J'avais perçu la privation imposée par Axel comme une très désagréable frustration, et un sentiment de colère m'avait dans un premier temps envahie. Le sentiment d'avoir été dupée. La certitude de ne plus jamais vouloir entendre parler de lui. Ne plus déchiffrer ses mots, ni entendre sa voix, ni lire son regard.
Puis, une fois cette énergie négative retombée, la foi en ce lien qui nous rendait si intimes était réapparue. J'avais confiance en cet homme que je ne connaissais pas, et ce en dépit de tout bon sens et de toute réflexion. J'avais foi en ce qu'il disait sur le seul fondement de mots tapés sur un clavier d'ordinateur. Cette idée était folle, parfaitement insensée, même, mais chacune de ses phrases agissait comme une drogue sur moi. Ses mots étaient mon opium. Chaque lettre apparaissant à l'écran était une graine de pavot. Ma raison s'envolait en fumée, ma prudence se dissolvait dans le laudanum distillé par ses discours. Je me disais que l'expérience sensorielle résultant de ce qu'Axel faisait naître chez moi devait ressembler aux paradis artificiels décrits par les poètes et les musiciens. Une torpeur indéfinissable, une langueur dévorante, abolissait ma volonté, faisait table rase de ma pudeur. Mais cet engourdissement de mon jugement s'accompagnait de délices aussi puissants, aussi éclatants, qu'inexplicables. Le désir et le plaisir qu'il provoquait au plus profond de ma chair déjouaient toutes les tentatives de mon esprit pour me ramener à la sagesse. J'étais comme hypnotisée, comme envoûtée par cet homme. Vampirisée.
Je n'avais jamais rencontré Axel, mais malgré cette distance physique, une force incompréhensible me donnait le sentiment - car c'était bien d'un sentiment qu'il s'agissait, pas d'une illusion - que j'en étais plus proche que de n'importe quel homme connu jusque là. Il était présent en moi tout au long de la journée, et le retrouver à travers l'écran m'était devenu aussi indispensable que boire ou manger. Primordial, même.
Je m'étais endormie extrêmement vite, écrasée sous l'effet voluptueux de mon opium.
Mais cette nuit encore, des rêves, ou plutôt devrais-je dire des hallucinations, tellement ces visions me paraissaient réelles, avaient troublé mon sommeil.
Tout d'abord, comme les deux autres fois, le paon m'était apparu, plus majestueux et lumineux que jamais. Ses couleurs étaient encore plus vives, ses reflets plus précieux, l'éventail de sa roue encore plus imposant. Le temps de cette manifestation, il m'avait semblé emplir l'espace entier de ma chambre.
Et puis l'image d'Axel avait surgi, présente, vibrante, palpable. J'entendais le bruit de ses pas sur le parquet qui grinçait, je percevais le bruissement de ses vêtements lorsqu'il se déplaçait, je discernais même le son de sa respiration, lente et calme.
La chambre n'était éclairée que par les fentes des persiennes, qui laissaient entrer la lumière de la rue. Il s'était assis au bord du lit et m'avait longuement fixée du regard.
"Dragul meu."
J'étais comme paralysée par sa présence. Il avait retiré les draps du lit, puis s'était à nouveau adressé à moi :
"Je veux que tu sois nue."
A la manière d'un automate, j'avais alors retiré la nuisette avec laquelle je dormais et la culotte que je portais. Nue, vulnérable, prête.
Sa main s'était approchée de mon visage, et il avait brusquement relevé mon menton, penchant ma tête vers la gauche, comme pour dégager mon cou.
Par ce seul contact, le saisissement qui m'accablait s'était dissout tout d'un coup, et j'avais ressenti comme un jaillissement soudain, comme un élan subit et sensuel de ma force vitale. Le désir m'avait envahie si brutalement que j'avais laissé échapper un cri.
Axel s'était alors emparé de ma bouche. Ses lèvres écrasaient les miennes, nos langues s'enroulaient violemment, nos souffles se rejoignaient dans ce baiser tant attendu.
Fiévreusement, avec impatience, mes mains avaient trouvé comment atteindre sa peau. J'avais jeté au sol la veste et la chemise d'Axel, et il s'était débarrassé du reste. Mes doigts cherchaient maintenant à imprimer sa peau, griffant avidement son dos. Nos corps se pressaient l'un contre l'autre, entraînés dans une danse électrique et effrénée.
J'étais emportée par un ivresse démente, un désir si intense que je ne contrôlais plus mes gestes.
Axel s'était alors reculé et avait brusquement saisi mes poignets. Il maintenait une main derrière mon dos, et il bloquait l'autre au dessus de ma tête. Son souffle devenait rauque. J'avais croisé ses yeux, et inexplicablement, la noirceur de son regard avait déclenché un spasme d'épouvante. Délice et effroi.
Comme dans le rêve précédent, sa bouche s'était à nouveau approché de mon cou pour mordre ma veine jugulaire. Ses dents s'étaient enfoncées voracement dans ma chair, et cette pénétration bestiale avait secoué mon corps de convulsions de plaisir.
Et puis son sexe s'était enfoncé en moi. Cette nouvelle pénétration avait décuplé le plaisir sexuel procuré par la morsure et chaque coup de rein l'augmentait encore. Axel se poussait en moi de plus en plus vite et de plus en plus fort. Je ne pouvais retenir de longs gémissements obscènes. L'orgasme dont j'avais été privée dans la soirée avait alors éclaté dans une éblouissante fureur. Les mouvements d'Axel étaient devenus de plus en plus profonds, et j'avais senti son corps se fondre littéralement avec le mien.
Il avait sombré en moi, s'était abîmé à l'intérieur même de ma chair. Son corps avait disparu. Il n'était plus là, ou différemment. Il s'était coulé au plus profond de mon ventre. J'avais alors ressenti une jouissance incandescente, inouïe, celle de l'union absolue de nos deux corps en fusion.
Au moment précis de cette réunion chimique de nos deux êtres, la vision du paon était réapparue. Mais les somptueuses couleurs de l'animal avaient muté. Il m'apparaissait alors d'une blancheur immaculée et éblouissante. Il étincelait de toute la pureté de son plumage, rayonnant, souverain.
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Le clavier vampire
Paranormal" Qu'est-ce que tu es ? - Je suis ce que je suis." Fantastique et érotisme, histoire et secrets, se croisent dans le récit vénéneux d'un amour incandescent, où rêves et réalité se chevauchent dans une atmosphère de fièvre nocturne. Attention, de no...
