera plus en travers de mon chemin. Tu peux me croire."

Louise crut devenir folle. Elle tentait de se débattre, mais les hommes en noir resserrèrent leur étreinte. 

"Baisez-la, mes amis. La garce n'attend que ça. Je vous l'offre."

 Le premier homme avait défait son ceinturon et l'avait jeté au sol. Louise avait fermé les yeux et pendant les longues minutes qu'avait duré la torture, son esprit s'était évadé de son corps. Ils l'avaient eue, chacun d'eux, mais ils l'avaient eue inerte, presque un cadavre. Elle concentrait toutes ses pensées vers Axel, invoquant leur lien, objectant leur amour face à cette abomination. 

Et puis d'un coup. Un nouveau choc. Le froid. Un froid glacial, humide, spongieux. Ce furent d'abord ses oreilles qui s'emplirent du fluide glacé. Puis son nez et ses poumons. C'était l'eau de la Seine, qui envahissait toute sa chair. Des corps étranges glissaient le long de ses jambes, de son dos, de ses bras, frôlaient son visage, s'emmêlaient dans ses cheveux. Comme des rubans, des fleurs, des mains caressantes. Elle se laissait aller. Abandonnée à la mort. Une paix étrange inondait son âme. L'image d'Axel, vibrante, lumineuse, s'imposait à elle. Le paon. Le paon bleu, souverain, resplendissant. Pavo cristatus. Le paon bleu aux mille reflets illumina l'espace qui se dessinait dans son esprit. Un amour liquide, immense, indestructible, réchauffa son être tout entier. A la dernière seconde, le plumage de l'oiseau se fit éblouissant, puis tout s'éteint dans un éclair immaculé. 


Le clavier vampireOù les histoires vivent. Découvrez maintenant